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Tunis rejette les critiques de Berne

Encore des nuages dans les relations Suisse - Tunisie. (M) swissinfo.ch

La Tunisie n'a de leçon à recevoir de personne en matière de droits de l'homme, estime en substance le ministère tunisien des affaires étrangères.

Ce contenu a été publié le 24 mai 2006 - 08:50

Mardi, la Suisse a réitéré devant le chargé d'affaires tunisien à Berne sa protestation officielle suite à l'expulsion d'un membre de la section helvétique d'Amnesty International (AI).

Au cours de cet entretien, la cheffe de la division politique II (Afrique/Moyen-Orient) du ministère des Affaires étrangères (DFAE) a déploré l'arrestation et l'expulsion d'Yves Steiner.

Pour l'ambassadrice Livia Leula, cette intervention de la police tunisienne était «disproportionnée».

Les services de la ministre Micheline Calmy-Rey avaient déjà réagi en ce sens lundi. Ils avaient invité le chargé d'affaires tunisien à venir s'expliquer sur cet incident.

Le ministère suisse des Affaires étrangères n'a toutefois pas voulu donner plus de précisions quant à la suite de cette affaire.

Membre du comité exécutif de la section suisse d'AI, Yves Steiner s'était rendu le week-end dernier en Tunisie pour assister à l'assemblée générale de la section locale de l'organisation de défense des droits de l'homme.

Il avait été arrêté et malmené dimanche par la police tunisienne avant d'être expulsé manu militari.

Un pays souverain

La Tunisie a vivement réagi à ces critiques. Elle «regrette que la Suisse réagisse de façon inhabituelle et non conforme aux usages diplomatiques».

«La Tunisie, en pays souverain, veille au respect de ses lois et n'accepte pas que des agissements incompatibles puissent troubler son ordre public», indique une source qualifiée d'autorisée au ministère tunisien des Affaires étrangères.

Selon cette source, citée par l'agence officielle TAP, Yves Steiner a été expulsé «pour comportement outrageant et indécent, violation des lois du pays et atteinte à sa souveraineté».

La Tunisie «est un Etat de droit, ouvert et tolérant où les libertés publiques sont garanties et consacrées par la constitution». Et, ajoute encore cette même source, elle n'a de ce fait «de leçon à recevoir de personne».

Des «affabulations»

La section suisse d'AI, qui avait exigé une prise de position très ferme de la Confédération, a rejeté une nouvelle fois mardi ces accusations d'atteinte à l'ordre public, qu'elle taxe d'«affabulations».

Pour l'organisation, les vraies raisons de cette arrestation et cette explusion sont la participation d'Yves Steiner au Sommet mondial de la société de l'information (SMSI) de novembre 2005 à Tunis et sa nationalité suisse.

Selon des témoins en effet, avant d'être emmené par la police, le militant aurait publiquement évoqué le discours de Samuel Schmid au Sommet mondial de la société de l'information, discours censuré à l'époque par les médias officiels tunisiens.

Le président de la Confédération d'alors y appelait la Tunisie à respecter la liberté d'expression.

Un mauvais élève

Si l'on en croît le rapport 2006 d'Amnesty International, la Tunisie figure parmi les mauvais élèves en matière des droits de l'Homme.

L'organisation de défense des droits humains affirme que ce pays compte des centaines de prisonniers politiques.

Le rapport d'Amnesty relève que «des personnes risquent d'être emprisonnées, harcelées et intimidées du fait de leurs opinions non violentes».

Enfin, mardi, quelques dizaines d'avocats qui manifestaient devant le palais de justice de Tunis ont été dispersés de force par la police.

Ils protestaient contre la création d'un institut de formation qu'ils considèrent comme préjudiciable à l'indépendance de leur profession.

swissinfo et les agences

En bref

- En décembre 2005, la cheffe de la diplomatie helvétique Micheline Calmy-Rey reçoit quatre militants tunisiens des droits de l'homme à Berne. La Tunisie dénonce l'«attitude inamicale» de la Suisse.

- En novembre 2005, le gouvernement suisse proteste auprès de la Tunisie. La télévision tunisienne avait censuré un passage du discours prononcé à Tunis par le président de la Confédération au sommet de l'information (SMSI).

- Lors de ce sommet Samuel Schmid avait déclaré qu'emprisonner des citoyens au seul motif qu'ils ont critiqué leurs autorités est inadmissible.

- Quant au ministre suisse de la communication Moritz Leuenberger, il avait insisté sur l'importance de la liberté d'expression et sur le respect des droits de l'homme.

- Depuis novembre 2005, les internautes ne peuvent plus accéder au site swissinfo depuis la Tunisie.

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