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Le projet d’Andermatt entre doute et espoir

Keystone

Le promoteur immobilier égyptien Samih Sawiris reste convaincu du succès de son premier projet en Europe, le complexe touristique Andermatt Swiss Alps. Mais les interrogations qui accompagnent le projet depuis ses débuts demeurent. Reportage.

Ce contenu a été publié le 02 mai 2013 - 11:17
Susan Vogel-Misicka, Andermatt, swissinfo.ch

Du béton brut, des câbles dénudés et de la poussière partout. Difficile  à première vue d’imaginer que ce chantier finira un jour en hôtel de luxe. Le groupe de journalistes arpentent les dédales du futur hôtel un casque de sécurité vissé sur la tête, trébuchant parfois en passant d’une salle à une autre. Une visite organisée dans cette station du canton d’Uri qui fait suite aux nombreuses critiques émises ces derniers temps par les médias.

Le chef de chantier conduit la troupe jusqu'à un escalier étroit et mal éclairé qui ressemble à une sortie de secours d'un parking. C’est alors que les visiteurs découvrent un appartement témoin dont l’élégance contraste  avec le reste du chantier.

«Oooh, je vais le prendre», plaisante l’une des participantes, affalée sur un canapé bordeaux.

Sur la bonne voie

Avant la visite du site, Samih Sawiris et ses principaux partenaires ont donné aux médias un rapport de situation sur le projet - notamment le fait que le promoteur égyptien venait d’injecter 150 millions de francs supplémentaires (122 millions d’euros) provenant de sa fortune personnelle dans ce projet de 1,8 milliard de francs. Une fois terminé, le complexe hôtelier Andermatt Swiss Alps disposera de 6 hôtels, 25 chalets, 42 immeubles résidentiels, des surfaces commerciales, un golf et un domaine skiable élargi.

Interrogé par swissinfo.ch sur la pire chose qui pourrait frapper le projet, Samih Sawiris  déclare que l'échec est hors de question: «Je ne suis pas le genre de personne à  m’engager dans un projet qu’en fonction de sa rentabilité. J'apprécie le succès. En l’espèce, ce serait de réussir à créer une destination en Suisse. Cela a beaucoup plus de valeur pour moi que l’argent que je pourrais faire», assure Samih Sawiris à propos du premier projet européen de sa société Orascom Development, cotée en bourse.

Jusqu’à maintenant, les ventes d’appartements ne décollent guère. Ce qui n’empêche pas le chantier d’aller de l’avant, selon ses promoteurs, que ce soit la construction de l'hôtel de luxe Le Chedi ou le développement du domaine skiable Andermatt-Sedrun.

Andermatt

Lorsque tous les hôtels, chalets et appartements du complexe Andermatt swiss alps seront construits, le nombre de lits dans la station uranaise  sera doublé, permettant à Andermatt de devenir une station touristique de taille moyenne, en comparaison suisse.

Avant que Samih Sawiris n'annonce ses plans en 2005, Andermatt perdait des places de travail en raison d’une réduction massive de la présence de l’armée, un employeur important dans la région depuis la fin du 19e siècle.

Même si le village dispose d’un domaine skiable à une altitude qui garantit d'excellentes conditions d'enneigement, son industrie touristique n'a pas été en mesure de compenser les pertes d'emplois.

À l'époque, Andermatt était considérée comme trop petite pour avoir une masse critique permettant de financer et développer son infrastructure touristique.

Les autorités locales estiment que le projet de l’Egyptien est une dernière chance pour la commune.

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Trop ambitieux?

Pourtant, de nombreuses critiques ont pointé l’inadéquation de ce projet pharaonique dans un pays - la Suisse - à la fois petit et cher.

Urs Hirt, journaliste du magazine suisse Travel Inside, a observé toute l’évolution du projet. Au début, il le trouvait trop ambitieux. Aujourd’hui, il se dit convaincu, même s'il pense qu'il faudra des années pour établir la réputation du complexe.

«L’essentiel pour la réussite du projet ne tient pas seulement à la construction des hôtels, des appartements et des villas. Le site doit fonctionner aussi bien l’hiver que l’été et être doté d’une bonne infrastructure.»

