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Une hot-line pour expliquer la fumette aux parents

L'an dernier, 35% des 15-18 ans avaient déjà goûté au moins une fois au cannabis. Keystone Archive

Face à l’augmentation de la consommation de cannabis des jeunes, les parents sont désemparés. Depuis lundi, une ligne de téléphone leur est ouverte.

Ce contenu a été publié le 15 septembre 2003 - 21:06

L’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies veut informer simplement.

Toxicité, dépendance, dépénalisation de la consommation, application de la législation différente selon les cantons: autant de variables qui maintiennent le flou, ainsi que certains mythes, autour du cannabis.

Et puis, de l’autre côté, les chiffres. Selon l’étude 2002 de l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA) auprès des 15-16 ans, 49,9% des garçons et 39,1% des filles ont fumé au moins une fois un joint. Il y a donc encore augmentation de près de 35% depuis 1990.

Par ailleurs, 13% des garçons et 7% des filles de cette tranche d’âge sont des consommateurs réguliers, voire quotidiens. Comme quoi la «fumette» est devenue pratique courante, interdiction ou pas. «Et ce sont ces derniers chiffres qui nous font peur», a déclaré à swissinfo Dwight Rodrick.

Un besoin d’informations

«Même s’ils manquent parfois d’informations objectives, les jeunes s’approprient plus facilement cette pratique, poursuit le responsable du projet et psychologue. En revanche, les parents ont souvent l’impression d’être largués et ne savent quel message donner à leurs enfants».

«On recevait déjà des téléphones spontanés des parents», surenchérit Corinne Follonier. Celle qui répond aux questions sur le site Internet de l’ISPA et sur deux autres sites poursuit: «Le cannabis est le sujet sur lequel les gens posent le plus de questions».

Ces différents facteurs ont donc poussé l’ISPA à créer une ligne téléphonique gratuite, destinée principalement aux parents. Pour l’instant, on y répond en français et en allemand. Avec respectivement quatre et deux interlocuteurs formés.

«Mais nous allons évaluer les besoins et certainement augmenter le nombre de répondants», indique Dwight Rodrick. Lui-même peut répondre en italien.

Flou médical

Il est vrai que le flou artistique règne autour de cette substance. Les études médicales se suivent et se contredisent. Le dossier de la revue médicale suisse «Médecine et Hygiène» de début septembre a encore ajouté à la confusion.

Le postulat de base est le suivant: les pratiques ont bien changé depuis les années 70.

La concentration de substance psycho-active (THC) a décuplé en dix ans, la consommation commence de plus en plus jeune. Et enfin, elle devient plus facilement quotidienne.

Ce sont justement ces gros consommateurs précoces qui sont passés sous la loupe. Le cas des fumeurs occasionnels n’est pas inquiétant.

Pour les premiers, sont mis en lumière des troubles de la motivation ou même cognitifs (concentration, mémoire), ce qui, en période de formation est forcément néfaste. Un point que l’ISPA ne contredit pas.

Et à l’instar de plusieurs études internationales récentes, la revue médicale soutient que le cannabis peut déclencher ou aggraver des crises psychotiques chez les patients prédisposés.

Dépénalisation de la consommation

Pour l’ISPA, les études sur la relation cannabis-psychose «sont peu pertinentes et doivent encore être vérifiées».

Il n’empêche que le dossier de «Médecine&Hygiène» est clairement adressé aux politiciens suisses, soupçonnés de naïveté, alors qu’ils discutent depuis quelques années de la dépénalisation de la consommation du cannabis au Parlement.

C’est d’ailleurs la principale innovation de la révision de la loi sur les stupéfiants (Lstup), au programme de la présente session d’automne du Conseil national (Chambre basse). Le projet de loi a été accepté par le Conseil des Etats (Chambre haute) en décembre 2001.

Mais, sujet hautement politique, et donc dangereux à la veille d’élections fédérales, il n’est pas sûr que cette révision aboutisse lors de cette session.

La question du cannabis avait déjà été reportée lors de la précédente en juin. Et, le cas échéant, un référendum a toutes les chances d’être lancé et d’aboutir.

Cela dit, rappelons que la dépénalisation de la consommation de marijuana s’inscrit dans la politique de la drogue des «quatre piliers» défendue par le gouvernement: prévention, thérapie, réduction des risques, répression. Une politique qui a été plébiscitée par le peuple à plusieurs reprises.

Position de l’ISPA

La position de l’ISPA n’a en outre pas toujours été bien comprise du public. Si elle est pro-dépénalisation de la consommation, elle est pourtant nuancée sur la dangerosité du produit. Et insiste sur la relation qu’on a au produit, comme pour l’alcool, par exemple.

«Attention, nous ne sommes en tout cas pas pour l’incitation, ni la banalisation de ce qui reste une drogue, clarifie Dwight Rodrick. Mais quand on voit qu’un jeune sur deux a déjà essayé, axer la prévention sur la criminalisation ne suffit plus vraiment».

D’autant plus qu’il est impossible actuellement de tenir un discours cohérent aux adolescents sur le cannabis, puisque l’application de la loi varie énormément d’un canton à l’autre.

Alors autant avoir un message clair, autoriser la consommation à partir d’un certain âge, comme pour l’alcool. Mais agir préventivement en soulignant que ça peut être dangereux selon la consommation qu’on en a.

Et, conclut Dwight Rodrick, le lancement de cette hot-line le premier jour de la session parlementaire est un pur hasard du calendrier. «Mais cela prouve bien que le sujet préoccupe et que l’information fait toujours défaut.»

swissinfo, Anne Rubin

En bref

- Le cannabis est la substance illégale la plus consommée en Suisse.

- Selon l’Office fédéral de la statistique, 33% des hommes et 20% des femmes de 15 à 39 ans (chiffres 1997) ont consommé des produits dérivés du cannabis au moins une fois dans leur vie (520'000 personnes).

- Cette même étude révélait que 9,5% des hommes et 4,5% des femmes sont des consommateurs réguliers.

- Depuis 1986 la consommation de cannabis des écolières et écoliers âgés de 15 ans a quintuplé. On estime qu'en 2002 pas moins de 35% des jeunes de 15 ans à 18 ans avaient déjà goûté au moins une fois au cannabis.

- En Suisse la consommation, la culture en vue de consommation, et le commerce de chanvre en vue d'en extraire des stupéfiants sont interdits par la loi fédérale sur les stupéfiants.

- Actuellement en cours de révision, la future loi sur les stupéfiants a pour objectif principal la dépénalisation de la consommation du cannabis.

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