Navigation

«Nous avons besoin des expatriés»

La Suisse attire toujours plus de travailleurs qualifiés en provenance de l'étranger. Keystone

Les étrangers renforcent la capacité compétitive de l’économie suisse. Telle est la conclusion d’une étude menée dans la région bâloise sur les potentialités et les problèmes d’intégration des expatriés. Cette étude enrichit le débat sur l’intégration en lui donnant une nouvelle dimension.

Ce contenu a été publié le 24 avril 2011 - 13:51
Susanne Schanda, swissinfo.ch

Les groupes pharmaceutiques multinationaux de Bâle attirent toujours plus de main-d'œuvre étrangère très qualifiée. Actuellement, les expatriés représentent 8%  de la population résidente bâloise. «Vu qu’ils font majoritairement partie de la classe moyenne supérieure, on estime que cette population représente 10% de la consommation et qu’elle paie également 10% des impôts», explique Guy Morin, président du Conseil d’Etat de Bâle-Ville.

«Nous avons besoin de ces talents, nous devons dès lors leur offrir de bonnes conditions et faciliter leur intégration», ajoute Guy Morin. L’étude intitulée «Potentiels et défis de l’intégration des expats en région bâloise» indique des pistes pour y parvenir. «Bâle sert de modèle pour la Suisse et jouera à l’avenir encore un rôle pionnier en matière d’intégration des expatriés», affirme le président du gouvernement cantonal.

Une croissance soutenue

«Il n’existe aucune statistique récente pour l’ensemble de la Suisse, mais selon l’Office fédéral de la statistique, au cours de ces 25 prochaines années, Bâle connaîtra la plus forte croissance nationale en main-d’œuvre émigrée hautement qualifiée», explique Daniel Wiener, coauteur de l’étude et directeur du bureau de conseil Ecos.

En compagnie de représentants des milieux politiques, économiques et de la société civile bâloise, Daniel Wiener a présenté vendredi l’étude à l’Hôtel-de-Ville de la cité rhénane. Objectif de cette enquête: collecter des éléments concrets sur les potentiels, les problèmes et les souhaits de la population émigrée à Bâle, afin d’élaborer des stratégies.

Des séjours limités qui se prolongent

L’étude est née d’un questionnement social, poursuit Daniel Wiener: «Nous voulions voir de quelle manière il serait possible d’intégrer les nombreux expatriés dans les activités bénévoles». Par la suite, les milieux économiques sont venus se greffer sur l’enquête, car il ont aussi un intérêt essentiel  à intégrer au mieux les nouveaux venus.

Les expatriés sont définis dans l’étude comme des individus hautement qualifiés, bien formés, en situation financière stable et qui viennent en Suisse pour des raisons professionnelles, afin d’effectuer des missions de durée déterminée (2 à 4 ans). Or, ces brefs séjours finissent souvent par se prolonger pour se muer en installation définitive.

Facteur économique

Cette recherche a été soutenue par les groupes pharmaceutiques Hoffmann-La Roche et Novartis: «L’innovation et la diversité sont les deux moteurs de notre croissance, la pluralité fait notre force», commente Bruno Weissen, responsable du personnel chez Hoffmann-La Roche. «Pour demeurer à la pointe du progrès en innovant, nous avons besoin de dénicher les meilleurs spécialistes».

Pour démontrer combien son entreprise est axée sur l’international, Bruno Weissen sert une formule qui fait mouche: «Sur les 365 jours d’une année, nous travaillons 3 jours pour la Suisse, le reste du temps est dédié à l’étranger».

Hans Locher, responsable des ressources humaines chez Novartis, va dans le même sens: «Pour un groupe tel que Novartis, qui privilégie la connaissance, les talents ont une importance cruciale. Nous sommes dépendants des expats.»

Comme les entreprises investissent beaucoup d’argent pour faire venir les expatriés depuis l’étranger et les assimiler dans leur environnement professionnel, elles sont directement intéressées à ce qu’ils soient aussi bien intégrés sur le plan social et dans leur vie quotidienne, afin qu’ils restent.

Us et coutumes difficiles à cerner

Membre du groupe de suivi de l’étude, la psychologue Marcella Ramelli - elle-même expatriée - décrit ce que signifie, pour une étrangère ne parlant pas l’allemand, la mise en place de sa nouvelle existence en Suisse: «Résidant auparavant en Colombie, je suis venue ici il y a dix ans avec mes deux enfants et je pensais au départ n’y rester qu’une année.».

Les premières semaines ont été déterminantes. Tous ont appris rapidement l’allemand et l’école a eu un effet intégrateur important, en favorisant le contact avec d’autres familles. «Mais j’ai entendu beaucoup d’expats dire qu’ils ne se sentaient pas membres de la société locale, qu’ils se retrouvaient de préférence avec des compatriotes formant ainsi des groupes sociaux parallèles», relève la psychologue.

Pour Marcella Ramelli, dont les grands-parents, originaires du Tessin, ont émigré un beau jour en Colombie, il y a beaucoup de subtilités, de règles sociales, à découvrir lorsqu’on arrive dans un pays inconnu : «A Bâle, mes voisins tchétchènes ont tout de suite établi le contact avec moi, ce que j’ai trouvé très sympathique de leur part. Par contre, les voisins suisses, n’ont pas pipé mot. Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris, par des amis suisses, qu’il s’agissait d’une marque de discrétion et de respect.»

Pour le président du Conseil d’Etat bâlois Guy Morin, cette étude donne un nouvel élan à la politique d’intégration, qui met régulièrement l’accent sur les étrangers qui commettent des crimes: «Il existe aussi un groupe de résidents bien intégrés sur le plan économique. Nous avons besoin d’eux, voilà pourquoi nous sommes opposé à tout quota en matière d’immigration.»

L'étude

Une première. L’étude intitulée «Potentiels et défis de l’intégration des expats en région bâloise» est la première à avoir examiné systématiquement les souhaits des principaux intéressés tout en cernant les potentiels et problèmes que soulève la croissance de la population expatriée dans une région suisse.
 
Ecos. L’étude a été effectuée par le bureau de conseil Ecos qui examine sur mandat d’entreprises, d’institutions publiques et parapubliques les impacts de leurs projets sous l’angle du développement durable.
 
Durée et coût. La recherche a duré une année. Elle a été soutenue par le canton de Bâle-Ville, la fondation Merian, et les groupes pharmaceutiques bâlois Novartis et Hoffmann-La Roche. L’étude a coûté environ 90'000 francs.

End of insertion

Les expats à Bâle

Nombre. Environ 36'000 expatriés vivent à Bâle-Ville et Bâle-Campagne. Ils représentent 8% de la population. 

 

Durée de séjour. On considère comme expatriés des individus hautement qualifiés, bien formés, en situation financière stable et venant en Suisse pour des raisons professionnelles afin d’effectuer des missions de durée limitée (2 à 4 ans). Près des trois quarts des expatriés demeurent en Suisse plus de 2 ans, près de 60% restent plus de 4 ans.

End of insertion

Les étrangers à Bâle

Sur les 467'129 habitants des deux demi-cantons, on dénombre 118'091 étrangers, soit une proportion de 25.3%.

Etrangers à Bâle-Ville: 63'791

Etrangers à Bâle-Campagne: 54'300
 

(Etat: décembre 2010)

End of insertion

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

En conformité avec les normes du JTI

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Joignez-vous à la discussion

Partager cet article

Changer le mot de passe

Souhaitez-vous vraiment supprimer votre profil?