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La résistance des centrales nucléaires en débat

Un interrupteur manuel permet d'arrêter un réacteur. Thomas Kern

Après la catastrophe nucléaire de Fukushima, la pression s’accroît dans le monde entier sur le nucléaire civil. Dans l’Union européenne et en Suisse, on veut procéder à des tests de résistance afin de vérifier si les centrales nucléaires sont vraiment sûres.

Ce contenu a été publié le 23 mai 2011 - 15:51
Etienne Strebel, swissinfo.ch

L’annonce a fait les gros titres la semaine dernière: l’Allemagne a soumis ses dix-sept centrales atomiques à des «stress-tests», ou tests de résistance, de six semaines. Jugé positif par le gouvernement, le résultat est décrit comme atterrant par les voix critiques.

C’est ainsi que le test a mis en lumière le fait que quatre des centrales nucléaires allemandes ne résisteraient pas à l’impact d’un avion de petite taille. Pour deux autres, un accident majeur suite au crash d’un avion moyen ne pourrait être exclu.

En revanche, on apprend que les centrales allemandes peuvent être décrites comme sûres en cas de séisme ou d’inondation.

Différences?

Une enquête publiée il y a huit ans par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) avait montré que les centrales suisses étaient bien protégées contre les crashs d’avions. «C’est toujours le cas aujourd’hui, y compris pour les gros avions de ligne», affirme Hannes Hänggi, porte-parole de l’IFSN. Il n’est cependant pas en mesure de dire si les critères de sécurité allemands diffèrent des suisses.

Stefan Füglistaler, spécialiste du nucléaire chez Greenpeace, ne se rallie pas aux conclusions de l’IFSN. Pour que la notion de «bonne protection contre les crashs d’avion» soit applicable aux centrales anciennes de Mühleberg comme de Beznau, les hypothèses correspondantes ont été «enjolivées», explique-t-il.

«Dans la communication, cela a été interprété comme ‘bonne protection’. En outre, il y a dans le rapport mentionné un passage où il est dit qu’un surcroît de sécurité n’est pas exigible au vu de l’état des centrales», assure Stefan Füglistaler.

Plus sûres en Suisse?

Pourquoi les centrales nucléaires suisses seraient-elles plus sûres que les allemandes? Sur ce point, Hannes Hänggi, de l’IFSN, ne peut pas non plus apporter une réponse probante. De son côté, Stefan Füglistaler ne voit pas pourquoi les centrales allemandes seraient peu sûres et les suisses sûres.

«La centrale de Gösgen a été construite par une entreprise générale allemande. Et je ne pense pas que, pour construire une centrale en Suisse, on ait appliqué d’autres critères qu’en Allemagne.» Il suggère que de demander une deuxième appréciation des risques: «L’IFSN devrait coopérer avec la GRS, la société allemande pour la sécurité nucléaire. Pour ce qui est des crashs d’avions, elle aboutit à des résultats complètement différents.»

Le véritable stress-test n’a pas encore eu lieu, explique Hannes Hänggi: «Dans le dernier rapport de vérification allemand, on n’a pas utilisé des données actualisées.» On ignore encore tout de ce qui devra être vérifié dans le stress-test de l’Union européenne. L’IFSN s’attend à ce que les documents de Bruxelles soient disponibles environ début juin.»

Quant à Stefan Füglistaler, il se refuse à utiliser la notion de stress-test dans ce contexte: «La notion de stress-test donne l’illusion qu’on prendrait en compte des situations de stress. Mais ni le matériel ni le personnel ne peuvent être placés en situation de stress réel.»

Hannes Hänggi confirme: «Il appartient aux centrales de garantir la sécurité. Nous devons contrôler qu’elles observent les bases légales et toutes les prescriptions de sécurité. Nous revérifions les tests présentés par échantillons.»

Un concept européen

L’UE est en train d’élaborer un stress-test pour les centrales nucléaires de toute l’Europe. Hannes Hänggi annonce une nouvelle conférence européenne qui tentera de trouver un accord sur les critères du stress-test et sur un calendrier.

