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Y a (pas) le feu au lac

Vue imprenable sur le fil de fer barbelé. Keystone

Depuis des mois, la préparation du G8, qui se tient du 1er au 3 juin à Evian, agite également la rive suisse du lac Léman.

Ce contenu a été publié le 27 mai 2003 - 08:11

La région de Genève et Lausanne n'avait plus vu un tel dispositif de sécurité depuis la Seconde Guerre mondiale.

«Nous mettrons le feu au lac pour protester contre le G8», annoncent les altermondialistes, attendus par dizaines de milliers dans le bassin lémanique.

Les pires scénarios ont été envisagés. Des mesures de sécurité impressionnantes sont prévues pour faire face. Depuis janvier, la presse ne parle que de cela.

La psychose s'est installée. Et même les Vaudois, habituellement si placides, sont sous tension. «Il n'y a pas le feu au lac» était jusqu'ici leur expression favorite pour calmer ceux qui essayaient, en vain, de les stresser.

Uns sécurité maximale

Pour éviter toute critique, au cas où la situation dégénérerait, les autorités cantonales vaudoises et genevoises ont choisi de jouer la carte de la sécurité maximale.

Plus de 10 000 militaires et policiers seront en service durant le sommet international.

La circulation routière, le trafic aérien et la navigation sur le Léman sont soumis à toute une série de restrictions pendant deux semaines. Ce qui a soulevé une vague de mécontentement parmi les habitants, mais aussi les touristes et les pendulaires.

Même les pêcheurs ne pourront pas naviguer en toute liberté. Leur zone de pêche sera limitée.

Mais ce sont sans doute les frontaliers qui vont souffrir le plus. Ils seront contraints à des heures d'attente aux quelques rares douanes ouvertes pour mieux contrôler l'afflux de manifestants étrangers.

Les musées, les bibliothèques, les parcs et autres services publics resteront fermés pour quelques jours. Un dispositif extraordinaire d'urgence a été mis en place dans les principaux hôpitaux, qui ont notamment reporté les vacances de leurs employés.

En revanche, les élèves du quartier d'Ouchy, à Lausanne, eux, profiteront de trois jours de congé supplémentaires, le secteur étant totalement coupé du reste du monde par 2 km de fil de fer barbelé et de barrages.

Les distributeurs d'argent fermés

Si elle est compréhensible, cette politique de la prudence absolue, décidée par les autorités, a contribué à alimenter les craintes. Et pas seulement dans la population.

Même La Poste a décidé de fermer une vingtaine de filiales et de ne pas distribuer le courrier pendant quatre jours dans quelques zones de Genève, Lausanne et alentours. Plus pour des raisons logistiques que de sécurité, précise-t-elle.

Plusieurs banques seront aussi fermées. Et les distributeurs automatiques de billets seront vidés et bloqués de jeudi à dimanche.

Week-end prolongé ou mesures de sécurité renforcées également pour certaines entreprises américaines, cibles privilégiées des manifestants.

Les commerçants se barricadent

Par contre, presque tous les McDonald de Genève et Lausanne resteront courageusement ouverts. «Nous espérons nous en sortir avec les agents de sécurité. Et nous allons protéger les vitrines avec des tables en bois», explique le gérant de l'un des McDo.

D'ailleurs, plusieurs commerçants ont choisi de se barricader. Ils considèrent que les informations des autorités, des associations ou des compagnies d'assurances sont contradictoires et ne se sentent pas en sécurité.

«Nous avons l'impression d'être abandonnés à notre sort», lance Catherine De Vincenti, qui a déjà décidé de fermer sa bijouterie, située au centre de Lausanne.

Presque tous les commerçants qui vendent des produits de luxe (bijoux, montres, etc.) ont renoncé à ouvrir leurs boutiques durant le G8.

«De toute façon, de nombreux clients nous ont dit qu'ils allaient quitter le centre-ville pendant ces quelques jours», ajoute cette vendeuse dans une bijouterie.

Quant aux magasins qui resteront ouverts, ils ont prévu des mesures de sécurité exceptionnelles et envisagent de fermer immédiatement leurs portes en cas de danger.

Autodéfense

Entre les mesures de sécurité spéciales, les fermetures forcées et les franchises d'assurance exorbitantes, les commerçants prévoient de perdre au moins 10% sur le mois de mai. Et ce n'est pas rien en période de crise économique.

«Nous, nous ne pouvons pas nous permettre de fermer pendant toute une semaine», relève Jacques Arrigo, propriétaire de deux petits magasins proches de la gare, à Lausanne. Depuis le 11 septembre 2001, son chiffre d'affaires a déjà chuté de 30%.

«Nous sommes doublement victimes de la globalisation, poursuit-il. Outre le G8, nous devons déjà lutter toute l'année contre les filiales des grandes chaînes internationales qui s'installent dans les rues les plus fréquentées et engagent les meilleures vendeuses, payant mille francs de plus par mois.»

«Je ne veux pas laisser détruire ainsi vingt ans de travail, conclut le commerçant. Si nécessaire, pour me défendre, j'utiliserai les sabres suspendus là contre ce mur!»

swissinfo, Armando Mombelli
(traduction: Alexandra Richard)

Faits

1er-3 juin: Sommet du G8 à Evian
29 mai - 1er juin: manifestations à Lausanne et Genève
30 000 à 100 000 participants, selon les estimations
Plus de 10 000 policiers et militaires en Suisse
15 000 - 20 000 agents des forces de l'ordre en France

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