Cependant, l'infrastructure n'est pas encore prête - un fait qui n'échappe pas à Simon Malster, directeur général de la société britannique Investors in Property, spécialisée dans la vente de résidences en Suisse.

«Fondamentalement, les gens qui achètent ces appartements sont censés acheter aussi les infrastructures. Les prix des appartements sont de 18’000 francs le mètre carré, ce qui est beaucoup d'argent. Ils subventionnent ainsi la création de toutes ces installations», assure Simon Malster.

A titre de comparaison, son entreprise propose des biens à Engelberg en Suisse centrale - semblable à Andermatt en termes de domaine skiable et de proximité  avec Zurich - pour environ 8000 francs le mètre carré.

Nécessaire qualité

De son côté, Martyn Bell, de l’agence britannique Swiss Property, assure qu'il y a une demande pour des logements de haut standing dans les Alpes.

« Dans de nombreuses stations, la qualité des hôtels est un problème. À Andermatt,  ils s’attaquent à ce problème. Je pense que ce projet va créer de l'activité touristique. Ce qui est vraiment nécessaire, en particulier dans cette région de la Suisse », assure Martyn Bell.

Et d’ajouter : «Je pense que cela fonctionnera principalement pour ceux qui cherchent une  propriété utilisable une ou deux fois par an avec la possibilité de le louer, comme ceux qui veulent que leur propriété soit entretenue en leur absence.»

Précisons que le projet d’Andermatt a obtenu une dérogation à la loi limitant les achats de biens immobiliers par des investisseurs étrangers.

Le multimillionnaire égyptien pourrait également bénéficier - selon un de ses conseillers personnels, Hans Peter Danuser – des effets de l’initiative Weber approuvée l’année dernière par les Suisses. L’ordonnance d’application, qui est entrée en vigueur cette année, impose un plafond de 20% pour le nombre de résidences secondaires dans les communes suisses. Le conseiller estime que la demande pour les appartements  du complexe touristique devrait donc gonfler, puisque l'offre est désormais bloquée en Suisse.

Les axes du projet

Volume d'investissement: CHF 1.8 milliard

1,4 million de m2 de terrain à bâtir

6 hôtels (4 - et 5 étoiles) et environ 850 chambres

Environ 500 appartements dans 42 immeubles

Environ 25 chalets privés

35.000 m2 d'espace commercial

Un centre de sport et de loisirs

Un centre de congrès et de concerts pour environ 600 personnes

Près de 2000 places de parking

Terrain de golf à 18 trous

Modernisation du domaine skiable Andermatt – Oberalp – Sedrun

Ouverture de l’Hôtel Le Chedi prévue en décembre 2013

Premiers appartements prêts : 2014

Source: Andermatt Swiss Alps

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Tirer les leçons du passé

Ancien chef de l’office du tourisme de St-Moritz, Hans Peter Danuser croit que la station d’Andermatt deviendra attractive, car Samih Sawiris peut éviter «toutes les erreurs» faites par St-Moritz et d'autres grands lieux de villégiature suisses au cours des 50 dernières années.

Une erreur particulièrement fréquente et dévastatrice consistait à laisser les promoteurs immobiliers construire une multitude de chalets et d'appartements conçus comme des résidences secondaires. Des résidences vides la plupart de l'année parce que les propriétaires n’étaient pas obligés de les louer en leur absence.

À Andermatt, la plupart des appartements sont soumis à un programme de location obligatoire, ce qui signifie que les propriétaires ne peuvent occuper leur appartement que lors de périodes définies à l’avance.

Samih Sawiris estime aussi que son complexe touristique, dans les Alpes suisses, peut résister aux tempêtes économiques, comme l’actuelle crise financière et la surévaluation du franc suisse, qui a nui à l'industrie du tourisme ces dernières années.

«Je pense que la Suisse continuera d'être un refuge pour les investisseurs, les acheteurs et les touristes, déclare le promoteur égyptien. Le secteur a un peu souffert de la crise. Mais 1 ou 2 % de baisse, ce n’est rien, comparé aux 80% de chute en Egypte. Les gens le savent et reconnaissent ce fait. Ils sont prêts à payer le prix.»

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