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Silence radio sur les sans-papiers

Une image tirée du film 'Swiss Sans Papiers' d'Andreas Hoessli. (Photo SP)

La Suisse compterait plus de 90'000 clandestins. Mais sa classe politique et son gouvernement continuent de les ignorer, alors qu'une nouvelle loi sur les étrangers entre en vigueur l'année prochaine.

Ce contenu a été publié le 14 mars 2007 - 16:51

Un silence que le Festival international du film sur les droits humains a rompu cette semaine en projetant un documentaire de témoignages suivit d'un débat.

Face aux clandestins – 90'000 selon une recherche universitaire, jusqu'à 300'000 selon d'autres estimations citées par l'Office fédéral des migrations – la Suisse peut trouver une solution, fermer les yeux ou expulser massivement.

Ce constat lancé par la parlementaire Martine Brunschwig Graf dans le documentaire d'Andreas Hoessli, 'Swiss Sans Papiers' - tourné de janvier 2005 à mars 2006 et diffusé par la télévision suisse romande l'été dernier - est toujours valable, selon les orateurs du débat organisé par le festival genevois.

Par peur d'être repérés, ces clandestins ne perturbent en rien l'ordre public. De plus, ils contribuent à la prospérité de la Suisse, soit en occupant des emplois à des conditions souvent plus proches de celles que connaissent les pays destinataires des délocalisations que des standards helvétiques, soit en permettant aux couples suisses d'investir dans leur carrière en s'occupant de leur ménage et de leurs enfants.

Est-ce parce que cette situation arrange tout le monde que la majorité de la classe politique suisse n'a toujours pas fait évoluer ce dossier? Ismail Turker, l'un des participants au débat, n'est pas loin de le penser. Selon le syndicaliste, nombre de politiciens justifient leur inaction en affirmant ne pas vouloir faire le jeu de l'UDC, le parti de la droite dure.

Statu quo

Une chose est sûre: les travailleurs clandestins ont été absents de la campagne sur les nouvelles lois sur les étrangers et les réfugiés, adoptées par le peuple en septembre dernier. Et ces lois qui entrent en vigueur l'année prochaine n'apportent aucune solution pour sortir les clandestins du statu quo actuel.

Plusieurs des orateurs craignent même que ces lois, plus sévères à l'égard des étrangers que le régime actuel, aggravent la situation de ces travailleurs de l'ombre. Et ce alors que les conditions de vie des clandestins sont dominées par la précarité, l'arbitraire et la peur permanente d'être renvoyé.

«Certains sans-papiers vivent une situation infrahumaine», rappelle Ruth Dreifuss, ancienne présidente de la Confédération.

«Or la constitution suisse garantit des droits pour tous les être humains et pas seulement pour les Suisses», précise, de son coté, François Couchepin, ancien chancelier de la Confédération.
Reste à savoir si ce statu quo kafkaïen – selon l'expression de Ruth Dreifuss – va perdurer. Seul orateur à soutenir la nouvelle législation à l'égard des étrangers, Léonard Bender préconise une régulation des travailleurs clandestins au cas par cas.

Fuite en avant

«Il faut sortir ce dossier du champ politique», ajoute le vice-président du Parti radical suisse (droite). Leonard Bender propose la création d'une 'commission de sages', formée d'anciens élus cantonaux dotés d'une légitimité suffisante pour réunir des majorités.

«Nous devons également agir avec les pays de provenance des sans-papiers », souligne encore le politicien valaisan.

Sinon, la dynamique en cours ces dernières années va continuer de produire ses méfaits. Comme le rappelle Ruth Dreifuss, le durcissement régulier de la législation, loin d'apporter des solutions, provoque des problèmes supplémentaires et des nouvelles mesures encore plus sévères. «C'est une fuite en avant », conclut l'ancienne présidente suisse.

swissinfo, Frédéric Burnand à Genève

En bref

Le 5e «Festival du film et forum international sur les droits Humains» se tient du 8 au 17 mars à la Maison des arts du Grütli, à Genève.

La soirée de clôture sera consacrée à la liberté d'expression avec une exposition de sept caricaturistes de plusieurs continents et un débat.

Vingt-six films sont en compétition pour l'obtention de plusieurs prix.

Le jury international est composé de la chanteuse franco-marocaine Sapho, du pianiste argentin Miguel Angel Estrella et du cinéaste égyptien Marwan Hamed.

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