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Haïti: «L’adoption ne doit être que la dernière chance»

Un orphelinat à Haïti. Thomas Kern

Le tremblement de terre en Haïti a fait, selon le dernier bilan provisoire, 150'000 morts et des centaines d’orphelins. Pour Marlène Hofstetter, responsable du Secteur Adoption de l’œuvre d’entraide Terre des hommes, il ne faut cependant surtout pas précipiter les adoptions.

Ce contenu a été publié le 30 janvier 2010 - 16:50

swissinfo.ch: Est-ce que le nombre de demandes d’adoption de petits Haïtiens risque d’exploser?

Marlène Hofstetter: Les demandes arrivent. Les gens veulent savoir comment adopter un enfant haïtien. Dans les pays où l’adoption auprès de Haïti était déjà forte, la demande est encore plus grande.

swissinfo.ch: Ne faut-il pas saluer toute initiative qui arrache des orphelins à la misère et à la violence?

M.H.: Il faut d’abord vérifier qu’il s’agit bien d’orphelins et que des parents proches – oncle, tante – ou même moins proches, ne pourraient pas s’occuper de l’enfant. On doit aussi examiner l’état des enfants. Ont-ils été traumatisés? Il n’est pas forcément indiqué d’arracher les enfants à leur pays et de les placer dans une nouvelle famille.

swissinfo.ch: Une organisation hollandaise a emmené 109 petits Haïtiens jeudi dernier. Qu’en pensez-vous?

M.H.: Je trouve que c’est un grand préjudice d’emmener des enfants par avions pleins. D’après ce que je sais, seuls 55 de ces enfants sont concernés par des procédures d’adoption. Une partie des autres n’ont pas encore de famille adoptive.

swissinfo.ch: La Belgique entend faciliter les procédures pour les couples qui ont fait la demande officielle avant le tremblement de terre. La Suisse songe aussi à accélérer les procédures. Est-ce que cela va dans le bon sens?

M.H.: Cela dépend toujours de ce que l’on entend par accélérer. Dans tous les cas, il faut analyser la situation individuelle de chaque enfant, et même une nouvelle fois maintenant, après le tremblement de terre. Il faut aussi travailler avec les autorités haïtiennes. Il n’est pas admissible que les enfants quittent le pays, sans autre, comme cela s’est passé avec les Hollandais. Les autorités doivent donner leur feu vert pour chaque adoption afin que l’enfant ait les papiers nécessaires.

swissinfo.ch: Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, a aussi mis en garde contre des adoptions trop rapides. Il ne faut pas, a-t-il dit, devenir des kidnappeurs, même pour de bons prétextes.

M.H.: En France, il y a environ mille procédures d’adoption en cours avec Haïti. Les Français comprennent qu’on ne peut pas faire quitter le pays à autant d’enfants en une fois. Les autorités françaises disent aussi très clairement qu’elles veulent collaborer avec leurs homologues haïtiens. Les procédures prennent donc encore du temps. Mais la pression des couples qui se trouvent en procédure d’adoption est très grande. Au début, le gouvernement avait même dit que tous les dossiers étaient gelés. Maintenant, il a un peu réévalué sa position.

swissinfo.ch: Les petits Haïtiens sont de couleur noire. Cela leur pose-t-il un problème en Suisse?

M.H.: Je ne crois pas. La question est différente lorsqu’ils sont grands. Il n’est pas écrit sur leur front qu’ils ont été adoptés et qu’ils sont suisses. Ils doivent s’attendre à des remarques xénophobes, mais celles-ci ne concernent pas seulement les enfants adoptés. Les exilés et requérants d’asile ont les mêmes problèmes. Cela pose la question générale de la différence, qui est la même pour un petit Népalais adopté, un petit Indien ou Thaïlandais. Il ne s’agit pas seulement de la couleur de la peau.

swissinfo.ch: Ne devrait-on pas avoir la plus grande retenue avant d’adopter des enfants de couleur ou de culture différente?

