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Une Genève crispée avant le 25 septembre

Oui ou non à l'extension de la libre circulation des personnes? A Genève, l'incertitude est la plus totale. Keystone

Le canton n'est pas certain de glisser un oui dans l'urne le 25 septembre. Une alliance des extrêmes politiques s'oppose à l'extension de la libre circulation.

Ce contenu a été publié le 29 août 2005 - 14:39

La campagne met la droite dure genevoise unanime et la majorité de l'Alliance de gauche aux prises avec les autres partis, les syndicats et l'économie.

«Un refus genevois serait surprenant, mais la part du non devrait être plus importante qu'on ne le pense généralement, estime Arthur Grosjean, responsable de la rubrique genevoise à la Tribune de Genève. Dans les bistrots, on dit que les frontaliers prennent les emplois des Genevois...»

Canton-ville dont l'agglomération est traversée par la frontière franco-suisse, Genève est divisée sur la question de l'extension de la libre circulation des personnes au nouveaux Etats-membres de l'Union européenne (UE).

D'un côté, la ville, le canton, les syndicats et les milieux économiques appuient ce qui est souvent perçu comme une suite logique à la libre circulation avec les quinze premiers membres de l'UE.

«L'économie genevoise fournit entre 260'000 et 270'000 emplois alors que la population active se monte à 228'000 personnes, lance l'attachée aux questions européennes du canton. La différence est comblée par les gens venant de l'extérieur. C'est une obligation pour Genève et ça l'a toujours été!»

Anna-Karina Kolb estime que Genève et son économie axée sur les marchés internationaux ne peut se passer du oui le 25 septembre, au risque sinon de se priver des débouchés européens et de ses spécialistes hyperqualifiés (biotech, finance, etc).

Les syndicats soutiennent aussi le principe de l'extension. Vice-président de la Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS), David Hermann ne croit pas à un afflux massif de travailleurs de l'Est. Pour une raison bien simple d'abord: le marché saturé du logement à Genève fait qu'il est terriblement difficile de trouver à s'y loger.

Plus fondamentalement, avec les délais d'application de l'extension de la libre circulation et surtout les mesures d'accompagnement renforcées (négociées avec le patronat et acceptées par le parlement fédéral), les syndicats assurent ne pas craindre une généralisation du dumping salarial.

«Les mesures d'accompagnement amènent de nouveaux droits, de nouveaux moyens de lutte et de nouvelles protections pour les travailleurs», assure même David Hermann.

Mauvais élève en matière de chômage

Sur le plan du chômage, Genève est le mauvais élève du pays, avec des taux flirtant systématiquement avec les 7% quand la moyenne nationale est moitié moindre.

Les partisans assurent que ce taux n'est pas lié à la libre circulation et ne le sera pas à son extension. «Statistiquement, on ne constate pas de hausse des licenciements de locaux pour engager des étrangers [depuis la levée des restrictions à la libre circulation en juin 2004]», note Anna-Karina Kolb.

Le taux de chômage genevois aurait des causes multiples. Selon les syndicats patronaux, où l'on soutient ardemment l'extension, l'explication réside dans le régime particulier appliqué par le canton.

«Les demandeurs d'emplois peuvent obtenir des indemnités de chômage pendant cinq ans, contre deux dans le reste de la Suisse. Il est difficile ensuite de les réintégrer dans l'économie», estime Sabine Von der Weid, de la Fédération des entreprises romandes – Genève.

A Genève, on assiste à une alliance objective des deux extrêmes de l'échiquier politique contre l'extension de la libre circulation. Tout à gauche, les composantes «Indépendants» et Parti du Travail de l'Alliance de gauche prônent le non.

«En raison de la proximité avec la France, l'extrême gauche est historiquement forte à Genève, explique le syndicaliste David Hermann. Elle a toujours eu des positions «révolutionnaires» par rapport aux solutions pragmatiques.»

«C'est la sécurité de l'emploi en Suisse qui est menacée, rétorque Christian Grobet, député de l'Alliance de gauche. Les travailleurs d'Europe de l'Est qui gagnent beaucoup moins qu'en Suisse vont exercer une grosse pression sur les salaires.»

Campagne électorale en cours

Ce positionnement de l'extrême gauche ainsi qu'une bonne partie de l'argumentaire des autres partis tiennent assurément aussi à l'agenda politique genevois, où la campagne électorale bat son plein avant les élections cantonales d'octobre. Autrement dit, chacun cherche à se profiler.

Tout à droite, l'Union démocratique du centre genevoise (UDC - droite dure) évite le visage de division offert à l'échelle nationale face à l'échéance du 25 septembre.

«L'unanimité est totale en faveur du non», indique Yves Nidegger, vice-président de l'UDC genevoise. Son explication: «Genève est plus exposée en tant que canton frontière et sans arrière-pays cantonal. Les chiffres des frontaliers explosent, le chômage s'installe durablement.»

«Les mesures d'accompagnement sont un rêve pour l'extrême gauche et un rêve de type cauchemars pour nous, explique-t-il. Mais nous sommes d'accord pour dire qu'il s'agit d'un rêve. Ces mesures ne marcheront pas et les tentatives de les faire marcher vont «fliquer» la société et plomber l'économie en rigidifiant le marché intérieur.»

Avec son niveau élevé des revenus, Genève va attirer les travailleurs de l'extérieur, assure aussi le représentant UDC. Et Yves Nidegger d'asséner: «On va attirer de la pauvreté, chasser de la richesse. (...) Commencer par ouvrir les frontière en espérant que cette ouverture débouchera un jour sur une harmonisation des niveaux de vie et des salaires et, dans l'immédiat, prendre la vague de plein fouet, c'est complètement idiot.»

swissinfo, Pierre-François Besson

Faits

Il existe déjà une libre circulation entre la Suisse et les 15 premiers pays membres de l'Union européenne.
Le 25 septembre, les citoyens doivent dirent s'ils acceptent de l'étendre aux dix pays entrés dans l'Union le 1er mai 2004.
Ce sont: les trois pays baltes, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque, Chypres, Malte, et la Slovénie.

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En bref

- L'extension de la libre circulation aux nouveaux pays membres de l'UE a été approuvée par le Parlement. Les Démocrates suisses ont obtenu le référendum. Les citoyens votent le 25 septembre.
- Un « non » risquerait de faire tomber les autres accords des bilatérales I. Juridiquement, les sept accords sont liés entre eux (clause guillotine). Conséquences aussi pour les bilatérales II.
- Selon la Confédération, l'économie perdrait les avantages qu'elle tire des accords conclus et aurait des problèmes d'accès au marché intérieur de l'UE. Donc moins d'investissements et plus de chômage.

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