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Tsunami: il aurait pu y avoir moins de morts

RTS

Alors que le bilan du séisme de Sumatra ne cesse de s’alourdir, une question s’impose douloureusement: et si des milliers de vie avaient pu être sauvées?

Ce contenu a été publié le 27 décembre 2004 - 14:22

Olivier Lateltin, spécialiste fédéral de la prévention des séismes, souligne l’absence d’un système d’alarme opérationnel et le manque d’écoute du monde politique.

Après l’horreur vient le temps des questions. Tentative d’explication en compagnie du chef de la centrale de coordination pour la Mitigation des Séismes à l’Office Fédéral des Eaux et de la Géologie.

Olivier Lateltin pose un regard lucide sur les manques qui expliquent en partie les lourdes conséquences du séisme et des raz-de-marée qui ont frappé l’Asie du Sud et du Sud-Est.

swissinfo: Olivier Lateltin, aurait-on pu prévoir le séisme sous-marin de ce dimanche au large de l’île de Sumatra?

Olivier Lateltin: Non! La zone de suture entre les plaques tectoniques indienne et eurasienne est certes connue, tout comme sa forte activité volcanique, mais il était impossible de prévoir la date et l’intensité de ce tremblement de terre.

swissinfo: Mais aurait-il été possible de faire quelque chose entre le moment du séisme sous-marin et l’instant où les raz-de-marée ont frappé les côtes alentours?

O.L.: C’est effectivement là que réside le problème principal. L’institut géologique américain effectue un travail de surveillance constant des tremblements de terre dans le monde, et nous savons donc à la seconde près lorsqu’un séisme se déclenche.

Ce sont l’information et la diffusion de l’alerte qui restent sujettes à caution. Car s’il existe un système d’alerte opérationnel pour l’évacuation des zones à risques en cas de cyclones, le manque est total en ce qui concerne la prévention contre le phénomène des tsunamis dans l’Océan indien.

Il n’y a pas d’«early warning system», c’est une grave lacune à laquelle il faut remédier impérativement et rapidement. Car l’heure qui s’est passée entre le moment où l’on a observé par mesure le tremblement de terre et l’instant où les premières vagues dévastatrices ont atteint le Sri Lanka par exemple aurait pu être mis à profit pour évacuer les gens.

swissinfo: A votre avis, cette catastrophe va-t-elle déboucher sur des mesures préventives concrètes?

O.L.: Je vous répondrai sous forme de boutade: le pouvoir décisionnel est aux mains de la politique et la mémoire d’un politicien est d’environ quatre ans en moyenne. La mémoire de la terre est beaucoup plus importante puisqu’elle se chiffre en millions, voire en milliards d’années.

Plus sérieusement, je ne pense pas que le problème soit au niveau des scientifiques puisque ces derniers tirent la sonnette d’alarme depuis assez longtemps. Mais il faudra que les politiciens leur prêtent une oreille attentive et cela aussi bien en Asie qu’en Suisse.

Le dialogue doit être restauré, même si tout ce qui concerne la prévention des catastrophes n’est pas très sexy dans un programme politique. Il y a urgence.

swissinfo: Comment les scientifiques peuvent-ils concrètement «utiliser» la catastrophe de ce dimanche pour faire entendre leur voix?

O.L.: Nous avons malheureusement besoin de catastrophes de cette ampleur pour faire avancer la cause de la prévention dans le monde. En Suisse, il a fallu les tremblements de terre de Kobé (95) et d’Izmit (99) pour réellement avancer en matière de prévention.

swissinfo: Comment juger l’ampleur du séisme de Sumatra dans une perspective historique?

O.L.: Il s’agit d’un séisme d’une très forte magnitude et les effets induits par les raz-de-marée sont catastrophique. Mais il faut se rendre compte que de tels séismes provoquent régulièrement la mort de milliers de personnes.

Très proche de nous, il y a un an jour pour jour avant celui de Sumatra, le séisme de Bam a également été dévastateur.

Je ne peux qu’espérer que nous puissions désormais souffler un peu, et profiter d’une période d’accalmie pour travailler en amont. Soit au niveau de la prévention, du renforcement de différents ouvrages et de la mise en place de systèmes d’alerte.

Je pense que nous devons mettre à profit le laps de temps qui nous sera offert pour travailler et prendre les bonnes décisions en compagnie des politiciens.

En Suisse, nous arrivons au terme d’une période de planification de quatre ans le 31 décembre. Nous allons rencontrer le Conseil fédéral à la mi-janvier pour parler des nouvelles mesures et je pense que la catastrophe asiatique sera évoquée dans les discussions.

swissinfo: Si l’on revient au séisme de Sumatra pour terminer, celui-ci va-t-il donner lieu à des répliques locales, ou au niveau du globe?

O.L.: Cela est quasi-certain, car le sol marin a bougé d’environ cinq mètres. Il va donc y avoir des répliques du séisme au niveau local – sur la ceinture circum-pacifique et les dorsales du Japon par exemple - mais celles-ci vont aller en diminuant d’intensité.

Au niveau des autres grandes sutures de l’écorce terrestre il ne devrait, par contre, pas y avoir de conséquences.

Interview swissinfo, Mathias Froidevaux

Faits

L'Office fédéral des eaux et de la géologie (OFEG) est l’autorité compétente pour toutes les questions relatives aux eaux, à la géologie et à la prévention des dangers naturels.
Sa division ‘Protection contre les dangers naturels’ est chargée de protéger les hommes et les biens de valeur contre les dangers naturels, en particulier les crues, les séismes et les mouvements de terrain.
L’OFEG emploie 130 personnes, répartis entre les bureaux de Bienne et d’Ittigen.

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En bref

- Le séisme survenu dimanche matin à 07H58 locales (01h58 suisses) au large de l'île indonésienne de Sumatra avait une magnitude de 8,9 sur l'échelle de Richter.

- Plusieurs raz-de-marée ont ensuite touché le Sri Lanka, l'Inde, l'Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande, le Myanmar (Birmanie) et les Maldives, faisant des milliers de victimes et de disparus. Le bilan s'alourdit d'heure en heure.

- Il s'agit d'un des séismes les plus puissants depuis 1900 et du plus violent depuis celui qui a frappé l'Alaska en 1964, de magnitude 9,2.

- Il intervient exactement un an après celui qui a touché la région de Bam, en Iran, et qui a causé la mort de plus de 35’000 personnes.

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