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Surprise, la Suisse va traquer à vie les pédophiles

Keystone

Les Suisses ont accepté l'initiative qui demandait l'imprescriptibilité pour les crimes de pornographie enfantine ainsi que la loi sur les stupéfiants. Ils ont refusé de dépénaliser le cannabis, de flexibiliser l'âge de la retraite et de limiter le droit de recours des organisations écologistes.

Ce contenu a été publié le 30 novembre 2008 - 17:46
swissinfo.ch

Les crimes pédophiles seront désormais imprescriptibles en Suisse. 51,9% des citoyens helvétiques qui se sont rendus aux urnes dimanche ont en effet approuvé l'initiative lancée par l'association «Marche blanche».

Son acceptation à la double majorité du peuple et des cantons constitue une surprise. Lors de la campagne précédant les votations, l'attention s'est en effet portée plutôt sur les quatre autres objets soumis au peuple.

Par ailleurs, le gouvernement recommandait le refus. A ses yeux, appliquer l'imprescriptibilité à la pornographie enfantine violait la proportionnalité. En effet, seuls les crimes tels que les génocides ou les crimes de guerre sont actuellement imprescriptibles.

Le gouvernement se fondait en outre sur une récente décision du Parlement, qui fait courir la prescription de 15 ans non plus depuis la date du crime, mais depuis le moment où la victime atteint ses 18 ans.

Plutôt rare

Au final, les arguments juridiques se sont donc révélés vains. Le soutien le plus net à l'imprescriptibilité a été enregistré à Schwyz et à Schaffhouse, avec 57,8% de 'oui' dans les deux cas. Ces cantons sont talonnés par St-Gall (57,4%) et le Tessin (57,2%). La Suisse romande est divisée.

Les cantons catholiques ont approuvé l'initiative: le 'oui' a atteint 56,2% en Valais, 55% à Fribourg et 52,4% dans le Jura. Par contre, Vaud (60,1% de 'non'), Genève (57,1%) et Neuchâtel (55,2%) l'ont rejetée. Idem de Berne (51,3%), Nidwald (52,3%) et Appenzell Rhodes-Intérieures (53,2%).

L'acceptation d'une initiative est plutôt rare dans l'histoire politique suisse. Depuis 1848, date à laquelle le droit d'initiative a été inscrit dans la Constitution, seules 15 d'entre elles ont été adoptées en votation. La dernière en novembre 2005: les Suisses avaient alors accepté un moratoire sur les aliments produits par le biais de manipulations génétiques.

Drogue : un 'oui' et un 'non'

Les résultats concernant les autres objets n'ont en revanche pas été à l'encontre de ce qui était prévu. Appuyée par le gouvernement et par trois des quatre partis gouvernementaux, UDC exceptée, la révision de la loi fédérale sur les stupéfiants a été acceptée par 68,1% des votants.

Cette révision ancre dans la loi la politique dite des «quatre piliers». Celle-ci vise à une politique globale en matière de drogue en englobant à la fois la prévention, la répression du trafic, l'aide à la survie des toxicomanes et des mesures de réinsertion. Elle prévoit aussi la distribution médicale d'héroïne. L'estimant trop laxiste, des milieux de droite avaient lancé un référendum.

Dans le domaine de la drogue toujours, la dépénalisation du cannabis n'a pas convaincu les Suisses, qui l'ont rejetée par 63,2% des voix. La plus forte opposition a été enregistrée à Neuchâtel, avec 71,5% de rejet. Vaud, avec 71,3% de 'non', et le Valais, ont eux aussi confirmé leur position restrictive en la matière. Bâle-Ville remporte la palme du rejet le plus ténu (55,3%), suivi de Zurich (56,7%).

'Non' à la retraite flexible

Refusée également l'initiative qui demandait une flexibilisation de l'âge de la retraite. 58,6% des Suisses ont dit non. Avec cette initiative, l'Union syndicale suisse (USS) voulait aider les travailleurs les moins fortunés à pouvoir quitter le monde du travail dès 62 ans sans diminution de rente.

Seuls quatre cantons latins l'ont soutenue: le Jura et le Tessin lui ont réservé un très bon accueil, avec 60 et 59,7% d'avis positifs. Genève et Neuchâtel ne se sont prononcés que du bout des lèvres, par 51,1% et 50,02% des voix.

Enfin les Suisses ont balayé par 66% des voix l'initiative du Parti radical-démocratique (PRD/droite) qui demandait la limitation du droit de recours des organisations écologistes. Aucun canton ne l'a soutenu.

Zurich - d'où est partie la polémique contre les associations écologistes suite à des recours déposés contre la construction d'un grand stade destiné à accueillir des matches de l'Euro 2008 - a rejeté l'initiative par 61,8% des voix. Neuchâtel est le champion du 'non (76,7%), suivi de Bâle-Ville (75,9%) et du Jura (72,3%).

La participation à ces votations s'est élevée à quelque 46%.

swissinfo et les agences

Les résultats

Imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine

Oui 1'206'222 - Non 1'119'172
Pourcentages 51,9% - 48,1%
Cantons 18 - 5

Loi fédérale sur les stupéfiants

Oui 1'541'227 - Non 723'714
Pourcentages 68,1% - 32%
Cantons 23 - 0

Dépénalisation de la consommation de cannabis

Oui 848'470 - Non 1'456'336
Pourcentages 36,8% - 63,2%
Cantons 0 - 23

Retraite flexible

Oui 970'490 - Non 1'374'107
Pourcentages 41,4% - 58,6%
Cantons 4 - 19

Droit de recours des organisations écologiques

Oui 774'018 - Non 1'501'184
Pourcentages 36,8% - 63,2%
Cantons 0 - 23

Participation: 46%.

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Internet

Le vote par Internet prend une ampleur inédite à l'occasion des votations du 30 novembre.

Pour la première fois, les trois cantons pilotes (Genève, Neuchâtel, Zurich) ont simultanément proposé cette possibilité à certains électeurs.

Au total, 139'000 personnes ont pu se prononcer par Internet, soit 2,7% de l'ensemble du corps électoral suisse.

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