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Éoliennes, un vent de discorde

Le photomontage d'un projet près de Sainte-Croix. Romande Energie

L’ancien directeur de l'Office fédéral de l'environnement, Philippe Roch, a récemment publié le livre «Éoliennes, des moulins à vent?», sous-titré «Un chemin entre refus et démesure». L’écrivain Rolf Kesselring, qui vit dans une région concernée par la question, s’est plongé dans cet ouvrage.

Ce contenu a été publié le 05 juin 2011 - 11:53
Rolf Kesselring, swissinfo.ch

Lucens, Harrisburg, Tchernobyl, Fukushima, des noms, des lieux, qui incitent tous à nous poser des questions sur notre avenir radieux.

La pointe bretonne, les côtes de l’Alaska, le Golfe du Mexique, une énumération gluante de pétrole nous obligent à réfléchir. Ouragans, tornades, tempêtes, tsunamis, d’autres vocables évoquant des catastrophes majeures…

Et puis il y a la crise des énergies. Notre monde s’épuise. Nous allons manquer, d’eau, de nourriture, d’énergie… Bref, nous sommes sur une planète en guenilles. À se demander si nous n’avons pas atteint les limites ultimes de l’impact de nos agissements sur la vie et la santé de notre planète.

À propos d’énergie et de nucléaire, l’offre des techniques alternatives pour la production d’électricité existe, entre autres, les éoliennes. Mais l’énoncé de ce simple mot provoque toujours un vif débat, pour ne pas dire un combat entre les «pour» et les «contre».

Un ouvrage vient de paraître au Éditions Favre, «Éoliennes, des moulins à vent?», sous-titré «Un chemin entre refus et démesure», par Philippe Roch et qui tente de faire le points sur la situation entre le refus des détracteurs et la démesure des partisans de cette technologie. 

Le vent du doute

Difficile de déterminer si le phénomène est dû à l’industrie forcenée de l’espèce humaine ou à des raisons naturelles. Difficile, aussi, de se faire une opinion sur les moyens proposés par les scientifiques et les techniciens pour tenter de freiner – je dis bien tenter ! – cette évolution catastrophique du climat et de la dégradation du patrimoine naturel de notre planète.

L’ouvrage de Philippe Roch (docteur en biochimie, ex-directeur du WWF suisse et ex-directeur de l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage) en est une preuve manifeste. Personnellement, avant lecture, j’étais, comme beaucoup d’entre nous, persuadé que les éoliennes étaient une des solutions pour produire de l’électricité d’une manière intelligente et renouvelable. Après lecture et enquête, je m’aperçois que la chose est loin d’être claire.

À première vue, il m’apparaissait que ce que l’on pourrait appeler la voie du vent est une solution parfaite pour une production d’électricité écologique… J’ai été obligé de déchanter.

Un enfer pavé de bonnes intentions

Je savais que les meilleures intentions du monde induisaient des effets pervers inattendus. Mais à lire «Éoliennes, des moulins à vent?», des questions me vinrent par paquet.

Tout d’abord, j’appris qu’il y a éolienne et… éoliennes. Qu’elles soient immenses, moyennes ou petites, les nuisances qu’elles génèrent sont totalement différente. En plus la puissance et la constance du vent les font rentables ou non.

Par exemple une éolienne d’une puissance de 2 mégawatt (moyenne grandeur) aura produit en un an plus ou moins 3000 mégawatheures d’énergie électrique, et aura subi des fluctuations de production importantes. À certains moments elle aura été à l’arrêt, quelquefois aura fonctionné au ralenti et produit finalement une très faible quantité d’électricité, soit une production de 17% de sa capacité possible.

Il ressort de ces constatations que le choix des emplacements, des couloirs ventilés, sont d’une importance majeure. On peut donc conclure qu’il existe, selon les choix géographiques des lieux d’implantation, un enfer de disparités en matière de production d’énergie par les éoliennes. Les bonnes intentions des techniciens ne sont pas toujours récompensées.

Des nuisances et des hommes

L’ouvrage de Philippe Roch évoque également les effets pervers, non-dits ou cachés, de cette solution technique écologique.

Il existerait ainsi un risque de pollution chimique. Un comble pour cette technique dite propre. Selon l’auteur, lorsqu’il faudra démanteler ces moulins à vent géants (15 à 25 ans de durée d’existence) la matière des pales (du PVC) pourra devenir polluante et même toxique lorsqu’on les incinérera…

Ensuite, et c’est ce dont se plaignent les gens qui habitent sur des sites d’éoliennes déjà existants, c’est le bruit. Comme tout le monde le sait, le bruit peut être nocif à la santé des humains et des animaux. Notre organisme est fait, programmé dit Philippe Roch, pour que les bruits ambiants nous informent. Grâce à ceux-ci, notre esprit se met en état d’alerte.

