Navigation

Tortures en Irak: le CICR avait averti Washington

Un détenu d'Abou Ghraib, les mains liées à des câbles électriques. Keystone

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) savait ce qui se passait dans la prison irakienne d’Abou Ghraib. Il avait d’ailleurs demandé aux Américains de réagir.

Ce contenu a été publié le 06 mai 2004 - 16:32

Le CICR a confirmé vendredi qu'il ne s'agit pas d'actes isolés, mais de mauvais traitements de nature systématique.

La diffusion des images de soldats américains humiliant des prisonniers irakiens a choqué l’opinion publique, ces derniers jours. A tel point que le président Bush a pris la parole mercredi pour condamner les sévices infligés aux détenus par les GI’s.

Interpellé, le Comité international de la Croix-Rouge, basé à Genève, est à son tour sorti de son silence. Vendredi, il a confirmé des actes de torture et des violations du droit humanitaire dans les prisons américaines en Irak.

Le directeur des opérations du CICR,Pierre Kraehenbühl,a confirmé les extraits d'un rapport interne de l'organisation publié vendredi dans le Wall Street Journal.

Ce rapport aux autorités américaines, datant du mois de février, destiné à rester confidentiel, a été publié sans le consentement du CICR, a déclaré le responsable.

M. Kraehenbühl a réaffirmé que le CICR a demandé à plusieurs reprises, dès l'an dernier, des améliorations de la situation des détenus en Irak aux autorités américaines et britanniques.

Jusqu'à présent, l’organisation humanitaire s'était refusée à s'exprimer publiquement sur les conditions de détention dans la prison d'Abou Ghraib sous contrôle américain.

Besoin de discrétion

«Nous ne sommes pas Amnesty International, dont le rôle consiste à dénoncer les violations des droits de l'homme en prenant l'opinion publique à témoin», rappelle Antonella Notari, porte-parole du CICR, dans le quotidien Le Temps.

«Nous sommes actifs dans plus de 70 pays et visitons plus de 460'000 détenus. C’est notre mission. Si nous commentions publiquement chacune de nos visites, nous n’aurions plus accès aux prisonniers», précise Antonella Notari à swissinfo.

Autrement dit, le CICR a besoin de discrétion pour maintenir un lien de confiance avec les autorités. Ainsi l’organisation n’intervient qu’exceptionnellement pour dénoncer publiquement certaines situations.

«C’est la démarche ultime, quand nous estimons que nos démarches confidentielles n’ont pas eu d’effet», ajoute Alain Aeschlimann, spécialiste de la détention au CICR, dans les colonnes du Temps.

Rapports sur Abou Ghraib

Gardienne des Conventions de Genève, l’organisation humanitaire a visité la prison d’Abou Ghraib, qui accueille des milliers de détenus, dès l’an dernier.

Elle a effectué des visites d'inspection toutes les cinq à six semaines depuis août 2003. La dernière remonte au mois de mars. Après chaque visite, un rapport a été adressé aux responsables de la prison ainsi qu'aux autorités américaines à Washington, précise le CICR.

Donald Rumsfeld s'excuse

Donald Rumsfeld a présenté vendredi ses «plus profondes excuses» pour les sévices infligés aux détenus irakiens.

Lors d'une audition devant une commission du Sénat, le secrétaire américain à la défense a dit «assumer la pleine responsabilité» des «terribles agissements» constatés dans la prison d'Abou Ghraib. Il a souligné que les gardiens avaient le devoir de respecter les Conventions de Genève.

Une commission spéciale sera chargée d'enquêter sur ces cas de sévices et des compensations vont être offertes aux victimes. M. Rumsfeld a par ailleurs révélé que d'autres photos montraient des actes «de cruauté à caractère incontestablement sadique».

swissinfo et les agences

Faits

Le CICR a été fondé par le Suisse Henri Dunant en 1863
L’organisation humanitaire a son siège à Genève
La Suisse est dépositaire des Conventions de Genève

End of insertion

En bref

- Le droit international humanitaire interdit clairement toute forme de torture.

- Les Etats membres de la 3ème Convention de Genève sont tenus de traiter avec humanité les prisonniers de guerre.

- «Tout acte ou omission illicite de la part de la Puissance détentrice entraînant la mort ou mettant gravement en danger la santé d'un prisonnier de guerre en son pouvoir est interdit et sera considéré comme une grave infraction à la présente Convention.»

- Art.13: «Les prisonniers de guerre doivent de même être protégés en tout temps, notamment contre tout acte de violence ou d'intimidation, contre les insultes et la curiosité publique.»

- Art.14: «Les prisonniers de guerre ont droit en toutes circonstances au respect de leur personne et de leur honneur.»

- Art.17: «Aucune torture physique ou morale ni aucune contrainte ne pourra être exercée sur les prisonniers de guerre pour obtenir d'eux des renseignements de quelque sorte que ce soit.»

End of insertion

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

En conformité avec les normes du JTI

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Joignez-vous à la discussion

Partager cet article

Changer le mot de passe

Souhaitez-vous vraiment supprimer votre profil?