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Une idée suisse pour le coton africain

Un ouvrier ivoirien se reposant sur des balles de coton. Keystone

Quatre pays africains saisissent l'OMC pour défendre leurs producteurs de coton.

Ce contenu a été publié le 13 juin 2003 - 16:34

Cette initiative cible les subventions agricoles allouées par les Etats-Unis et l'Union européenne. Une première qui doit beaucoup à un bureau de consultants suisses.

«Pour la première fois, les pays africains demandent que les principes de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) soient appliqués à leur propre production», souligne Nicolas Imboden.

Selon le directeur d'IDEAS Centre, «jusqu'à maintenant, ces pays se bornaient essentiellement à demander un traitement de faveur dans la mise en place des règles adoptées par l'OMC».

Il faut dire qu'IDEAS Centre - un cabinet genevois spécialisé dans les questions de commerce et de développement - a beaucoup contribué à ce changement de stratégie.

Mandaté, notamment, par la Suisse, ce centre a comme principal objectif d'aider les PMA (les pays les moins avancés situés essentiellement en Afrique sub-saharienne) à mieux défendre leurs intérêts au sein de l'OMC.

Un manque de confiance

«Au début, nous pensions que ces pays manquaient d'expertise. En fait, ils manquent surtout de confiance dans l'OMC. Ils n'arrivent pas à croire que cette organisation multilatérale puisse servir leurs intérêts», relève Nicolas Imboden.

«Ils ont également peur, poursuit l'ancien haut fonctionnaire helvétique, de s'opposer aux grandes puissances dont ils dépendent à plus d'un titre».

«Nous avons donc cherché à les convaincre que la défense de leurs intérêts ne serait pas perçue comme un geste hostile. Nous les avons également poussés à identifier un thème précis et à le défendre jusqu'au bout», explique Nicolas Imboden

Le premier résultat de cette démarche est tombé cette semaine à Genève.

Audacieuse initiative

Le président burkinabé Blaise Compaoré a en effet présenté devant le comité de négociations de l'OMC une audacieuse initiative lancée par son gouvernement et ceux du Mali, du Tchad et du Bénin.

Ces quatre producteurs de coton veulent donc obtenir la levée des subventions qui protègent encore le coton européen et américain.

Pour ce faire, ils demandent que les Etats membres de l'OMC adoptent, d'ici à la fin de l'année, le principe de cette levée. Avec, à la clé, un calendrier qui fixe les étapes de ce démantèlement.

Par ailleurs, les quatre pays qui parlent au nom de 17 Etats d'Afrique occidentale exigent une compensation financière en attendant que ces subventions soient entièrement levées.

Des prix en chute libre

«Ils sont en effet particulièrement choqués par le maintien de ces subventions, alors qu'eux-mêmes ont entièrement libéralisé ce secteur, à l'instigation de la Banque mondiale», souligne Nicolas Imboden.

Selon la Banque mondiale, les Etats-Unis ont versé plus de 3 milliards de dollars de subsides à leurs producteurs de coton entre juillet 2001 et juillet 2002.

Durant la même période, l'Union européenne a versé près d'un milliard de dollars en faveur de ce secteur implanté en Espagne et en Grèce. Enfin, la Chine a alloué plus d'un milliard de dollars à ses cultivateurs de coton.

Or, ce soutien alimente une surproduction et entraîne une chute du prix du coton sur le marché mondial. Aujourd'hui, le kilo de cette matière textile se vend à 1 dollar environ, alors qu'elle valait plus du double en 1995.

Selon Blaise Compaoré, cette situation provoque un manque à gagner de 250 millions de dollars par année pour les producteurs africains qui, eux, ne bénéficient pas d'une aide d'Etat.

Une question d'équité

«Nous ne demandons ni la charité, ni des faveurs. Nous exigeons les mêmes règles pour tout le monde. Sachez qu'en 2001, le Mali a reçu 37 millions de dollars d'aide, mais en a perdu 43 en raison de la chute des prix du coton», a souligné Blaise Compaoré dans les colonnes du journal Le Temps.

Reste à évaluer les chances de succès d'une telle initiative. «L'Union européenne devrait pouvoir s'accommoder d'un arrêt de ses subventions. Aux Etats-Unis par contre, le lobby texan des producteurs de coton est très puissant», note Nicolas Imboden.

swissinfo, Frédéric Burnand, Genève

Faits

IDEAS Centre a été créé en septembre 2002.
Ce bureau de consultant est présidé par le suisse Arthur Dunkel, ancien directeur général du GATT.
Nicolas Imboden, ancien délégué de la Confédération aux accords commerciaux, dirige ce centre de huit personnes issues de l'administration, des organisations de développement et du secteur privé.
IDEAS prépare actuellement l'entrée du Vietnam, du Liban et de l'Iran dans l'OMC.

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