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le fédéralisme sans démocratie

Gigantesque peinture murale à la gloire de l'ancien président des Emirats Cheikh Zayed et de l'ancien Emir de Dubai Cheikh Maktoum. Keystone

En Suisse, fédéralisme et démocratie directe ne sauraient aller l'un sans l'autre. Mais ce modèle, qui passe ici pour sacré, n'est pas universel pour autant.

Este contenido fue publicado el 15 noviembre 2006 - 11:05

Les Emirats Arabes Unis (EAU) sont des monarchies absolues, sans partis ni élections. Le pays n'en est pas moins organisé en une confédération, très similaire à la Suisse avec ses cantons.

Entre une mer chaude et un désert, les EAU sont aussi différents que l'on peut l'être de la Suisse, avec ses lacs et ses montagnes. Mais les deux pays présentent néanmoins d'étranges similitudes, tant dans leur organisation interne que dans leur position sur l'échiquier planétaire.

Ainsi, l'Emirat de Dubai s'est hissé du statut de centre régional à celui de place financière d'importance mondiale, comme la Suisse. En outre, les deux pays sont riches et voient transiter des flots de marchandises et débarquer des cohortes de touristes.

Travail et immigration

La Suisse a construit une bonne partie de sa richesse sur son

sérieux, son assiduité au travail et un recours massif à la main d'œuvre étrangère. Des principes que les Emirats savent aussi très bien appliquer.

«On trouve des gens de 150 nationalités dans le pays, et à Dubai, les étrangers forment plus de 80% de la population», explique Peter Harradine, président du Swiss Business Council, l'un des émigrés suisses établis depuis le plus longtemps dans les EAU.

Petits au milieu des grands

Et comme de nombreux Suisses, les Emiratis, citoyens (ou plutôt sujets) d'un petit pays, se sentent constamment menacés dans leur identité comme dans leur culture par leurs grands voisins.

A l'ouest s'étend l'immense territoire de l'Arabie Saoudite, dont les EAU redoutent la puissance économique au même titre que la Suisse craint celle de l'Allemagne.

De l'autre côté du Golfe, c'est l'Iran, civilisation plusieurs fois millénaire, face à laquelle les Emiratis, peuple du désert pratiquement sans histoire et sans culture, se sentent tout petits. Un peu comme les Suisses à côté de la «grande nation» française.

De plus, les natifs des Emirats sont presque pour moitié de confession chiite, minoritaire en terre d'Islam, et dont les relations avec la majorité sunnite sont parfois très tendues, comme en témoigne la véritable guerre civile que se livrent les deux communautés en Irak.

Et l'histoire suisse est elle aussi marquée par la cohabitation délicate entre deux confessions: les catholiques et les protestants.

Enfin, le Pakistan, troisième grand voisin des EAU, tient un peu pour eux le rôle qui a été celui de l'Italie pour la Suisse pendant presque un siècle. Il est le principal pourvoyeur d'ouvriers, d'artisans et d'hommes et de femmes à tout faire.

Landsgemeinde sous la tente

Dans les livres d'histoire, on trouve de vieilles photos des Emirs assemblés sous une tente. C'est là, entre le café et le narghilé, que se négociait le consensus politique.

«Cette notion de consensus est centrale dans la politique des EAU,

note Peter Harradine. En outre, chaque sujet avait le droit de venir présenter personnellement ses requêtes à son Emir. Ce droit existe encore aujourd'hui et gare au prince qui ne le respecterait pas !»

Même sous un régime absolutiste, ce système de gouvernement rappelle étrangement la démocratie directe qui se pratique en Suisse. Ces «tentes du consensus et des doléances» en plein désert renvoient symboliquement aux Landsgemeinde sur les places des bourgs helvétiques.

L'esprit de clocher

Comme les 26 cantons suisses, les sept Emirats tiennent ensemble malgré leurs rivalités de toujours, dans une relation où se mêlent

concurrence et consensus. Et comme les cantons suisses, chacun a sa personnalité propre.

«Abu Dhabi, par exemple, tient un peu le rôle qui fut celui de Berne dans l'ancienne Confédération, c'est de là que venait l'argent», explique Peter Harradine. Sauf qu' à la différence de Berne, Abu Dhabi a gardé tout son poids dans l'alliance.

La locomotive n'en est pas moins Dubai, qui fait penser à ces régions en pleine croissance des agglomération de Zurich ou de Bâle.

En comparaison, Sharjah passe pour un peu endormi. Lauréat du Prix islamique du patrimoine bâti, cet Emirat de beauté est nettement moins couru et plus calme que ses voisins.

Ici, les jupes des femmes sont plus longues qu'à Dubai... et les loyers bien plus bas.

Les EAU n'échappent pas non plus à un certain «esprit de clocher». Sur les plans touristiques du Dubai, le territoire de l'Emirat voisin de Sharjah apparaît en blanc, et vice-versa.

Et chacun a son aéroport international, pratiquement voisin de celui de l'autre.

Intérêts bien compris

Finalement, les EAU sont un exemple vivant d'un fédéralisme - vu comme la cohabitation politique de petites communautés - qui fonctionne très bien sans être lié à la démocratie.

«La croissance constante que connaissent les Emirats n'est possible que grâce à ce régime d'autocrates éclairés, estime Peter Harradine. Ils savent prendre des décisions rapides, tout en laissant à chacun la possibilité d'exprimer ses particularités».

Le président du Swiss Business Council admet qu'une autre clé de ce succès réside dans la politique d'immigration que pratiquent les Emirs, une politique «axée totalement sur les intérêts du pays».

swissinfo, Alexander Künzle aux EAU (Traduction et adaptation de l'allemand, Marc-André Miserez)

Contexto

La Confédération suisse regroupe 26 cantons et demi-cantons. Les EAU sont formés de sept Emirats: Abu Dhabi, Dubai, Sharjah, Ajman, Umm al-Quaiwain, Ra's al-Khaimah et Fujairah.

Chaque canton a son parlement et son gouvernement élus. Chaque Emirat est une principauté, dirigée par un Emir.

Les cantons suisses connaissent des instruments de démocratie directe, comme les droits d'initiative et de référendum. Dans les Emirats, les princes doivent se plier aux règles traditionnelles.

La population de la Suisse est formée de près de 20% d'étrangers. Dans les EAU, cette proportion dépasse les 50%.

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Datos clave

Les Emirats Arabes Unis ne connaissent ni les partis politiques, ni les élections.
La charge d'Emir est héréditaire. L'Emir d'Abu Dhabi préside les EAU, tandis que celui de Dubai a traditionnellement le titre de premier ministre.
Depuis 1972, les pays dispose d'un «conseil national», qui exerce le pouvoir législatif. Ses 40 membres sont nommés par les Emirs, sur une base proportionnelle à la population de chaque Emirat.

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