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L’avenir bientôt directement dans votre œil

Reuters

Les lunettes à réalité augmentée de Google ne sont pas encore sur le marché, mais les développeurs – dont une poignée en Suisse – se ruent pour concevoir des applications. Histoire de ne pas rater le train de ce qu’ils espèrent être «le prochain gros truc».

Ce contenu a été publié le 21 mars 2014 - 11:00
Simon Bradley, Sierre, swissinfo.ch

Benoît Golay soulève le couvercle de la boîte blanche et me passe la monture futuriste cerclée de métal avec un écran électronique de la taille d’un timbre-poste sur le côté. «D’accord, ça a un petit côté Robocop», admet en souriant le responsable de la valorisation des travaux de l’Institut Icare, association académique de recherche en informatique de Sierre, dans le canton du Valais.

Je les pose délicatement sur mon nez et je tapote le cadre de plastique. Un petit écran apparaît, portant les mots «OK Glass» flottant à quelques centimètres de mon visage, sur le côté droit. Je donne un autre petit coup sur le cadre, ou je réponds à haute voix «OK glass» (elles ne comprennent encore que l’anglais) et le menu apparaît. Pour le moment, il n’offre qu’un nombre limité d’options, comme «photo» ou «itinéraire».

Et pour que ça marche, vous devez être relié à un smartphone, via une connexion sans fil ou bluetooth.

Les lunettes sont légères, comme les miennes, et l’écran ne semble pas affecter mon champ de vision. Et non, on n’a pas l’air si ridicule avec ça sur le nez. Mais bon… il n’y a personne pour me voir.

1500 dollars

Pour l’instant, ce sont surtout des testeurs, des développeurs et des fans de nouvelles technologies américains qui ont accès à cette première version de Google Glass.

L’Institut Icare a réussi à en avoir un exemplaire en novembre dernier, grâce à ses contacts aux Etats-Unis et moyennant finance de 1500 dollars. Et depuis, les développeurs valaisans sont très occupés à explorer le potentiel de leur nouveau jouet.

Le mois dernier, les gens d’Icare ont présenté un de leurs deux prototypes pour lunettes au «Mobile World Congress» à Barcelone. Il s’agit d’une application qui permet de scanner les code-barres sur les emballages des produits, afin d’avoir des informations comme la valeur nutritive ou la présence de substances déconseillées aux personnes allergiques.

L’application a été développée en collaboration avec GS1, l’organisme qui gère le système des code-barres utilisé par plus d’un million de compagnies sur des milliards de produits dans le monde, et avec l’Open Mobile Alliance, l’organisme de standardisation de l’industrie du sans-fil.

Les applications pour lunettes fleurissent rapidement. On en trouverait déjà plus de 100, malgré que les lunettes ne sont encore accessibles qu’à un nombre restreint d’utilisateurs de la première heure (40 à 60'000 paires sont actuellement en circulation), essentiellement américains. L’arrivée sur le marché grand public est attendue pour fin 2014.

On trouve des applications pour acheter «intelligent», pour indiquer leur vitesse aux cyclistes, pour rester à jour avec l’actualité ou simplement pour jouer. Il y a aussi des applications pour vérifier le solde de votre compte bancaire, pour traduire des inscriptions en langue étrangère ou pour vous avertir lorsque vous piquez du nez au volant.

En tant que développeur d’applications, Benoît Golay explique qu’Icare est encore face à de nombreuses inconnues: «Nous ne savons pas exactement quand les lunettes vont arriver en Europe. Nous ne savons pas si nous serons libres de publier des applications et combien; s’il y aura un site réservé pour ces applications ou si Google va gérer tout cela».

Il ne croit pas que ces lunettes vont détrôner le téléphone portable, mais il est convaincu de leur potentiel et estime qu’elles pourraient bien devenir dans le futur la technologie idéale pour identifier des objets et fournir les informations nécessaires au bon moment.

Google Glass

Pour l’instant, les développeurs payent 1500 dollars pour une paire de lunettes, mais Google affirme que le prix grand public sera inférieur. Le produit devrait être sur le marché américain à fin 2014 et arriver en Europe en 2015.

Là où il n’y a pas de liaison sans fil, les lunettes doivent être connectées à un téléphone mobile pour profiter de la connexion internet. L’écran, du format d’un timbre-poste, est monté sur le côté gauche d’une monture de lunettes. Il fournit des informations à l’utilisateur, qui peut aussi entendre le son via les branches des lunettes.

Pour l’instant, les lunettes peuvent prendre des photos, enregistrer de la vidéo, accéder aux e-mails, guider l’utilisateur sur la route, passer des appels via Google+ et récupérer certaines information sur internet.

Google n’est pas seul sur le marché des lunettes à réalité augmentée. Le géant californien devra affronter plusieurs concurrents, dont les groupes Samsung et Microsoft, qui ont annoncé travailler sur des technologies similaires.

