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Un pied dedans, un pied dehors

Martin Boesch est l'un des quelques cent représentants d'ONG au sein du Forum. Dr. Martin Boesch/ONG

Rencontre avec le président de Pro Natura, le professeur saint-gallois Martin Boesch, qui participe à New York au Forum économique mondial.

Ce contenu a été publié le 04 février 2002 - 10:31

swissinfo: Ici, il y a ceux qui sont à l'intérieur de l'hôtel Waldorf-Astoria et ceux qui sont à l'extérieur. Vous, vous êtes entre les deux. Vous participez au Forum. Mais votre association organise le Public Eye on Davos, une contre-conférence.

Martin Boesch: Oui, effectivement, et c'est une situation difficile, car le danger c'est de pencher d'un côté ou de l'autre, et donc de ne pas réussir à faire le pont entre les deux mondes qui se retrouvent ici. J'essaye d'introduire un peu plus de perméabilité, de transparence pour les idées.

Vous êtes en fait un critique de la mondialisation et du Forum. Comment se fait-il qu'il vous ait invité?

M.B. Nous pensons que c'est à cause des problèmes que nous avons eu il y a un an à Davos, pour l'organisation du Public Eye on Davos. Certains de nos participants avaient été arrêtés.

Nous avons alors réclamé auprès des autorités, nous avons déposé plainte et nous avons également exigé d'être invités au Forum. Visiblement, on a choisi d'être plutôt aimables avec nous.

Mais est-ce que les représentants d'ONG, comme vous, ne courent pas le danger d'être utilisé par le Forum?

M.B. Le risque existe bel et bien, il faut en être conscient. Mais nous connaissons cette situation. Lorsque nous sommes dans un groupe de travail, par exemple avec les autorités, nous avons constamment des différences d'opinion.

Pour nous il était tout d'abord important de savoir tout simplement comment le Forum fonctionne, ce qui s'y passe. Ce n'est que lorsqu'on connaît l'autre côté que l'on peut argumenter.

Et puis nous essayons d'apporter notre point de vue, dès que l'occasion se présente, même si les possibilités sont très modestes, puisque nous ne sommes pas invités comme orateurs.

Il y a beaucoup de manières différentes de voir le Forum. Quelle est votre définition?

M.B. C'est une grande cocktail-party pour les hauts responsables économiques, avec beaucoup d'aspects sociaux. On se rencontre, on parle. Et à chaque rencontre on se fait une opinion, on se concerte sur la manière de faire avancer la globalisation et de dégager les obstacles sur le chemin.

Vous, vous représentez d'autres intérêts que les membres du Forum. Comment se passe le dialogue?

M.B. Je pense que ces gens ont une compréhension très faible et filtrée des réalités, en dehors du monde des affaires. J'ai l'impression qu'ils arrivent à s'immuniser. Ils ont développé une manière d'être qui les immunise des critiques.

Soit on nous ignore, soit on ne nous prend pas au sérieux, soit, lorsque nous présentons de bons arguments, on change de sujet. Je n'ai pas l'impression qu'un véritable dialogue soit possible.

C'est pour cette raison que l'association internationale dont fait partie Pro Natura a lancé cette idée d'écrire à toutes les entreprises représentées au Forum?

M.B. Oui, nous voulons faire tomber les masques et dire à ces gens: est-ce que vous voulez vraiment améliorer l'état du monde? Alors, à notre avis, il faut une régulation, des standards minimaux, dans le domaine social et environnemental.

Nous demandons à ces compagnies de s'engager pour cela, auprès de leur gouvernement. A toutes, nous leur avons écrit une lettre, en demandant une prise de position d'ici au 1er mai. Et si elles ne le font pas, cela montrera que tout ce discours n'est qu'un camouflage, des paroles creuses.

L'année prochaine, le Forum sera de retour à Davos. Et vous?

M.B. Nous espérons que nous pourrons à nouveau y participer, en occupant une meilleure position, en tant qu'orateur, ou pour animer un débat, ou encore dialoguer avec Klaus Schwab. Nous voudrions vraiment mettre les participants au défi de respecter leurs engagements.

Vous êtes donc prêt à continuer de jouer le jeu, malgré vos critiques?

M.B. Oui. L'autre choix serait une révolution. Nous pensons qu'il est possible de mener une discussion rationnelle, civilisée, pacifique, et ainsi d'améliorer le système. Si cela ne fonctionne pas, nous aurons des violences, des destructions. Et cela nous ne le voulons pas.

Pierre Gobet, envoyé spécial à New York

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