Lorsqu’ils sont constants, nos sens sont mobilisés sans relâche. Cette situation provoque des sécrétions d’hormones du stress (adrénaline, etc.). Au bout de peu de temps, les organismes des hommes, comme ceux des bêtes, se fatiguent. Les répercussions sur notre humeur - nervosité, irritabilité - deviennent perceptibles. Le bruit peut favoriser certaines atteintes cardio-vasculaires et on ne parle pas des dégât causés au système auditif des êtres voisins des sites installés.

Moulins à vent ou… de la discorde

Comme un certain Don Quichotte qui se battait contre eux, nombre d’habitants des crêtes du Jura apportent leurs témoignages à charge quand ils habitent dans le voisinage de sites installés. Ces témoignages ont alerté les gens des quelques endroits susceptibles de devenir des sites dans un futur proche. 

C’est le cas de ce qui vient de se passer sur la commune de Sainte-Croix dans le Jura vaudois. Sur cette commune, les habitants se sont groupés en association pour contrer le projet de Romande Énergie qui veut implanter ces moulins de la discorde sur des territoires des lieux-dits La Gittaz-dessus et Le Mont des Cerfs. Le combat juridique est en cours.

Pour l’instant, les rebelles jurassiens à ce projet ont été déboutés dans leur recours au Tribunal Cantonal. On me certifie que la lutte va continuer en direction du Tribunal Fédéral. 

En ce qui me concerne, ma virginité écologique en a pris un sérieux coup. La lecture du document de Philippe Roch et mes interminables promenades (en compagnie de Ferocita ma chienne andalouse) dans ces paysages superbes aux alentours de la Gittaz-Dessus et du Mont-des-Cerfs ont fissuré mes certitudes d’écologiste banal. 

Alors, j’écoute le vent des crêtes et je me dis que, décidemment, rien n’est simple sur cette planète.

Philippe Roch

Genève. Philippe Roch est né à Lancy (Genève) en 1949.  Il obtient un doctorat en biochimie en 1977.

PDC. Membre du Parti démocrate-chrétien (PDC, centre), il est conseiller municipal de la commune de Lancy puis député au Grand Conseil du canton de Genève.

 

WWF. Il sera responsable romand du WWF, puis membre de la direction nationale et directeur général du WWF Suisse jusqu'en 1992.

 

OFEFP. Le Conseil fédéral le nomme directeur de l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) en 1992. Il quittera ses fonctions à fin 2005.

 

Consultant. Philippe Roch travaille actuellement comme consultant indépendant dans le domaine de l'environnement et comme membre du conseil de plusieurs fondations liés à la Nature.

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Le projet de Sainte-Croix

Selon Romande Energie

 

7 éoliennes. Le projet porte sur l’implantation de 7 éoliennes au sud-ouest du village de Sainte-Croix, sur les sites du Mont des Cerfs et de La Gittaz-Dessus.

50 millions. Romande Energie investit près de CHF 50 millions dans ce parc dont la production d’électricité, exempte de CO2, devrait atteindre 24 millions de kilowattheures (kWh) par an. Cela représente les besoins annuels en électricité de 7'000 ménages (3'600 kWh/ ménage suisse/an).

Réseau national. Ce projet bénéficie du programme de promotion des nouvelles énergies renouvelables de la Confédération (reprise à prix coûtant). Le courant produit sera, dès lors, injecté dans le réseau national.

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Omerta vaudoise

Habitant pas très loin de Sainte-Croix, il fallait que je voie de mes propres yeux les sites de la Gittaz-Dessus et du Mont des Cerfs. Du même coup, je pourrais interroger des personnes concernées, me suis-je dit, candide.

Pays d’emposieus, ces entonnoirs où disparaît l’eau dans les profondeurs de la montagne, le Jura est un pays de taiseux. On ne proclame pas son opinion devant l’intrus, l’étranger, on se méfie, on se tait…

Je suis allé au siège de l’administration communale de Sainte-Croix. Après une attente assez courte, la personne en charge du dossier m’a proprement éconduit en me disant que la mise à l’enquête étant terminée et la cause des opposants (déboutés au tribunal) susceptible d’un recours, on ne pouvait rien me dire… Je ne voulais, pourtant, que connaître les emplacements prévus pour les éoliennes!

Sur le terrain, à La Gittaz, village situé entre le site du Mont-des-Cerfs et le hameau de la Gittaz-dessus, ce fut encore pire. Sourires en coin, grimaces de mépris ou gestes de dénégation (dès que j’ouvrais la bouche et que je disais le pourquoi de ma venue dans ce coin perdu du massif jurassien), ce fut tout ce que je récoltai…

 

«Vous êtes pour ou contre?» me demandèrent les plus bavards, les plus amènes, sans jamais répondre à mes questions.

Rolf Kesselring

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