La Suisse participe à ces travaux dans le cadre de la WENRA (Western European Nuclear Regulator’s Association) dont elle est membre.

Mais du côté de Greenpeace, Stefan Füglistaler se dit sceptique face à l’approche européenne: «On assiste à une bataille politique entre ceux qui défendent le nucléaire bec et ongles, comme la France et la Grande-Bretagne, et les pays critiques comme l’Autriche, qui n’a pas d’énergie nucléaire, ou l’Allemagne.» Stefan Füglistaler craint qu’on aboutisse soit à un compromis mou, soit à un échec. «Les pays qui veulent aller au-delà d’une forme de stress-test molle sont libres de le faire.»

Commission d’éthique?

Quel que soit le test utilisé, il existe toujours un risque résiduel. D’une part, il est difficile de définir ce risque résiduel dans le domaine nucléaire. D’autre part, on ne sait rien du seuil de tolérance de la société en matière de risques résiduels, ce qu’elle accepte et ce dont elle ne veut pas.

Pour cette raison, la chancelière allemande Angela Merkel a mis sur pied une commission d’éthique chargée de définir quels risques résiduels sont acceptables par la société.

Il n’y a pas de commission de ce genre en Suisse. «Ici, de telles décisions sont prises au niveau politique, explique Hannes Hänggi, car le peuple participe directement au processus de décision.»

Stefan Füglistaler n’est pas fondamentalement opposé aux commissions d’éthique. «Mais il en ira comme toujours en politique: on peut aussi abuser d’un tel instrument en le composant de manière unilatérale.» Il est aussi d’avis que, dans une démocratie, le politique doit définir quel risque résiduel est acceptable et lequel ne l’est pas. «Je ne parle pas ici d’une décision d’un conseiller fédéral ou du Parlement. Pour ce genre de question, il faut un ancrage dans la société.»

En Suisse, on vote bien sur des règles de circulation ou sur l’obligation de porter le casque. «Dans une question aussi cruciale que l’utilisation de l’énergie nucléaire, le Parlement et le Conseil fédéral seraient bien inspirés de soumettre la décision à l’opinion de la société par le biais d’une consultation populaire», conclut le représentant de Greenpeace.

nucléaire en suisse

Les cinq centrales nucléaires

suisses sont entrées en fonction entre 1969 et 1984 et bénéficient d’autorisations d’opérer limitées dans le temps.

Les exploitants considèrent que la durée de vie de ces centrales s’achèvera entre 2019 et 2034.

Jusqu’en 2006, la Suisse a retraité ses déchets en France et en Grande-Bretagne. Les autorités suisses examinent actuellement différents sites pour leur stockage.

L’installation de dépôts en Suisse centrale a été bloquée par référendum en 1995 puis en 2002.

En 1990, la population a approuvé en votation un moratoire de dix ans sur la construction de nouvelles centrales nucléaires.

En 2003, trois ans après la fin de ce gel, la population a refusé l’extension du moratoire de même que la sortie progressive du nucléaire.

En 1969, la Suisse a connu un grave accident dans la centrale expérimentale de Lucens. Un élément de combustible a été détruit. Sise dans un caverne, la centrale a dû être condamnée.

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manif record

20'000 personnes ont protesté dimanche à proximité de la centrale de Beznau (Argovie), du jamais vu depuis 25 ans, alors que le Conseil fédéral doit prendre mercredi une décision de principe sur l'atome.

Le gouvernement doit choisir laquelle des trois options suivantes il entend soumettre au Parlement: statu quo avec un éventuel remplacement anticipé des trois centrales les plus anciennes, non-remplacement des centrales existantes à la fin de leur période d'exploitation ou abandon anticipé du nucléaire.

Pour la coalition «Sortons du nucléaire», qui a appelé à manifester dimanche, seul le dernier scénario est acceptable. Elle exige également une promotion des énergies renouvelables et la mise hors service immédiate des plus anciens réacteurs, soit les deux de Beznau et celui de Mühleberg (Berne).

 

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