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Une ex-réfugiée candidate au gouvernement tessinois

Pelin Kandemir-Bordoli veut "aider le Tessin à s'ouvrir". Keystone Archive

Pelin Kandemir-Bordoli, 30 ans, figure sur la liste du Parti socialiste tessinois pour le renouvellement de l'exécutif, le 1er avril prochain.

Ce contenu a été publié le 23 février 2007 - 08:36

Même si ses chances sont minimes, cette ex-réfugiée kurde de Turquie entend se battre jusqu'au bout. Elle a raconté sa singulière odyssée à swissinfo.

«Beaucoup de gens croient que je suis devenue Suissesse par mon mariage. En fait, j'ai acquis la nationalité helvétique en 2002, trois ans avant d'épouser un Tessinois, raconte Pelin Kandemir-Bordoli. Mais même ainsi, la consonance de mon nom ne plaît pas à tout le monde, même dans les rangs de mon propre parti.»

Née le 4 juin 1976 à Ankara, la jeune femme dégage un charme tout exotique. Regard de braise et cheveux noirs, sourire éclatant, elle déborde d'optimisme et d'enthousiasme.

Licenciée en santé publique de l'Université de Nancy, dans l'Est de la France, la candidate du PS au gouvernement tessinois est responsable des projets de l'Association Radix de Lugano, qui s'occupe de promotion de la santé et de prévention contre l'alcoolisme et les toxicomanies, notamment auprès des jeunes.

Pelin Kandemir a commencé à y travailler dès l'an 2000, au départ en menant cette activité de front avec ses études.

Débarquée à onze ans

Son activité au sein de Radix a permis à la jeune femme d'acquérir une certaine notoriété au Tessin: invitée à des débats télévisés ou à des conférences dans des écoles, elle est devenue une figure connue dans son canton.

Un canton dans lequel Pelin Kandemir-Bordoli débarque un soir de septembre 1987. Elle a onze ans et ne parle pas un mot d'italien. Avec son petit frère de trois ans et leur maman, elle est venue rejoindre le papa, réfugié à Bellinzone depuis 1985.

Policier d'ethnie kurde, celui-ci a participé aux soulèvements et à la grève générale contre le gouvernement turc du début des années 80. Arrêté en même temps que des centaines d'autres opposants, il a été emprisonné durant 18 mois. «Il avait été torturé et, durant tout ce temps-là, nous ne savions pas ce qu'il était devenu» se souvient Pelin.

La Suède ?

Libéré, son père parvient à se réfugier à l'étranger. Il rejoint la Suisse puis le Tessin, qui accueille déjà une communauté kurde. «Deux ans après son arrivée, nous avons réussi à le rejoindre après bien des péripéties» explique la candidate socialiste.

«Avant de quitter la Turquie, je ne savais pas où était la Suisse, je la confondais avec la Suède où vivaient beaucoup de nos compatriotes. Ma mère m'avait montré ce pays sur la mappemonde et il me semblait si petit.»

«Mon premier lien tangible avec la Suisse, poursuit Pelin, ça a été des billets verts de cinquante francs que mon père glissait de temps à autre dans ses lettres.»

Parcours sans faille

L'intégration est rapide, facilitée par un professeur de latin tessinois qui héberge la famille durant les premiers mois du regroupement familial. Grâce au soutien scolaire et au cercle des amis, Pelin et son petit frère apprennent rapidement l'italien.

«J'étais la seule Turque dans ma classe et certains de mes camarades ont fait montre de quelques préjugés mais, dans l'ensemble, j'ai été bien accueillie», se souvient la jeune Kurde.

Depuis lors, son parcours est sans failles. Après avoir aisément conclu sa scolarité obligatoire, elle fréquente le lycée commercial jusqu'à l'obtention du baccalauréat.

Entrée en politique

Pelin est encore adolescente lorsque sa famille obtient le permis humanitaire. Et très tôt, elle se lance dans la voie qui la conduira à l'engagement politique. Elle entre d'abord dans le Mouvement d'aide aux réfugiés puis dans la Coordination de la gauche et les associations de femmes.

C'est dans ce contexte qu'elle fait la connaissance d'Anna Biscossa, qui deviendra présidente du Parti socialiste tessinois en 1996.

«Je l'y ai suivie et suis entrée au PS cette année-là, raconte Pelin. Je me suis lancée dans cette aventure avec l'enthousiasme de la jeunesse et durant les premières années, j'ai beaucoup travaillé dans l'ombre. Puis je me suis engagée dans certaines campagnes comme celle en faveur du PACS. J'ai aussi entretenu des rapports avec mon pays d'origine en accueillant une délégation de parlementaires d'ethnie kurde invitée au Tessin.»

Ses chances sont minimes

En 2004, Anna Biscossa jette l'éponge. Elle est remplacée à la présidence du PS par Manuele Bertoli tandis que Pelin Kandemir est nommée vice-présidente. Récemment à Lugano, le congrès socialiste a confirmé son nom sur la liste des cinq candidats officiels pour le renouvellement de l'Exécutif tessinois.

«Je sais parfaitement que mes chances sont minimes, admet Pelin. Car il ne fait pratiquement aucun doute que la conseillère d'Etat sortante Patrizia Pesenti sera réélue. Et si le PS devait décrocher un second siège, il est fort improbable que je puisse l'obtenir.»

Ceci dit, la candidate au Conseil d'Etat l'est également au Grand Conseil. Pour le législatif, les chances de Pelin Kandemir-Bordoli sont beaucoup plus concrètes.

«J'aimerais être élue pour donner une chance au Tessin, l'aider à concrétiser ses projets, à sortir de la spirale de l'appauvrissement et de l'injustice croissante, à se débarrasser de la peur, en un mot, à s'ouvrir !», conclut l'ex-réfugiée kurde.

swissinfo, Gemma d'Urso à Lugano

En bref

Les élections cantonales pour le renouvellement du parlement et du gouvernement tessinois ont lieu tous les quatre ans et le prochain rendez-vous est fixé au 1er avril

Les Tessinois doivent désigner 90 députés au Grand Conseil (parlement) et cinq membres au Conseil d'Etat (exécutif).

Les conseillers d'Etat sortants, soit Luigi Pedrazzini et Marina Masoni (radicaux, droite), Gabriele Gendotti (démocrate-chrétien), Marco Borradori (lega, droite populiste) et Patrizia Pesenti (socialiste), se représentent tous.

Pour l'élection au Conseil d'Etat, le PS propose une liste de cinq candidats: Patrizia Pesenti, Marina Carobbio, Manuele Bertoli, Pelin Kandemir-Bordoli et Franco Lurà.

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