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Points faibles

Cet ordinateur portable, au sens de «wearable», soit pas uniquement «trans-portable», mais «portable» comme on porte un vêtement (ou en l’occurrence des lunettes), intègre des fonctions de commande vocale, de GPS, de connexion sans fil, de gyroscope et de boussole.

Benoît Golay a trouvé relativement facile de travailler dessus. Il est léger et robuste, mais il reste plusieurs points faibles, dont l’autonomie de la batterie. Si Google annonce 3 à 4 heures, la réalité est plus proche d’une heure et demie. Et si la machine est utilisée intensivement, elle a tendance à chauffer.

«Il y a aussi des problèmes avec la caméra. Comme il n’y a pas d’autofocus, elle a de la peine à gérer les objets à une certaine distance», explique le responsable d’Icare. Pour lire le code barre d’un produit, vous ne devez pas le tenir à plus de 25 cm de votre œil.

Ces questions de lisibilité sont aussi un problème pour le deuxième prototype d’Icare, une application capable d’identifier des numéros de plaques de voiture, mais qui, Benoît Golay insiste là-dessus, n’est pas destinée à la police. «Ce n’est pas quelque chose que nous prévoyons de commercialiser. C’est plus un défi technique», précise-t-il.

Sierre semble être devenu le haut lieu des développeurs d’applications pour les Google Glass. Sur le site valaisan de la Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale (HES-SO), des équipes travaillent sur une application d’enseignement électronique ainsi que sur plusieurs applications médicales, capables de livrer des informations aux praticiens pendant les examens sur leurs patients et de récolter et d’échanger des images diagnostiques.

«Avec les lunettes, les choses pourraient être faites de manière nettement moins intrusive. Par exemple, les médecins à l’hôpital pourraient voir une vidéo de ce qui s’est passé sur la scène d’un accident, combien de personnes ont été blessées et ils pourraient préparer les salles d’opération et le matériel en conséquence», explique Henning Müller, responsable de l’unité de télémédecine (e-health) de la HES-SO. Leurs premiers prototypes sont attendus pour le mois de juin.

Aux Etats-Unis, les médecins ont déjà commencé à utiliser des applications pour lunettes Google. Des programmes pilote qui transmettent de la vidéo et du son des patients à partir de lunettes vers des ordinateurs, des smartphones et des tablettes ont été testés à l’Université de Californie et sont prêts à être mis en services dans des cliniques de soins ambulatoires du sud de la Californie.

En décembre dernier, un chirurgien cardiaque du centre hospitalier universitaire de San Francisco a bouclé un test de trois mois d’utilisation des lunettes en salle d’opération. Ses conclusions étaient toutefois mitigées.

uscsfhealth.com

Loin du compte

Si elles sont utiles pour fournir des informations supplémentaires au médecin, les lunettes n’en sont pas moins encore loin du compte. Le test a révélé des problèmes avec la connexion sans fil, la réponse aux commandes vocales et la visibilité des informations affichées. Difficile également de garder l’écran toujours parfaitement propre. Sans oublier les soucis quant au maintien de la confidentialité des données du patient.

En Suisse, ce dernier point sera certainement une question centrale pour les développeurs d’applications pour ces lunettes. L’an dernier, le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, ainsi que ses homologues de plusieurs autres pays ont écrit à Google pour faire part de leurs préoccupations.

L’instance suisse a rappelé que la caméra et sa connexion internet posaient des problèmes, dans la mesure où enregistrer des vidéos sans prévenir les gens qui sont filmés constitue un viol de l’intimité, prohibé par la loi. La Suisse ne prévoit pas pour autant d’interdire les lunettes. Dans ce domaine, le champ d’action du Préposé est limité aux entreprises de stockage de données.

Henning Müller explique que les applications développées par son unité devront être dûment certifiées médicalement, car les implications pour la vie privée sont évidentes. «Et il faudrait certainement éviter que les données soient stockées sur un nuage Google», précise-t-il.

Selon la société américaine Juniper, spécialisée dans les réseaux de télécommunications, ce sont plus de 130 millions d’appareils portables (wearable) qui devraient se trouver sur le marché d’ici 2018. Parmi eux, dix millions pourraient être des lunettes intelligentes comme celles de Google.

Lunéttiquette

Récemment, Google a transmis aux développeurs une liste de choses à faire et à ne pas faire quand on utilise ses lunettes en public. Extraits de ce code de bienséance:

«Si vous restez planté de longues périodes à fixer le prisme, vous risquez de paraître bizarre. Alors, ne lisez pas Guerre et Paix sur vos lunettes».

«Les lunettes sont un appareil technologique, alors faites preuve de bon sens. Faire du ski nautique, du rodéo ou de la boxe avec vos lunettes n’est probablement pas une bonne idée».

«Si vous craignez que quelqu’un interrompe votre dîner romantique dans un bon restaurant avec une question sur vos lunettes, enlevez-les et cachez-les dans votre poche ou dans votre sac».

«Rester debout dans le coin d’une pièce et regarder les gens en les filmant avec vos lunettes de va pas vous valoir beaucoup d’amis».

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