M.H.: L’adoption internationale est une bonne solution. Elle permet de protéger l’enfant quand il n’y a vraiment aucune autre solution dans son pays d’origine, aucune autre possibilité que de grandir dans un foyer. Mais il faut aussi tenir compte de l’âge de l’enfant. Si l’enfant est traumatisé, cela ne l’aidera pas forcément de l’arracher à son pays et de l’emmener dans notre Suisse si bien «ordonnée» où personne ne peut comprendre ce qu’il a vécu dans son pays d’origine.

swissinfo.ch: Les exigences posées aux parents adoptifs sont-elles suffisantes en Suisse?

M.H.: Non. Dans de nombreux autres pays européens, les parents doivent d’abord suivre un cours de préparation qui peut durer plusieurs mois. On leur explique exactement ce qu’est l’adoption, ce à quoi ils s’engagent. Cela n’existe pas en Suisse. Il y a bien un peu de préparation pendant les vérifications préliminaires, fournie par les cantons, et donc très différentes d’un endroit à l’autre. Cela n’est en aucun cas aucune préparation complète.

swissinfo.ch: Que se passe-t-il quand un enfant adopté recherche ses parents à l’âge adulte?

M.H.: Cela, aussi, fait partie de notre travail. Nous suivons de nombreux adultes qui ont été adoptés enfants et qui essayent, 20 ou 30 ans plus tard, de retrouver quelque chose sur leur famille biologique.

swissinfo.ch: Les enfants adoptés sont-ils généralement heureux, en Suisse?

M.H.: On ne peut pas répondre par «oui» ou par «non». Cela dépend beaucoup de comment l’enfant peut intégrer le fait d’avoir été «abandonné». Il y a des jeunes adoptés qui y réussissent très bien et d’autres qui n’arriveront jamais à l’accepter. Ces cas-là sont problématiques, même lorsque la famille adoptive se donne beaucoup de peine et aime son enfant.

Jean-Michel Berthoud, swissinfo.ch
(Traduction Ariane Gigon)

Déjà en Suisse

Neuf enfants de Haïti sont arrivé jeudi en Suisse aux fins d'adoption, selon le ministère des Affaires étrangères (DFAE).

Arrivés à Zurich, ils ont rejoint leur future famille après un examen médical.

Ces enfants étaient déjà voués à l'adoption avant le tremblement de terre du 12 janvier. Il ne manquait que la décision finale.

Le fait que ces neuf cas étaient «suffisamment documentés» a permis une procédure accélérée, précise le DFAE.

La Suisse ne souhaite toutefois plus conduire à l'avenir de procédure accélérée pour les adoptions de Haïti. Les nouveaux cas suivront la procédure normale.

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MARLÈNE HOFSTETTER

Travailleuse sociale, Nadine Hofstetter (55 ans) est responsable du Secteur Adoption de Terre des Hommes. Elle travaille dans ce domaine depuis 25 ans.

Elle connaît Haïti pour y avoir séjourné quatre fois, deux fois sur mandat de l’Unicef, pour laquelle est a écrit un rapport sur l’adoption.

Elle a aussi participé à l’élaboration d’une nouvelle loi réglant l’adoption.

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L’ADOPTION

TdH. Une adoption répond toujours au besoin d’un enfant d’avoir une famille et au désir d’un couple de devenir parents. L’adoption internationale est une tradition pour Terre des hommes, qui a une expérience de plus de 40 ans dans ce domaine.

Légalité. En tant qu’intermédiaire autorisé, Terre des hommes garantit le déroulement légal et éthique des procédures d’adoption.

Intérêt de l’enfant. «Veiller à l’intérêt supérieur de l’enfant est notre préoccupation première et nous nous engageons pour la dénonciation des abus et des dérives dans l’adoption en diffusant notre savoir-faire et notre expérience au niveau national et international», écrit l’organisation sur son site internet.

Accompagnement. Terre des hommes accompagne la famille adoptive du premier entretien d’information jusqu’au terme de l’adoption légale, processus long et complexe, en passant par la préparation du voyage et le conseil aux parents, lorsque l’enfant est en Suisse.

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