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Suisses et Américains face au bioterrorisme

Pascal Couchepin, ministre suisse de l'Economie (à d.) et Daniel Vasella, directeur-général de Novartis, à New York. Keystone

Une table ronde était organisée ce week-end, en marge du Forum économique mondial, pour réfléchir à la lutte contre les armes biologiques.

Ce contenu a été publié le 03 février 2002 - 20:16

Responsables politiques et économiques, venant des deux côtés de l'Atlantique, étaient réuni samedi dans un grand hôtel new-yorkais, à deux pas du Forum économique mondial. Pour une table ronde sur le bioterrorisme organisée par la Commission économique bilatérale Suisse-Etats-Unis, née il y a deux ans, à Davos justement.

Les interlocuteurs étaient sans doute idéalement choisis. Les Etats-Unis et la Suisse ne sont-ils pas des leaders mondiaux dans le domaine pharmaceutique et biotechnologique? Le cadre aussi était idéal: New York, l'une des cibles, l'automne passé, des attaques d'anthrax.

Les Etats-Unis pas prêts

Des attaques qui ont débouché sur une prise de conscience aiguë du danger. «A ce moment là, notre pays n'était pas prêt», a avoué l'ancien sénateur américain Sam Nunn, qui s'est beaucoup occupé des questions de sécurité. Depuis, les Etats-Unis sont bien décidés à rattraper le temps perdu.

C'est notamment ce qu'a voulu démontrer Tommy Thomson, le Secrétaire d'Etat à la santé et aux services sociaux. Début janvier, l'administration Bush a annoncé qu'elle allait consacrer 3 milliards de dollars à la lutte contre le bioterrorisme. C'est dix fois plus que l'année passée.

Le ministre américain a fait la liste des lacunes à combler: le manque de vaccins, l'état de préparation insuffisant du système de santé, le besoin de renforcer la collaboration internationale. Les Etats-Unis ont noué des contacts avec leurs voisins et plusieurs pays européens. Tommy Thomson en a profité pour inviter la Suisse à rejoindre cet effort de concertation.

Un protocole additionnel

Le gouvernement suisse était représenté par Pascal Couchepin, qui a lui aussi insisté sur la nécessité d'une collaboration internationale. Mais en étant peut-être plus précis. Il faut, a insisté le ministre de l'Economie, que la communauté internationale parvienne à conclure un protocole additionnel, pour mettre en place un système de vérification de la Convention sur les armes biologiques.

Pascal Couchepin, tout en faisant lui aussi le point sur les mesures prise en Suisse, notamment concernant les achats de vaccins, a toutefois voulu mettre en garde.

«La première priorité est de prendre au sérieux ces menaces, a t-il déclaré à swissinfo. Mais la deuxième priorité est de ne pas tourner à l'hystérie et prendre des mesures qui dépassent les risques eux-mêmes.»

Un code de conduite pour les industriels

Autre voix suisse dans ce débat, celle de Daniel Vasella, le directeur-général de Novartis. Pour lui, les industriels ont une double responsabilité. Ils doivent tout d'abord s'assurer qu'ils ne constituent pas eux-mêmes une menace.

«Il faut être certain que par négligence, ou de manière mal intentionnée, personne n'utilise ou transforme des matériaux dans une firme pharmaceutique.»

Le patron de Novartis prône pour cela l'adoption d'un code de conduite. Autre priorité: la recherche, le développement de vaccins et de médicaments efficaces contre ces maladies.

Mais le problème, c'est le financement de ces recherches, qui n'ont pas de débouchés commerciaux immédiats. Daniel Vasella le confirme pourtant, l'industrie ne peut pas se passer de profits: «Au bout du compte, pour nous c'est important qu'il y ait une vente.»

«Il faudra encore discuter de comment cela va pratiquement se passer, explique le patron de Novartis à swissinfo. Je ne crois pas que toutes les réponses ont été données.»

Il y a bien sûr les énormes crédits débloqués aux Etats-Unis. Daniel Vasella a d'ailleurs lancé un appel à l'endroit de l'Union européenne: «Il ne faut pas que l'argent vienne seulement des Etats-Unis.»

Pierre Gobet, envoyé spécial à New York

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