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Des chercheurs suisses veulent tester un manioc OGM

Vendeuse de racines de manioc à Lagos au Nigéria Keystone

Après avoir mis au point l’année dernière un manioc OGM résistant à deux virus dévastateurs, des chercheurs suisses sont prêts à débuter les essais sur le terrain. Pourtant, la lutte biologique contre les virus qui frappent la plante tropicale semble porter ses fruits.

Ce contenu a été publié le 12 juillet 2013 - 10:58
swissinfo.ch

Dirigée par Wilhelm Gruissem et Hervé Vanderschuren, une équipe de chercheurs de l’Ecole polytechnique fédéral de Zurich (EPFZ) a utilisé le génie génétique pour développer une nouvelle variété de manioc résistante notamment à la maladie de la striure brune, le cassava brown streak virus (CBSD).

Un virus qui menace la production de manioc en Afrique et dans le reste du monde. Si aucune réponse n’est trouvée, la pandémie croissante du CBSD pourrait provoquer la famine dans de nombreuses régions du continent, selon les experts de l'agriculture.

«Nous sommes très inquiets. La maladie pourrait se propager à l'Afrique de l'Ouest, en particulier au Nigeria. L'impact humain et économique pourrait être absolument désastreux», souligne le scientifique Claude Fauquet du Partenariat mondial pour le manioc au 21e siècle (GCP21).

Le Nigeria est le premier producteur et consommateur de manioc au monde, mais la plante est également cultivée dans la plupart des pays tropicaux. «Nous craignons que cette maladie se propage en Amérique du Sud et dans des pays comme la Thaïlande, où le manioc apporte chaque année 2 milliards de dollars à l'économie», ajoute Claude Fauquet.

En termes de sécurité alimentaire, le projet suisse suscite des espoirs, le manioc étant un aliment de base pour de nombreuses régions tropicales.

Un aliment de base

Le manioc est un aliment de base pour plus de 750 millions de personnes dans 100 pays, principalement en Afrique.

C’est une culture qui résiste au changement climatique et qui  tolère les sols pauvres.

C’est l'une des plus importantes sources mondiales de glucides alimentaires.

C’est une culture vitale pour des millions de petits exploitants agricoles.

C’est la 2e source la plus importante du monde d’amidon à usage industriel.

Le manioc est utilisé dans des centaines de produits à base de farine, de sirop, de papier, de colle, de nourriture, d'alimentation animale, d'éthanol.

Source: CIAT

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Transfert de technologie

Hervé Vanderschuren vient de visiter un centre de recherche dans le sud du Nigeria pour discuter des possibilités d’essais sur le terrain pour ce manioc transgénique. Le scientifique espère que les chercheurs africains pourront bientôt produire leurs propres plantes transgéniques adaptées ainsi aux besoins locaux.

«Nous essayons d'avoir une approche globale en matière de transfert de technologie. La solution à long terme est que cette technologie soit mise en œuvre directement dans les pays africains», précise Hervé Vanderschuren. L'équipe suisse a obtenu le financement initial pour préparer ces essais. Mais de nouveaux fonds sont nécessaires pour qu’ils puissent démarrer.

Le financement ne représente pas le seul obstacle. En Afrique également, les cultures génétiquement modifiées suscitent critiques et résistance. Seuls quatre pays - l’Afrique du Sud, l'Egypte, le Burkina Faso et le Soudan - autorisent la commercialisation des produits issus de cultures génétiquement modifiées. Cinq autres pays n’autorisent que les essais confinés.

Au Nigeria, un projet de loi accepté par le Parlement assouplit l'interdiction du pays sur les organismes génétiquement modifiés. Pour entrer en force, il doit encore obtenir le feu vert du président Goodluck Jonathan.

Une solution, pas un miracle

Les scientifiques de l’EPFZ  sont conscients des résistances suscitées par les OGM. «Tout notre travail vise à mettre cette technologie à disposition des Africains. Nous n'essayons pas d'imposer les OGM», assure Hervé Vanderschuren.

De son côté, le Partenariat mondial pour le manioc estime que des technologies innovantes sont nécessaires pour faire face aux menaces qui pèsent sur le manioc. Claude Fauquet pense que pour sauver la culture du manioc, les OGM peuvent jouer un rôle important et que la démarche des scientifiques zurichois ne vise pas le profit, contrairement à d’autres OGM.

«Dans ce cas, c'est pour des raisons humanitaires, et en aucune façon pour faire de l'argent ou exploiter les gens. Mais il n'y a pas de solution miracle et ce n'est qu'un élément dans le processus», plaide Claude Fauquet. Une autre composante essentielle tient à la surveillance afin de permettre de répondre efficacement à l’apparition de nouveaux foyers. «Quand une nouvelle invasion apparaît, la maladie est beaucoup plus facile à contrôler», déclare Claude Fauquet.

Actuellement, le CBSD est présent au Malawi, en Tanzanie, au Mozambique et en Ouganda. De récents rapports indiquent de nouveaux foyers en République démocratique du Congo, le 3e plus grand producteur mondial de manioc, et en Angola, où la production a explosé ces dernières années.

«Du côté de la recherche, un certain nombre de choses n’ont pas été faites, comme d’étudier la résistance à la mouche blanche», souligne Claude Fauquet. Tant la maladie de la striure brune que la «mosaïque», l'autre fléau qui frappe la culture du manioc, sont transmis par la mouche blanche (Bemisia tabaci), un processus très difficile à contrôler.

L’alternative bio

Hans R. Herren est un chercheur suisse de premier plan, dont la lutte biologique contre la cochenille du manioc en Afrique  a permis de sauver des millions de vies. Ce qui a valu au chercheur en 1995 le Prix mondial de l'alimentation.

Fondateur et président de la Fondation suisse pour un développement écologique BioVision, Hans R. Herren rejette les OGM comme moyen de lutte contre les maladies du manioc. «J'ai étudié ces deux virus.  Les problèmes qu’ils causent sont nourris par de mauvaises pratiques agronomiques telles que la plantation de boutures infectées», souligne le chercheur.

Et d’ajouter: «Le problème avec les OGM, c'est qu'ils traitent habituellement les symptômes plutôt que les causes. Ils ne fournissent qu'une solution temporaire, coûteuse, et cela sans qu’on ne connaisse leur impact en termes d’écologie et de santé. En fin de compte, nous n’avançons pas vraiment, mais nous perdons en termes de biodiversité et les coûts ne font qu’augmenter, tant  pour les agriculteurs que les consommateurs.»

Hans R. Herren propose une mesure qui aurait un effet immédiat: la sensibilisation des agriculteurs aux bonnes pratiques agricoles. Dans le même temps, le chercheur combat la mouche blanche avec des organismes naturels, comme il l’a fait avec succès contre la cochenille du manioc. «Nous avons utilisé ce que la nature fournit gratuitement pour résoudre le problème de façon permanente. Nous avons cherché des insectes bénéfiques et nous les avons trouvés. Aujourd'hui, les deux parasites sont totalement sous contrôle.»

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