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Violence des armes: les Suisses ont voté

Difficile encore de prévoir qui des adversaires ou des partisans de l'initiative sur les armes l'emportera. Keystone

Au terme d’une campagne passionnée, la population suisse s’est prononcée dimanche sur l’initiative qui entend limiter l’accès aux armes. Les résultats ne sont pas encore connus. Avant le vote, adversaires et partisans du texte étaient au coude à coude dans les sondages.

Ce contenu a été publié le 13 février 2011 - 11:51
swissinfo.ch

La Suisse compte un grand nombre d’armes en circulation. Il n’existe pas de statistiques absolument fiables sur la question, mais les chiffres les plus couramment admis font état d’environ 2 millions d’armes dans les foyers helvétiques. Et parmi elles, bon nombre de fusils d’assaut et de pistolets aux mains de soldats ou d’ancien soldats.

Au cours des dix dernières années, plusieurs drames sont venus apporter de l’eau au moulin de ceux qui souhaitent restreindre cet accès aux armes: une tuerie dans le parlement du canton de Zoug, une jeune fille abattue à un arrêt de bus par un soldat, le meurtre d’une ancienne championne de ski avec un pistolet d’ordonnance, etc.

Par ailleurs, les armes poseraient également problème dans le cadre des suicides. Elles sont la cause d’environ 300 morts par an. Des médecins et des criminologues estiment donc qu’une limitation pourrait éviter 100 suicides par an. Mais là aussi, les chiffres sont contestés.

  

Pour éviter ces drames, une coalition de quelque 70 organisations (défense des droits de l’homme, syndicats, Eglises, mouvements pacifistes, association contre la violence faite aux femmes, etc.) a déposé une initiative intitulée «Protection contre la violence des armes».

Trois mesures

Pour les auteurs du texte, cet objectif peut être atteint par le biais de trois mesures. La première consiste à renforcer le contrôle en établissant un registre national des armes à feu. Actuellement, l’enregistrement des armes n’est effectué qu’au niveau cantonal.

Ensuite, le texte demande qu’en dehors de leurs périodes de service militaire, les soldats ne conservent plus leur arme à domicile, mais qu’ils la déposent à l’arsenal. On outre, une fois leurs obligations militaires achevées, les anciens soldats n’auraient plus la possibilité de conserver leur arme, sauf s’ils sont des tireurs sportifs titulaires d’une licence.

Enfin, l’initiative entend introduire une clause du besoin. Désormais, quiconque souhaite disposer d’une arme devrait justifier d’un besoin et disposer des capacités nécessaires. L’initiative reste toutefois vague sur les modalités. Les détails seraient réglés dans une loi encore à élaborer.

Au niveau politique, les partisans de l’initiative ont bénéficié du soutien de la gauche. Les milieux favorables à une diminution du nombre d’armes ont axé leur argumentation prioritairement sur la sécurité des citoyens.

Le texte a, en revanche, été rejeté par le gouvernement et la majorité de droite du Parlement. Les adversaires ont vu notamment dans la proposition une attaque contre l’armée, une déresponsabilisation des citoyens, un désarmement des citoyens honnêtes face aux criminels ainsi qu’un abandon des traditions et des valeurs suisses.

Sur le fil du rasoir?

Cet affrontement entre, d’un côté sécurité et vies sauvées et, de l’autre, responsabilité et défense des valeurs nationales a débouché sur une campagne politique particulièrement émotionnelle.

Les partisans de l’initiative avaient débuté la campagne avec une bonne longueur d’avance. Mais au fil des semaines, la force des deux camps s’est peu à peu équilibrée. Selon le dernier sondage avant la votation, 47% des personnes interrogées disaient vouloir accepter le texte, 45% le refuser. 8% se déclaraient encore indécises.

En clair, le résultat des urnes est difficile à prédire. Juste avant la votation, les partisans de l’initiative restaient en tête, un fait relativement rare qui montre le fort soutien dont dispose le texte. Mais d’un autre côté, l’expérience des scrutins populaires montre que les indécis ont généralement tendance à se rallier à l’avis du gouvernement et à rejoindre le camp des adversaires d’une initiative.

Aux yeux des politologues, le vote de certaines catégories de citoyens (les femmes, les habitants des villes moyennes) pourraient faire pencher la balance. Hypothèse encore: il n’est pas exclu que cette initiative, très soutenue dans les centres urbains mais davantage combattue dans les zones rurales, soit acceptée par le peuple mais refusée par une majorité des cantons.

L’initiative en bref

L’initiative a été remise à la Chancellerie fédérale le 22 février 2009, munie de 106'037 signatures valables.
 
Elle émane d’une coalition regroupant quelque 70 organisations: défense des droits de l’homme, syndicats, prévention du suicide, Eglises, associations de lutte contre la violence faite aux femmes, mouvements pacifistes, etc.
 
Principales exigences: établissement d’un registre national des armes, justification d’un besoin et de compétences pour posséder une arme, stockage des armes militaires dans des lieux sécurisés, interdiction de posséder des armes particulièrement dangereuses (armes automatiques, fusil à pompe) à titre privé.
 
Au niveau politique, l’initiative a reçu le soutien de la gauche. Le gouvernement et la majorité de droite du Parlement recommandent en revanche au peuple de la rejeter.

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