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Don d’organes, Lex Netflix, Frontex: trois fois oui le 15 mai

La Suisse fera passer à la caisse les géants du streaming

La nouvelle loi sur le cinéma devrait permettre de verser chaque année 18 millions de francs supplémentaires à la création cinématographique locale, d'après les estimations de la Confédération. Keystone / Michael Buholzer

Les plateformes de streaming devront soutenir le cinéma suisse. Le peuple suisse a approuvé dimanche la Lex Netflix à 58,4% des voix.

Ce contenu a été publié le 15 mai 2022 - 16:56

Le suspense autour de la loi sur le cinéma n’aura pas duré ce dimanche. Le peuple suisse a nettement accepté la modification du texte, aussi nommée Lex Netflix. Les plateformes de streaming devront ainsi financer la création de films et de séries suisses à hauteur de 4% de leur chiffre d’affaires réalisé dans le pays.

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Les opérateurs qui refusent d’investir pourront s’acquitter d’une taxe. La règle s'appliquera également aux chaînes de télévision étrangères diffusant des publicités qui ciblent le public suisse. En outre, le texte impose aux plateformes de diffuser une part de 30% d’œuvres européennes ou suisses.

La loi suisse n’a rien d’inédit. Près de la moitié des États européens ont déjà introduit une obligation similaire avec des taux qui varient de 1% au Portugal à 26% en France. Quant au quota de diffusion de 30% de productions européennes, il est déjà une réalité depuis quelque temps au sein de l’Union européenne.

Une visibilité internationale

Les partisanes et partisans de la Lex Netflix se sont réjouis de la clarté du résultat. «Dans les sondages, on était environ à 50-50, et aujourd'hui on est à 58% de oui, donc l'ampleur est extrêmement réjouissante», a réagi le président de la commission du Conseil national en charge de la culture Fabien Fivaz, interviewé par la Radio Télévision Suisse (RTS). L'élu vert est convaincu que la nouvelle loi permettra de revitaliser le secteur: «J'ai bon espoir que ça dynamise le cinéma suisse.»

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Le comité du oui espère également que les films suisses acquièrent une visibilité internationale grâce au service de streaming. «La branche va avoir de nouvelles opportunités», a Géraldine Rod, une jeune réalisatrice de web-séries, sur les ondes de la RTS. «Cela va ouvrir des opportunités et des possibilités de collaboration à l'étranger.»

Les jeunes libéraux-radicaux (JLR), à l’origine du référendum, n’interprètent pas le oui du peuple comme une gifle. «Le résultat n'est pas mauvais pour un parti jeune, parti seul au combat, face aux élus fédéraux de droite, au Conseil fédéral et à la majorité du Parlement», a estimé Alec von Barnekow, vice-président des JLR Suisse, à la RTS. Il considère aussi que la campagne a eu des effets positifs: «Le milieu du cinéma a dû se justifier devant le peuple, ce qui est normal vu qu'il est subventionné».

Deux visions de l’audiovisuel

Dans les pays de l’UE, les obligations d’investissement n’ont pas créé de grandes polémiques. En Suisse, il est en revanche devenu le sujet le plus débattu de la campagne qui a précédé ces votations fédérales du 15 mai. Deux visions de l’audiovisuel national se sont opposées.

D’un côté, celle des jeunes des partis de droite à l’origine du référendum, qui considèrent que le cinéma suisse est suffisamment choyé par l’État et n’a ainsi pas besoin d’une manne privée supplémentaire. Une production nationale avec laquelle cette jeunesse ne s’est d’ailleurs pas montrée tendre, estimant qu’elle ne s’adressait qu’à un public de niche et qu’il était de sa responsabilité de se renouveler pour survivre. Pour les opposantes et les opposants, la Lex Netflix est une atteinte inadmissible à liberté économique, qui aurait pour effet collatéral de faire augmenter les prix des abonnements Netflix, Amazon, Disney+ et consorts.

De l’autre côté, les partisanes et les partisans de la loi voient la production cinématographique comme un domaine particulier, lié à notre culture et nos traditions, qu’il convient de défendre face au quasi-monopole américain du streaming. À leurs yeux, la Lex Netfilx a le potentiel de permettre à certaines productions suisses d’acquérir une renommée internationale. Le camp du oui a aussi plaidé pour une égalité de traitement, puisque les diffuseurs de programmes de télévision nationaux ou destinés aux régions linguistiques sont déjà soumis à l’obligation d’investir.

Un prochain combat en perspective

Liberté économique et protection de la diversité se sont affrontées en filigrane de ce vote, comme lors du vote sur le train de mesures en faveur des médias, refusé par le peuple le 13 février. La campagne virulente laisse présager un nouveau conflit serré autour du prochain vote sur l’audiovisuel, qui pourrait bien être celui sur le plafonnement de la redevance radio-TV à 200 francs. Pour rappel, un comité d’interpartis a annoncé qu’il allait lancer une initiative visant à réduire de moitié le budget actuel de la Société suisse de radiodiffusion et de télévision (SSR, dont fait partie swissinfo.ch).   

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