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SM 03 PÂQUES La matière grise au service de l'eau

Une simple bouteille de plastique et du soleil pour purifier l'eau: c'est le procédé SODIS. Keystone

Pour la majorité de l'humanité, une eau propre et bon marché reste un rêve inaccessible. Des solutions simples existent pourtant, inventées notamment en Suisse.

Ce contenu a été publié le 09 novembre 2006 - 17:07

La société genevoise Bulane a développé un système de chloration nommé Watalys. Et la Fondation SODIS promeut l'utilisation de simples bouteilles en plastique pour purifier l'eau.

Watalys n'a rien d'un procédé de haute technologie. L'idée a germé dans l'esprit de ses inventeurs lorsqu'ils ont constaté que les comprimés de chlore traditionnellement utilisés pour nettoyer l'eau ont une durée de conservation limitée et sont difficiles à transporter.

Le dispositif permet de produire sur place une solution désinfectante grâce à l'électrolyse, procédé qui décompose les produits chimiques en leurs composants de base. Pratiquement, il suffit de plonger une électrode sophistiquée dans un litre d'eau préalablement salée.

L'électrode envoie du courant électrique et provoque une réaction chimique. Une heure plus tard, la nouvelle solution chlorée, nommée hypochlorite de sodium (NaOCl) peut être employée pour désinfecter de grandes quantités d'eau.

Cette méthode permet donc de rendre facilement l'eau potable, mais également de désinfecter des locaux, des outils ou des textiles par exemple.

Difficile à manier

L'utilisation des purificateurs d'eau Watalys se heurte toutefois à deux écueils principaux. Le premier est de trouver une source d'énergie et le second d'apprendre aux populations à utiliser le système.

Et s'il n'y a pas de prise électrique à proximité (ce qui est tout de même relativement courant dans les pays du Sud), on peut toujours avoir recours à une batterie (de voiture par exemple), à un générateur ou à des panneaux solaires.

«Les membres des Organisations non gouvernementales qui utilisent notre matériel sur le terrain disposent habituellement d'un véhicule. Ils ont donc une source d'énergie à disposition», explique Pierre Leitgib, l'un des fondateurs de Bulane.

Par contre, apprendre aux populations à utiliser correctement le procédé reste plus compliqué.

Comme l'explique Pierre Leitgib, la solution chlorée ainsi obtenue ne doit s'utiliser qu'en petites quantités. «Le dosage est assez précis, concède-t-il. Il faut donc s'assurer que nos interlocuteurs aient bien compris ce qu'ils ont à faire».

Autre problème, auquel les créateurs de la méthode Watalys n'avaient pas pensé de prime abord: dans certaines zones il est fortement recommandé d'arriver avec du sel dans ses bagages...

Jusqu'ici, la société genevoise a distribué 200 purificateurs d'eau, principalement aux ONG et aux agences internationales qui se chargent également de former les populations.

Ce chiffre relativement modeste ne doit pas surprendre: les appareils coûtent tout de même 230 francs suisses. Pour la plupart des habitants des pays en voie de développement, la somme est déjà rondelette. Elle peut aisément représenter un ou plusieurs mois de salaire, pour ceux qui ont la chance d'avoir un salaire.

Une simple bouteille de plastique

Il existe toutefois une alternative meilleur marché pour la purification de l'eau. Encore plus simple que la méthode Watalys, celle-ci porte également le label suisse.

Développée par des scientifiques de l'Institut fédéral pour l'aménagement, l'épuration et la protection des eaux, la désinfection de l'eau par irradiation solaire (SODIS) est une méthode simple qui permet d'améliorer la qualité microbiologique de l'eau potable.

Les populations peuvent ainsi nettoyer l'eau dans des bouteilles en plastique propres simplement en les remplissant, en les secouant et en les laissant au soleil durant six heures au minimum. De préférence sur une plaque de tôle ondulée ou sur un toit.

La hausse de chaleur provoquée par les rayons du soleil est suffisante pour tuer une grande quantité de bactéries et de virus.

Les plus grands inconvénients sont la dépendance au soleil, la quantité limitée de l'eau qu'il est possible de mettre dans une bouteille et... la difficulté à convaincre qu'une solution aussi simple et peu coûteuse est efficace.

SODIS n'en a pas moins déjà été introduit dans 20 pays, où son application a en général été très bien accueillie.

«Au départ, il faut convaincre les officiels du gouvernement, explique Regula Meienhofer de l'Institut fédéral. Ensuite, il faut convaincre les utilisateurs locaux que SODIS améliore la qualité de l'eau, soit en effectuant des tests de qualité en leur compagnie, soit avec le soutien des leaders des communautés concernées».

Selon les promoteurs du procédé, la meilleure source de motivation est la peur. Si la crainte des diarrhées n'est pas suffisante pour alarmer les populations des pays en voie de développement, celle du choléra, par contre, les incite à changer leurs habitudes.

swissinfo, Scott Capper (Traduction et adaptation de l'anglais: Mathias Froidevaux)

En bref

Un des objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies est de réussir, d'ici 2015, à réduire de moitié le nombre de personnes sans accès à une eau potable sûre ni à des conditions d'hygiène de base.

Selon un récent rapport de l'ONU, la planète dispose d'eau en abondance, mais sa gestion est catastrophique. 20% de la population mondiale n'a pas accès à une eau potable sûre et 40% ne dispose pas de conditions d'hygiène de base.

Chaque année, les diarrhées dues à la consommation d'eau non potable font 1,6 millions de morts, pour la plupart des enfants de moins de cinq ans.

Les catastrophes naturelles menacent également l'approvisionnement en eau. Le tsunami de décembre 2004 en Asie a tué 180'000 personnes et fragilisé au possible les approvisionnements en eau de toute la région.

Diverses maladies en relation avec la consommation d'eau - telles que le choléra, la typhoïde et la dysenterie - ont menacé les milliers de survivants de la catastrophe.

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Faits

La société Bulane qui a mis au point et distribue le système Watalys est basée à Genève.
Ses fondateurs ont reçu le prix De Vigier Entrepeneurship 2005.
Le plus petit purificateur d'eau Watalys ne pèse que 150 grammes mais il peut produire un litre de solution de chlore à partir d'un litre d'eau et d'une cuillerée de sel. Le tout en une heure.
Le système SODIS, développé au début des années 1990, a été implanté dans plus de 20 pays et plus de deux millions de personnes l'utilisent régulièrement.

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