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Zurich lance les premiers diplômés en musique pop

Jeune et pleine d’idées: Mara Miccichè est la première diplômée en musique pop de Suisse. zVg

Mi-juin à la Haute école d’arts de Zurich, cinq musiciens achèveront leurs études de niveau Master dans la section Musique pop. Inédite en Suisse, cette formation ne vise pas à former des pop stars. Ces jeunes talents veulent faire de leur vocation une profession.

Ce contenu a été publié le 07 juin 2011 - 06:00
swissinfo.ch

Pour la Zurichoise Mara Miccichè, 25 ans, la musique pop, c’est tout ce qui n’est pas du classique ni du jazz: «Il y a beaucoup de niches dans la pop. Moi, je m’intéresse surtout au secteur «indépendant», qui prend de plus en plus d’importance et qui permet, grâce à Internet, de travailler en réseau au-delà des frontières nationales.»

Mara Miccichè joue du piano depuis l’âge de 4 ans ainsi que de la guitare. Mais son «principal instrument» est sa voix et la musique son mode d’expression privilégié. La jeune femme est entrée dans la filière musique pop de la Haute école d’arts de Zurich en 2006. Mi-juin, elle sera, aux côtés de quatre condisciples masculins, la première musicienne suisse à obtenir un Master dans ce domaine. Pendant ces cinq ans, elle a beaucoup travaillé, y compris par elle-même.

Intensif et exigeant

«Ça a été un parcours passionnant, raconte-t-elle. J’ai fait beaucoup d’expériences. Avant, j’avais un groupe de rock indé. Maintenant, je suis devenu plus expérimentale». Elle estime qu’elle est sur le bon chemin pour trouver son propre style.

La chanteuse se souvient que ses deux premières années d’études ont été très denses, avec beaucoup d’examens et de théorie: harmonie, éducation de l’ouïe, histoire de la musique, puis apprentissage des instruments, workshops consacrés aux styles et à l’histoire de la pop dans toutes les directions stylistiques, des années cinquante jusqu’à aujourd’hui.

A partir de la troisième année, celle du Bachelor, les jeunes musiciens de l’école zurichoise peuvent en grande partie façonner leur programme en fonction de leurs intérêts. Une classe comprend systématiquement cinq personnes étudiant le chant, le clavier, la guitare, la basse ou la batterie. De cette manière, elles forment un groupe qui fait de l’expérimentation dans les workshops et accumule les expériences

Apprendre le métier

Les personnes qui suivent cette filière doivent passer un examen d’entrée. «Nous cherchons des musiciens qui montent déjà sur scène, écrivent des chansons, travaillent en studio, et qui veulent saisir l’opportunité de faire de leur vocation une profession», dit Heiko Freund, responsable de la section Musique pop.

Le but de la formation est de permettre à ses participants de gagner plus tard leur vie dans leur domaine. «Je dis toujours à mes étudiants que nous leur donnons des outils leur permettant de jouer différents rôles dans la musique pop», explique Heiko Freund.

Dans ce métier, il n’y a pas que la chanteuse sur scène, mais aussi les gens qui œuvrent en coulisses: le compositeur, le guitariste en studio, le mixeur…, bref tous des musiciens professionnels qui vivent de leur job. Heiko Freund le dit avec insistance: «Nous ne formons pas de futures pop stars. Nous ne faisons pas du casting !».

La filière est née dans le sillage de la réforme de Bologne, au début du siècle. En 2004, le guitariste et professeur de musique Heiko Freund a reçu un mandat pour une étude de faisabilité. «C’était le bon moment pour l’introduction d’un enseignement de la musique pop, de la même manière que pour le jazz dans les années soixante-dix», dit-il.

Environnement stimulant

Les jeunes musiciens ont été choisis en fonction de leur «créativité de base», sans chercher nécessairement des talents exceptionnels. «L’enseignement de l’art ne fonctionne pas selon moi comme la relation didactique traditionnelle entre maître et élèves. Nous réunissons ici des jeunes gens dans un cercle de personnes ayant des idées proches et des talents comparables, aiguillonnés par quelques personnes comme mes enseignants et moi-même, qui connaissons depuis longtemps le travail professionnel».

