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Les athées veulent aussi faire circuler leur message

Keystone

«Dieu n'existe probablement pas, cesse de t'en faire, profite de la vie et fais le bien». Affiché sur les bus britanniques depuis un mois, ce message pourrait bientôt être placardé sur divers moyens de transport public en Suisse.

Ce contenu a été publié le 18 février 2009 - 20:00

C'est pour «donner la parole à tous ceux qui se sentent oppressés par les slogans missionnaires» placardés dans les bus et les trams du pays que l'Association suisse des libres penseurs (ALSP) a lancé une récolte de fonds lundi. Le but? Organiser à son tour une campagne d'affichage.

«Nous l'avons fait car beaucoup de personnes nous ont demandé de le faire», explique la responsable de l'ALSP Reta Caspar. A l'origine, la reprise de cette idée venue d'Angleterre n'était en effet pas prévue.

«En octobre dernier, on a organisé notre propre campagne. On invitait les gens à faire leur 'coming-out' sur notre site internet et à dire qu'ils n'étaient pas religieux et pourquoi ils ne l'étaient pas.»

Mais l'ampleur prise par la campagne athée à Londres en janvier a servi de déclencheur. «Lorsque nous avons vu combien cela réjouissait les gens d'avoir une telle campagne et combien elle était soutenue, nous nous sommes dit que nous devions aussi le faire», ajoute Reta Caspar.

L'association des libres penseurs, qui a fêté ses cent ans d'existence l'an dernier, garantit que tous les dons versés seront utilisés exclusivement pour une campagne d'affichage dans et sur les transports publics.

«On nous téléphone et on nous envoie des e-mails pour nous dire 'enfin quelqu'un se mobilise pour les non-croyants'. Il y a un réel sentiment de saturation par rapport à la publicité religieuse qu'on voit partout en Suisse», souligne Reta Caspar.

Et d'évoquer les citations bibliques qui fleurissent sur les panneaux publicitaires mais aussi dans les journaux helvétiques grâce à l'Agence C, un cercle interconfessionnel de chrétiens qui mise sur l'affichage dans l'espace public.

Bus et métro «athées»

En Grande-Bretagne, la campagne niant l'existence de Dieu a été lancée par la journaliste Ariane Sherine le 21 octobre dernier en réponse à une publicité chrétienne placardée sur un bus. Celle-ci menait sur un lien internet où il était proclamé que les non-chrétiens passeraient l'éternité en enfer, brûlant dans un lac de feu.

Agacée par ce type de propos, Ariane Sherine a lancé un mouvement dont le premier but était de récolter un peu plus de 9000 francs afin de placarder des slogans contraires sur les bus londoniens quatre semaines durant.

Or ce sont près de 167'000 francs qui ont afflué en trois jours. Les premiers bus «athées» ont ainsi commencé à rouler le 6 janvier dernier. Près de 800 d'entre eux se sont éparpillés dans le bouillant trafic londonien et plus largement sur les routes britanniques durant un mois.

A l'avenir, le métro de Londres pourrait aussi participer à la campagne puisqu'il est prévu d'y placarder un millier de publicités portant des citations d'athées célèbres.

Reste que la réaction des milieux chrétiens britanniques ne s'est pas fait attendre. Trois d'entre eux ont riposté avec des affiches où on peut notamment lire «L'insensé dit dans son cœur : 'Il n'y a point de Dieu !'»

En politique également

Pour sa part, l'Association suisse des libres penseurs espère récolter 50'000 francs. Mais, selon Reta Caspar, il sera sans doute possible de rassembler 100'000 francs au moins. Sachant qu'une annonce accrochée dans un bus ou un tram coûte 5000 francs en ville, et moins à la campagne, elle vise une campagne annuelle.

«L'argent commence à arriver et nous pouvons voir d'où il vient. Cela influencera notre décision quant à la manière de le dépenser», ajoute-t-elle, en précisant que le but n'est pas de faire le plus d'argent possible.

«Notre objectif est de montrer au niveau international que beaucoup de gens en ont assez, pas seulement des publicités religieuses, mais aussi de la religion qui infiltre le discours des politiciens.»

«Le fait que le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz termine son discours de Nouvel-An en disant 'C'est dans cet esprit de confiance en l'avenir et sous la protection de nos croyances que j'ai envie d'aborder cette année 2009' nous a vraiment fâché. Nous lui avons écrit pour lui demander à quelles croyances il faisait allusion. La réception de la lettre nous a été confirmée, et il nous est dit que M. Merz travaille à nous répondre. Mais nous attendons toujours», raconte Reta Caspar.

Contre-campagne

Face à la volonté de l'ALSP de transposer en Suisse la campagne anti-Dieu britannique, les réactions ont été contrastées. Les principales églises du pays n'ont par exemple pas voulu faire de commentaire.

Le parti démocrate-chrétien (PDC / centre droit) a lui indiqué qu'il prenait position seulement sur des questions politiques et pas sur des problèmes religieux. Le Parti évangélique (PEV / centre) a en revanche indiqué qu'il réfléchissait à une contre-campagne.

Porte-parole de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, Simon Weber estime pour sa part qu'une contre-campagne serait facile. «On pourrait tout aussi bien imaginer un slogan contraire: 'Il y a probablement un Dieu, cesse de t'en faire, profite de la vie'.»

«Prêcher sur Dieu et le salut constitue la mission de l'église. Cela fait 2000 ans qu'elle le fait. Si certains veulent dire des choses différentes, il n'y a là rien de nouveau – même si la forme elle est nouvelle. La campagne britannique ne nous cause aucun souci», relève-t-il.

Une campagne positive

Aux yeux de Reta Caspar, la campagne «Geniess das Leben!» («Profite de la vie!») se veut positive. A ce titre, elle rappelle que son sous-titre est «pour le désarmement religieux».

«L'église protestante réformée de Bâle a financé un tram recouvert de toutes sortes de déclarations sur l'église et la foi. Ils essaient ainsi de récupérer les quelque 2000 personnes qui ont quitté l'église ces dernières années», explique-t-elle, indiquant qu'il s'agit là d'une forme d'«armement».

«Tout le monde combat pour avoir plus de membres et donc plus de pouvoir dans la société, déplore Reta Caspar. Nous pensons que cela est vraiment contreproductif et que cela doit cesser.»

swissinfo, Thomas Stephens
(Traduction de l'anglais: Carole Wälti)

De plus en plus de non-croyants

En Suisse, plus d'un habitant sur dix (810'000 personnes) se dit sans confession. Cela représente une augmentation de presque 60% par rapport à il y a dix ans.

Ce groupe de personnes forme le troisième plus important en Suisse après les catholiques et les protestants. Il représente environ 11% de la population.

La proportion de personnes qui n'ont pas donné d'indication quant à leur orientation religieuse dans le dernier sondage public est également significative (315'800).

Selon Reta Caspar, de l'Association suisse des libres penseurs, la nette progression de l'incroyance prouve que la religion a perdu de son importance et de sa signification, principalement aux yeux des jeunes générations.

Elle estime que les positions des églises sur l'avortement, l'homosexualité, la contraception et l'évolution les discréditent aux yeux de plus en plus de jeunes.

Le dernier sondage en date (2000) montre que le nombre de personnes entre 20-39 ans affirmant qu'elles n'ont pas d'affiliation religieuse a considérablement augmenté par rapport à la décennie précédente.

Une évaluation plus récente dresse un portrait encore plus catégorique de situation en Suisse. Selon la version 2006 de «The Cambridge Companion to Atheism», un quart des Helvètes disent être agnostiques, athées ou non-croyants.

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