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Un pont entre finance et développement

Un microcrédit permet par exemple d’acheter une barque qui permettra de faire vivre quelques familles. Photopress/Seco

Le microcrédit est un instrument important pour les pays pauvres. ONU et organisations humanitaires veulent désormais mobiliser les investisseurs privés.

Ce contenu a été publié le 06 janvier 2005 - 16:03

Les Nations Unies dédient l’année 2005 au microcrédit. De leur côté, la Confédération et quelques opérateurs du secteur financier donnent l’exemple avec la plate-forme «responsAbility».

Un petit peu d’argent suffit déjà à obtenir de grands effets. Un exemple pour le prouver: en Inde, quelques centaines de dollars suffisent pour acheter de nouvelles chaudières destinées à chauffer les petites cuves dans lesquelles on teint les tissus.

Par rapport à un foyer traditionnel, l’économie en combustible permet d’amortir l’investissement en peu de temps. Mais il y a encore d’autres avantages.

D’une part, cette nouvelle technologie rend la production plus efficace et plus sûre. D’autre part, on utilise beaucoup moins de bois, ce qui contribue à protéger les forêts locales.

Un chemin vers le développement



Le microcrédit est «un facteur important de développement et de lutte contre la pauvreté», affirme Hansruedi Pfeiffer, responsable pour le secteur financier auprès de la Direction pour le développement et la coopération (DDC).

«Si le microcrédit est géré avec pondération, il peut être un instrument fondamental pour favoriser l’autogestion dans bon nombre de pays confrontés à de gros problèmes économiques et sociaux», explique Andreas Missbach, de la Déclaration de Berne, organisation qui s’occupe de politique du développement.

L’accès aux financements est en effet une condition préalable à tout développement économique, dans les pays industrialisés comme dans les pays pauvres. Mais, souvent, les moins favorisés ne disposent pas d’infrastructures économiques, comme les instituts de crédit, pour obtenir l’argent nécessaire.

Ainsi, le développement ne décolle pas et la dépendance par rapport à l’aide humanitaire demeure. Ce type de réflexions ont donc conduit les Nations Unies à déclarer 2005 «Année internationale du microcrédit».

Le microcrédit peut garantir des rendements équivalents aux ceux générés par des investissements dans un pays occidental. Durant toute l’année 2005, il s’agira donc de motiver les investisseurs privés à s’engager en faveur d’un développement global.

Un argent qui coûte cher



Sur le terrain, la fourchette des prêts s’étend de 50 à 3000 dollars, avec une moyenne vers 300 dollars. Quant aux délais, ils dépendent du secteur concerné, d’un crédit agricole d’une saison à un crédit d’investissement de trois ans.

Par contre, les taux d’intérêts sont élevés, usuraires même selon les normes occidentales. Ils vont en effet de 15 à 50%, d’après les estimations de la DDC.

Ces frais reflètent la nécessité de couvrir les coûts, afin que l’établissement prêteur soit viable.

Un crédit de 50 dollars coûte au prêteur aussi cher qu’un crédit de 10'000 dollars. En effet, la même quantité de temps – donc d’argent – est investie en études de dossiers et en visites.

Ces coûts pourraient toutefois diminuer avec une amélioration des infrastructures bancaires.

Améliorer l’offre



En fait, le problème principal du microcrédit ne se trouve pas dans les coûts. En effet, la productivité de l’argent obtenu est également très élevée.

Le véritable problème, c’est que «l’offre financière ne satisfait clairement pas la demande», explique Hansruedi Pfeiffer.

«Actuellement, ces sont surtout des investisseurs publics qui s’engagent dans ce secteur; il serait important de faire aussi entrer en scène des acteurs privés», affirme pour sa part Klaus Tischhauser.

Ce dernier est responsable de «responsaAbility», une plate-forme née en 2003 et qui offre aux clients privés et institutionnels produits et services d’investissements sociaux axés sur les pays en développement.

Les initiateurs de «responsAbility» sont des noms connus du secteur financier suisse. Il s’agit du groupe de caisses d’épargne Raiffeisen, du Credit Suisse, de la banque privée Baumann & Cie, de la Banque alternative et du fonds néerlandais Andromedia. Swiss Re, le numéro un de la réassurance en Suisse, vient également de rejoindre le projet.

Les partenaires privés ont injecté trois millions de francs dans le capital de «responsAbility». Du côté du secteur public, la même somme a été fournie par le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco).

L’offre de «responsAbility» équivaut à celle d’un fonds de placement classique. Selon ses responsables, les clients peuvent s’attendre à un rendement de l’ordre de 2,5%, ce qui n’est pas si mal par rapport à un marché financier européen caractérisé par la morosité.

Par ailleurs, les microcrédits sont relativement sûr. Face à la rareté des capitaux, les bénéficiaires font en sorte de ne pas perdre ce service précieux qui leur est rendu disponible. C’est pourquoi le taux de remboursement est réputé excellent.

Eviter la bulle spéculative



Pour la Déclaration de Berne, on pourrait encore faire beaucoup plus. Mais il convient de suivre la situation avec attention.

D’un côté, on observe une lente amélioration de l’offre dans le secteur. Et pour Andreas Missbach, l’engagement du Crédit suisse – la 2e banque de Suisse – dans «responsAbility» constitue un acte représentant davantage qu’«une action de marketing symbolique».

Mais d’un autre côté, il existe également la crainte que l’année internationale du microcrédit ne réveille une soif de faire des affaires avec les plus pauvres. Or, une bulle spéculative pourrait s’avérer contre-productive.

«Un petit crédit constitue un pas vers l’indépendance, mais il doit être suivi», avertit Andreas Missbach.

En général, il s’agit en fait de la première étape après la fin d’un projet d’aide au développement. «Mais si les bases font défaut, par exemple s’il n’y a pas de route pour apporter à temps des produits au marché régional, même un microcrédit ne pourra pas fructifier», conclut le représentant de la Déclaration de Berne.

swissinfo et les agences

En bref

- L’idée du microcrédit est née au Bengladesh, sous l’impulsion de l’économiste Mohammed Yunus.

- Après avoir en vain tenté de convaincre les banques d’appliquer sa méthode, Mohammed Yunus a créé la Grameen Bank en 1978.

- Cette banque a depuis lors prêté environ 6 milliards de francs à 11 millions de clients.

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