Il s’agit davantage d’un processus de coaching que d’un enseignement frontal, insiste le responsable de la filière. Ce n’est pas la Haute école d’art qui va transmettre la créativité. «Nous ne fixons pas de limites, au contraire, mais proposons un environnement stimulant.»

Quand on place dans le même espace quelques étudiants talentueux, explique Heiko Freund, il y a une masse critique suffisante pour qu’une étincelle jaillisse d’elle-même. «Je me rends compte parfois que je ne suis pas nécessaire dans cet espace. Alors je sors et je ne reviens que la semaine suivante pour voir ce qui s’est passé».

Liberté stylistique

Mara Miccichè a justement particulièrement apprécié ces intervalles de liberté stylistique: «Sans cela, je ne serais pas allé jusqu’au bout». Le climat familier régnant dans l’école lui a également plu. «Et puis, on fait la connaissance de personnes passionnantes, venant de différents univers de la musique. Cela crée des constellations et des synergies, dont quelque chose de neuf peut sortir».

Mara Miccichè trouve la chanteuse islandaise Björk grandiose, mais quand elle écoute de la musique, elle ne se limite pas à la pop. La jeune Zurichoise chante ses propres compositions, jusqu’à maintenant surtout en anglais.

Créer quelque chose d’unique

Son travail de Master, qui est aussi son principal projet, s’appelle Iokoi, «un jeu de mot dans ma langue maternelle». Elle veut le poursuivre après ses études, notamment en montant sur scène en Italie, où elle tourne souvent, ainsi qu’en Suisse et, elle l’espère, ailleurs.

«Lorsque l’on chante, l’enjeu n’est pas la perfection. N’importe qui peut chanter. Chacun a sa propre voix, sa voix distinctive. On peut peaufiner longtemps la technique, mais à un certain moment, on doit avoir le courage de faire quelque chose de personnel, libéré des entraves, subjectif et animé par la curiosité», estime Mara Miccichè.

Elle aimerait être capable de vivre un jour de la musique, ce qui actuellement n’est pas possible. Ce qu’elle ne voudrait pas, c’est devoir vivre à n’importe quel prix de la musique. «Cela limiterait ma créativité». Du coup, après son diplôme, qui est aussi un diplôme pédagogique, elle se voit bien enseigner la musique et à part ça travailler à gauche à droite et si possible donner des concerts.

«Je ressens au fond de moi le besoin d’aller vers le monde avec mon projet, car l’énergie vitale est quelque chose d’indescriptiblement merveilleux».

Le Master en pop

Unique. La formation en musique pop de la Haute école d’arts de Zurich, qui est une Haute école spécialisée, est unique en Suisse. Un enseignement similaire existe en Allemagne, à Mannheim.

Bologne. L’enseignement a débuté en automne 2006. Il a vu le jour dans le cadre de la réforme de l’enseignement tertiaire dite de Bologne.

5 ans. La formation dure cinq ans (trois pour le Bachelor et deux pour le Master).

Groupe. Les classes sont composées de cinq étudiants et fonctionnent comme des groupes de musique avec une personne par instrument: chant, clavier, guitare, basse et batterie.

Harmonie. Les deux premières années d’études portent sur la technique instrumentale, le développement de l’ouïe, l’harmonie, l’histoire de la musique ainsi que sur la maîtrise de l’instrument choisi par chaque étudiant.

Choix. A partir de la troisième année, les musiciennes et les musiciens peuvent dans une large mesure choisir leurs branches.

Examens. Les épreuves de Master comprennent une documentation sur le projet personnel, une production CD/DVD et le concert final.

Métier. La filière a pour but de former des musiciens professionnels, pouvant vivre de leur art.

Alémaniques. La plupart des étudiants sont suisses-allemands. Il y a peu de femmes, notamment parmi les instrumentalistes.

Chef. La section pop est dirigée par le guitariste et professeur de musique Heiko Freund.

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Mara Miccichè

Née en 1985, élevée à Zurich. Langue maternelle: italien.

Après l’obtention de sa Maturité, Mara Miccichè a étudié pendant un semestre à l’Université et a voyagé. Elle a débuté en 2006 dans la filière pop de la Haute école d’arts de Zurich.

Elle a joué dans plusieurs groupes. Son instrument est la voix. Elle joue aussi du piano et de la guitare.

Après avoir obtenu son Master, elle veut vivre entre la Suisse et l’Italie.

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