Navigation

«La maladie m’a donné de la force, la force d'oser»

swissinfo.ch

Elle ne voulait renoncer ni au travail ni à s'occuper de ses enfants: Véronique Goy Veenhuys a donc accouché simultanément de sa première fille et de sa première entreprise. Un quart de siècle plus tard, cette grand-mère hors norme se bat avec des solutions concrètes pour l'égalité salariale entre hommes et femmes.

Ce contenu a été publié le 29 septembre 2013 - 11:26
Sonia Fenazzi, Vuibroye (Vaud), swissinfo.ch

 Cheveux blonds avec une coupe sportive, yeux aux reflets aigue-marine, chemisier rouge, jeans fantaisie et talons plats: la femme de 58 ans qui m’accueille à la gare de Palézieux, dans la campagne vaudoise, avec un sourire chaleureux et une poignée de main vigoureuse, ne correspond pas vraiment au stéréotype de la femme d'affaires.

Et pourtant, la fibre de l'entrepreneuse bien structurée, habituée à décider, à organiser, à gérer sans perdre de vue ses objectifs, se révèle rapidement à travers la sûreté de ses gestes, sa forte personnalité et son discours. C’est d’une main décidée qu'elle nous conduit chez elle, où elle a aussi son bureau, dans la localité voisine de Vuibroye.

Pendant le trajet d’une dizaine de minutes, le dialogue est déjà intense. Avec la même spontanéité, Véronique Goy me fait entrer chez elle, m’installe dans le grand séjour, après m’avoir montré son bureau et présenté son mari, David, qui travaille lui aussi à son compte.

David est indissociable de la carrière de Véronique. «Avec mon mari, nous avons toujours été égalitaires: il a toujours été à mes côtés, il m'a toujours soutenue et vice versa.» Mais il est indubitable que Véronique Goy avait déjà pour elle les qualités d’une gagante. Et un mélange harmonieux de passion et de raison.

Une particularité qui lui vient de ses parents. «Mon père, horloger suisse d'une famille enracinée depuis 1380 dans la Vallée de Joux, où je suis née et j’ai grandi, m'a transmis ce côté rationnel, rigoureux, concret. Ma mère, une Italienne d’Émilie Romagne, m'a donné la légèreté, le plaisir, le goût de la bonne table. J'ai toujours eu ces deux mondes et j'en ai encore besoin», raconte-t-elle.

Aujourd'hui, le nouveau monde de Véronique Goy est en Espagne, où elle a une maison. Elle y va chaque fois qu'elle peut et elle y a aussi vécu avec sa famille en 1996 et 97. «Cela a été une année merveilleuse: nos enfants allaient à l'école là-bas et je suivais un cours intensif pour obtenir un diplôme d'espagnol.»

Femme d'affaires pour s'occuper des enfants

A l’époque, elle a déjà sa propre entreprise. Diplômée en économie, Véronique Goy travaille pour une société de chasseurs de têtes. «Je n'étais pas entièrement satisfaite parce que j'avais l'impression de vendre de l’air.» Ainsi, quand elle se retrouve enceinte, elle quitte son emploi. «J'ai décidé de me mettre à mon compte pour pouvoir gérer travail et famille à ma convenance. Nous vivons dans un monde où on utilise beaucoup la tête au détriment du cœur. J'ai décidé que ce ne serait pas au détriment du cœur.»

Pendant sa grossesse, elle a l'idée de créer une ligne de literie pour enfants. «La société est née en même temps que ma fille Charlotte», en 1987. Les produits de Véronique Goy se vendent dans des boutiques exclusives en Suisse et à l’étranger.

Les affaires se développent, la famille aussi: deux ans après Charlotte arrive Arthur. Le papa soutient Véronique sur les deux fronts. «Il m'accompagnait aux grandes foires professionnelles où je présentais mes articles. Nous préparions le stand ensemble.»

En 1997, Véronique vend sa marque et s'associe avec son mari, qui a une agence de communication. Ils développent ensemble un nouveau service de présentation d'entreprises. «Nous avions beaucoup de clients», se rappelle-t-elle.

Sortir du rôle de victime

Mais après quelques années, elle se remet à chercher «quelque chose de plus stimulant, intellectuellement». En 2003, elle entame une nouvelle formation post-grade de deux ans en management, organisation et communication. Son travail de diplôme, en 2005, débouche sur «equal-salary», un processus de vérification indépendante qui permet aux entreprises de faire attester que leurs employé(e)s reçoivent un salaire égal pour un travail égal. La certification, la première du genre au niveau mondial, est également reconnue par l'Union européenne.

«J'étais à la recherche de nouveaux défis. Faire quelque chose pour l'égalité me donnait l'occasion de faire sortir la femme de son rôle de victime. Créer un cadre professionnel positif, dans lequel femmes et hommes se sentent valorisés de la même façon.»

Son refus du rôle de victime remonte à l'enfance. «Petite, je suis souvent tombée malade. J'ai passé beaucoup de temps à l’hôpital, seule, loin de la maison. Paradoxalement, la maladie m’a donné de la force: la force d'oser, d'affronter certaines situations. Chaque fois que je sortais de l'hôpital, je voulais absolument oublier ces séjours, me relever et repartir dans la vie.»

Une vie très intense, qui compte quatre valeurs prioritaires: authenticité, nature, échange et créativité. Ces valeurs guident aussi ses voyages. Par exemple au Maroc, où elle a suivi la transhumance d'une tribu nomade berbère du désert jusqu'aux sommets de l’Atlas.

Elle raconte tout ça avec enthousiasme et passion. On peut voir des traces de ces voyages dans la maison. Comme ces bols en bois de noyer travaillés à la main, qu’elle utilise dans sa cuisine moderne.

Nouveaux défis, nouvelles idées

Un coup d'œil à la montre nous ramène à la réalité helvétique. Véronique Goy me raccompagne à la gare parce qu'elle doit courir à un rendez-vous de travail. La directrice de la Fondation equal-salary est confrontée à un nouveau problème. «Nous devons augmenter le nombre d’entreprises à certifier pour atteindre un certain seuil de rentabilité.»

Le cerveau et le cœur de Véronique Goy fonctionnent à plein régime pour imaginer la solution. En même temps, grand-mère Véronique ne renonce pas au plaisir de s'occuper de son petit-fils de 13 mois, en moyenne un jour par semaine.

Certification d'égalité

En Suisse, le principe selon lequel un travail de valeur égale doit être rétribué de manière égale pour les deux sexes est inscrit dans la Constitution fédérale depuis 1981. Malgré cela, les femmes gagnent en moyenne 20% de moins que les hommes. On estime qu'environ 40% de la différence est d'origine discriminatoire.

Pour combattre ces injustices, Véronique Goy Veenhuys a élaboré en 2005 une certification qui permet aux entreprises de faire vérifier scientifiquement qu'elles pratiquent une politique salariale paritaire et de le faire savoir publiquement.

La procédure dure de 4 à 6 mois et comprend une analyse des salaires ainsi qu’un audit. La première est effectuée par l'Observatoire du travail de l'Université de Genève, le second par la SGS, leader mondial de la certification. Si ces deux examens relèvent des différences salariales claires entre individus dans les critères fixés par le système salarial de l'entreprise même, celle-ci doit y remédier.

Une fois que l’équité salariale est attestée, la société reçoit le label equal-salary qui lui permet de se profiler sur le marché. La certification est valable trois ans.

End of insertion

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

En conformité avec les normes du JTI

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Joignez-vous à la discussion

Partager cet article

Changer le mot de passe

Souhaitez-vous vraiment supprimer votre profil?