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En Suisse, les médecins de famille sont à la peine

Les cabinets des médecins généralistes trouvent de moins en moins preneur. Keystone

De moins en moins de jeunes médecins aspirent à une carrière de médecin de famille. La situation pourrait prendre des dimensions graves. Témoignage inquiet d’un généraliste, alors que sur la Place fédérale de Berne, ses collègues ont manifesté jeudi pour faire part de leur malaise.

Ce contenu a été publié le 31 mars 2011 - 14:15
Etienne Strebel, swissinfo.ch

Le cabinet du Docteur Bruno Kissling se situe dans un immeuble discret du quartier d’Elfenau à Berne. Cela fait trente ans qu’il y exerce son métier de médecin de famille. N’est-ce pas le temps de penser à la retraite?

«J’ai maintenant 62 ans et j’appartiens au groupe important des médecins qui ont 55 ans et plus. J’ai encore très envie de travailler et je ne peux m’imaginer arrêter à 65 ans. J’ai fixé mon horizon temporel pour ma retraite à 68 ans. Je ne pense pas que l’envie cesse à cet âge, mais un jour ou l’autre on commence à perdre la force nécessaire», dit Bruno Kissling.

Avec les taux de départs à la retraite actuels, la moitié des médecins de famille se retireront d’ici 2016 et 75% d’ici 2021. Or la relève est très faible: seuls 10% environ des étudiants en médecine ont l’intention de devenir généraliste.

Pour sensibiliser le public à ce problème, Médecins de famille Suisse, l’association professionnelle des généralistes et des pédiatres, lance sur la Place fédérale une campagne pour défendre l’initiative «Oui à la médecine de famille».

Stratégie de succession

Le risque d’une pénurie de généralistes préoccupe aussi Bruno Kissling: «Je n’ai pas déterminé les modalités de ma succession, mais j’ai une stratégie». Il pense regrouper les cabinets de collègues qui désirent collaborer. «De cette manière, nous pourrions élargir les structures et permettre la participation de jeunes médecins qui veulent travailler à temps partiel.»

Cette stratégie en est à ses débuts. «Il y a des obstacles. A mon âge, on hésite à investir dans une affaire dont on ne pourra pas s’occuper longtemps». Malgré cela, il est d’avis que les vétérans doivent s’engager, car pour les jeunes, il est difficile de constituer un cabinet de groupe à partir de rien. «Il nous appartient à nous aussi de participer à la nécessaire rénovation des structures.»

Relations humaines

S’il était aujourd’hui étudiant, Bruno Kissling choisirait-il de nouveau la médecine de famille? «Oui. Je ne m’imagine pas exercer un autre métier. C’est comme ça depuis mon enfance.»

Bruno Kissling accorde beaucoup d’importances aux relations interpersonnelles qui s’établissent dans la durée. «Les spécialistes n’ont que des contacts ponctuels avec le patient. Il n’y a que dans la médecine de famille que l’on peut accompagner quelqu’un pendant 10 ou 20 ans.»

Il estime que la communication, le dialogue avec les patients, la recherche de solutions sont très importants. Il ne s’agit pas seulement de pratiquer la médecine, de traiter les maladies diagnostiquées, «mais aussi de prendre en compte des personnes avec leurs maladies et la perception de leurs maladies.»

«Avalanche postale»

La médecine de famille est une activité exigeante et astreignante. Dans le cas de Bruno Kissling, la journée de travail compte en général douze heures non stop. «Psychologiquement, je suis un marathonien. Cela ne me dérange pas.»

Pendant que la plupart des gens dégustent leur menu de midi, il fait face à une montagne de papiers. «Je les appelle l’avalanche postale: des lettres, des certificats, des rapports venant de spécialistes ou destinés à ceux-ci…»

Ce qui lui coûte le plus, ce sont les questions des assurances, voulant savoir pourquoi tel patient a besoin de tel médicament ou pourquoi il a prescrit une physiothérapie.

Pour les patients qui ont besoin d’assistance à domicile, on lui demande combien d’heures de soins sont nécessaires. «En pareil cas, je dois signer malgré le fait que je n’ai qu’une idée approximative du temps nécessaire.»

Il en va de même pour les formulaires venant des maisons de retraite et les certificats «pour lesquels on ne me demande que ma signature, malgré le fait que je suis responsable», se plaint-il.

Visites à domicile jusqu’à la fin de la vie

Quand «l’avalanche postale» est endiguée, commence le temps des visites à domicile. «Ces dernières années, ce sont en fait des visites dans des homes, environ une dizaine, dit Bruno Kissling. Je pourrais confier mes patients aux soins des médecins de ces maisons de retraite. Mais une longue relation implique pour moi que j’accompagne mes patients jusqu’à la mort.»

Le généraliste est en effet régulièrement confronté à la mort. «En règle générale, nous trouvons un bon moyen pour que les patients trépassent en paix. Lorsqu’ils ne souffrent pas et qu’ils se font à l’idée de la mort, cela ne m’affecte pas de manière durable. C’est un défi et il y a même quelque chose de beau dans l’accompagnement des patients sur ce chemin.»

Quelle est la valeur de la santé?

Bruno Kissling ne pense pas que les généralistes soient responsables de l’augmentation constante des coûts de la santé. «La cause en est surtout la médecine hospitalière. Notre société n’a pas encore vraiment réfléchi jusqu’où la médecine doit aller. Alors on propose de plus en plus de nouvelles thérapies. Au bout du compte, on aboutit dans le domaine expérimental. On sort peut-être déjà de la science prouvée pour faire de la recherche. Or cela coûte très cher. Est-ce cela que nous voulons?», se demande-t-il en guise de conclusion.

Les médecins en Suisse

En 2010, on a recensé 30'273 médecins en exercice (10'843 femmes et 19'430 hommes).

63,1% travaillent seul dans le secteur ambulatoire. 36,9% (4997) travaillent en groupe ou de manière mixte.

L’âge moyen des médecins du secteur ambulatoire est de 53 ans (50 pour les femmes).

Environ 74% des médecins du secteur ambulatoire participent au service d’urgence.

66% des médecins soignent également leurs patients en dehors de leur cabinet (à la maison ou dans des homes).

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L’initiative «Oui à la médecine de famille»

Les généralistes craignent une pénurie de médecin de famille due au fait que beaucoup d’entre eux vont bientôt partir en retraite et que peu d’étudiants se destinent à cette pratique.

Ils ont lancé un initiative populaire baptisée «Oui à la médecine de famille» dans laquelle ils demandent à la Confédération et aux cantons prennent des mesures pour faciliter et valoriser cette filières professionnelle.

C’est pourquoi ils lancent une campagne («Mon généraliste et moi – Gagner ensemble»). Son support principal est un bus spécialement aménagé, qui circulera dans toute la Suisse jusqu’à la votation.

La consultation sur le contre-projet de 2010 du gouvernement commencera en avril.

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