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Les nids de Suisse se vident

La cigogne blanche, qui avait disparu vers le milieu du 20e siècle, fait à nouveau son nid en Suisse. Keystone

L’Atlas historique des oiseaux nicheurs recense pour la première fois le nombre d’espèces qui ont disparu ou diminué depuis 1950. Un constat préoccupant d’autant que la volonté politique pour inverser cette tendance fait défaut, estime l’ornithologue Peter Knaus.

Ce contenu a été publié le 04 septembre 2011 - 06:01
Luca Beti, swissinfo.ch

Dans la plupart des écoles, on chantait autrefois une chanson traditionnelle parlant du chant du coucou. Et il est vrai que le chant incomparable de cet oiseau s’entendait à l’époque pratiquement partout au printemps. De nos jours, en revanche, il est de plus en plus difficile de le percevoir.

«Dans les années 50, le coucou était très répandu sur tout le territoire. Mais depuis le début des années 80, sa présence s’est faite de plus en plus rare à cause de l’utilisation toujours plus intensive du paysage par l’homme», explique Peter Knaus, chercheur auprès de la Station ornithologique de Sempach et co-auteur de l’atlas.

En effet, au 20e siècle, la Suisse a beaucoup changé: d’un pays agricole à une nation industrielle, d’une terre d’émigration à une terre d’immigration, d’un Etat pauvre à l’un des Etats les plus riche du monde. Mais ce changement rapide a laissé des traces profondes sur le territoire, ce qui a conduit à une réduction constante de l’habitat naturel des oiseaux.

Le coucou n’est pas le seul touché. Beaucoup d’autres espèces d’oiseaux nidificateurs ont vu leur territoire se réduire comme peau de chagrin ou ont même disparu. «Au cours des 70 dernières années, environ un cinquième des espèces d’oiseaux répertoriées dans l’atlas ont disparu», souligne Peter Knaus.

Pour ne pas oublier

Pour éviter que ces oiseaux ne sombrent à tout jamais dans l’oubli, la Station ornithologique suisse de Sempach a lancé fin 2007 le projet «Avifaune 1950», afin de documenter la répartition des oiseaux dans les années 1950-1959 en Suisse et dans la principauté du Liechtenstein.

En juillet 2011, la Station présenté le résultat de cette initiative: l’Atlas historique des oiseaux nicheurs. Les données recueillies durant les quatre années de recherche  - sur la base d’interviews d’ornithologues et la lecture de carnets de notes, de publications ou de documents d’archives – ont été représentées sur une centaine de cartes distinctes pour les périodes 1950-1959, 1972-1976 et 1993-1996, puis condensées sur une carte comparative unique.

«Cet atlas historique nous permet de comparer la répartition des oiseaux nidificateurs dans les années 1950 avec cette des années 1970 et 1990. Nous pouvons ainsi pour la première fois faire des comparaisons sur une période de 70 ans», explique Peter Knaus.

L’atlas ne fournit cependant pas d’informations par rapport à la densité des espèces. «Les cartes indiquent seulement si, à une période donnée, on a observé un oiseau déterminé ou si on a entendu son chant, mais ne font pas état de sa concentration», déclare l’ornithologue.

La cigogne, une exception

Le nombre d’espèces d’oiseaux nidificateur est resté pratiquement stable de 1950 à 1996. On enregistrait 184 espèces pour la période 1950-1959 et 185 pour la période 1993-1996. Il est à remarquer que parmi les espèces répertoriées en 1993-1996, quelques-unes s’étaient échappées de volières et avaient colonisé certaines zones.

«Mais si nous regardons les espèces devenues rares ou qui ont complètement disparu, nous nous rendons compte de grandes pertes, tout particulièrement parmi les oiseaux typiques des zones agricoles. Le pie-grièche, par exemple, plutôt répandue dans les années 50, a disparu dans les années 80 en raison des grands changements du paysage», illustre Peter Knaus.

Heureusement, toutes les espèces n’ont pas connu ce triste sort. La cigogne blanche, qui avait disparu vers la moitié du 20e siècle, est en plein essor. On dénombre actuellement 231 couples, soit pratiquement deux fois plus que vers 1900.

«Grâce à un programme de réintroduction, un premier couple avait nidifié en liberté en 1960 déjà, rappelle Peter Knaus. Leur retour en Suisse a été favorisé par des mesures spécifiques de protection et par le fait que les cigognes choisissent l’Espagne plutôt que l’Afrique du Nord pour nidifier, ce qui réduit les pertes.»

«Manque de volonté politique»

L’Atlas historique des oiseaux nidificateurs présente par ailleurs pour la première fois le potentiel du paysage suisse pour ces animaux. Bien qu’il reconnaisse les efforts importants réalisés en faveur de l’environnement au cours des dernières années, Peter Knaus estime qu’il est temps de se retrousser les manches pour que la diversité actuelle ne subisse pas de nouvelles pertes.

«Il manque cependant la volonté politique pour inverser cette tendance négative, juge-t-il. C’est un comportement que nous ne pouvons plus nous permettre. Le programme de Politique agricole 2014-2017 ne prend pas suffisamment en compte l’agriculture naturelle. Par ailleurs, les zones marécageuses ne devraient plus être protégée seulement sur la carte, mais aussi dans la réalité.»

«Même si je suis optimiste, je crains que mes enfants ne reçoivent en héritage un territoire qui a perdu tout des habitats naturels, sans plus d’oiseaux à observer et à écouter», conclut-il.

les espèces

Pour la période 1950-1959, on dénombrait 189 espèces d’oiseaux nidificateurs, dont 5 hors des frontières de la Suisse et du Liechtenstein. Le nombre d’espèce était pratiquement identique pour les périodes 1972-1976 et 1993-1996 (185 espèces).

Mais durant cette période, on a aussi enregistré la diminution ou la disparition de certaines espèces. Parmi les celles qui ont connu un recul, ce sont surtout les oiseaux des zones agricoles qui ont été affectés, comme la chevêche d’Athéna, la huppe fasciée ou les pies grièches grises ou à tête rousse.

Mais quelques rares espèces des zones agricoles ont connu une hausse de population: le corbeau commun, la cigogne blanche, le milan royal.

Les oiseaux des grands marais et des zones humides, comme la bécassine des marais et le courlis cendré, ont également fortement diminué depuis les années 1950. En revanche, de nombreux nicheurs inféodés aux grands lacs et aux cours d’eau on pu étendre leur aire ou s’installer en Suisse; c’est le cas de plusieurs espèces de canards, du goéland leucophée et de la panure à moustache.

Les

oiseaux des forêts

ont pour leur part enregistré

peu de changements

depuis les années 1950. Les pertes concernent principalement la gélinotte des bois, le grand tétras et l’engoulevent d’Europe.

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le livre

Titre: Atlas historique des oiseaux nicheurs. La répartition des oiseaux nicheurs de Suisse depuis 1950. (336 pages)

Auteurs:  Peter Knaus, Roman Graf, Jérôme Guélat, Verena Keller, Hans Schmid et Niklaus Zbinden.

Editeur: Station ornithologique de Sempach.

Prix

: 85 francs

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