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Les génériques en Suisse: encore un long chemin

Les médicaments génériques peinent à gagner des parts de marché en Suisse. Keystone

L’utilisation des médicaments «copiés» a progressé en Suisse mais elle reste bien plus faible qu’à l’étranger. Un grand producteur suisse réclame davantage d’instruments incitatifs pour les médecins. Ceux-ci refusent. Les assureurs restent prudents.

Ce contenu a été publié le 13 janvier 2010 - 12:55

Les Suisses sont nombreux à avoir fait cette expérience: il n’y a pas si longtemps, les médecins ne prescrivaient pratiquement jamais un médicament générique, mais les pharmaciens s’en chargeaient. Aujourd’hui, les médecins eux-mêmes précisent que des génériques sont à disposition.

«Il y a eu un changement radical en 2006, explique Max Giger, membre du Comité central de la Fédération des médecins suisses (FMH), avec la réduction de la participation des assurés aux coûts du médicament, si celui-ci est un générique, de 20% à 10%. En trois mois, le changement a été perceptible, tant pour les médecins que pour les pharmaciens.»

Responsable de la formation post-grade au sein de la FMH, Max Giger admet que les médecins manquaient, auparavant, d’une certaine conscience de la possibilité d’inscrire les génériques sur leurs ordonnances. «Mais il s’agit d’une responsabilité réciproque, ajoute-t-il. Le patient doit demander lui aussi si des génériques existent.»

«Pas seulement une copie»

Les producteurs confirment que les médecins sont davantage preneurs de génériques, «grâce à nos prestations de services», a expliqué le premier acteur du marché, Mepha Pharma, mardi à Zurich lors d’une conférence de presse. Le fabricant cite ses guides et brochures à l’intention des praticiens et une ligne téléphonique d’urgence.

«Les génériques ne sont pas seulement une copie de la préparation originale, a plaidé Andreas Bosshard, directeur général de Mepha Pharma. Nous proposons aussi des doses plus diversifiées, par exemple, et des formes de médicaments plus pratiques à ingérer.»

N’empêche: les génériques ont encore et toujours la vie dure en Suisse. Avec une part de marché de 12%, stable, ils sont loin des positions qu’ils occupent en France (20%), en Allemagne (53%) ou en Angleterre (56%), selon les chiffres de Mepha Pharma.

Baisses ordonnées

«Il y a encore une grande marge de progression, dit Andreas Bosshard. Je ne dis pas qu’il faut atteindre les chiffres anglais, mais, deux tiers de médicaments encore protégés par un brevet et 20% dont le brevet est arrivé à échéance, c’est encore trop.»

Si la concurrence fait toujours rage avec l’industrie pharmaceutique détenant les brevets originaux, c’est aussi parce que tous les acteurs ont dû baisser leurs prix, sous pression des autorités. La réduction décidée par l’Office fédéral de la santé publique atteindra 100 millions en 2010 – ce qui conduit les producteurs de génériques à prévoir une baisse du chiffre d’affaires cette année.

Mepha Pharma craint même que le système de la participation différenciée aux coûts du médicament, selon qu’il s’agit d’un générique ou non, ait un effet pervers. «Ce système a poussé tous les prix vers le bas, ce qui donne l’impression, à tort, que la différence de prix entre le générique et l’original n’est plus si grande», affirme Andreas Bosshard. Selon lui, la différence est toujours de 25% à 30%.

«Contreproductif»

Mepha Pharma va plus loin: «A terme, cette réglementation est contreproductive car, à partir d’une certaine limite, baisser trop les prix remet en question la qualité du produit et des services. Nous demandons donc la levée de ce système.»

Tant la FMH que santésuisse, l’organisation des caisses maladies, s’opposent à cette interprétation. «Le système fonctionne très bien, puisque la part des génériques a augmenté», affirment, en chœur, leurs responsables.

Mais Mepha et Intergenerika, l’association des fabricants de génériques, ne s’arrêtent pas là. «Il faut absolument un nouvel instrument d’incitation pour motiver les médecins à utiliser davantage les génériques, par exemple un modèle où l’assureur récompenserait le praticien qui en prescrit beaucoup.»

Récompenser les médecins?

La FMH ne cache pas son irritation. «Les médecins n’ont plus besoin d’être motivés puisque le système de la quote-part différenciée a fait ses preuves, s’exclame Max Giger. santésuisse est moins sceptique mais affiche une grande retenue.

«Nous sommes en principe favorables à tout incitatif qui fera baisser les coûts, répond Michel Reichenbach, délégué adjoint aux relations publiques pour la Suisse romande. Mais il ne faudrait pas qu’une meilleure rémunération d’un médecin généraliste finisse par annuler l’économie réalisée grâce à l’utilisation accrue des génériques. Un tel instrument doit être clairement définissable et contrôlable.»

Les génériques ne sont de toute façon qu’un aspect du lancinant problème des coûts de la santé. «D’un côté, les génériques progressent, de l’autre, de nouveaux médicaments extrêmement chers apparaissent, notamment pour lutter contre les cancers…», remarque Michel Reichenbach.

Dernier point en suspens à propos des médicaments, santésuisse soutient le projet – actuellement débattu au Parlement, de n’autoriser les caisses à rembourser que le générique le meilleur marché. Mepha Pharma s’y oppose catégoriquement, arguant du fait qu’obliger les patients à changer systématiquement de préparation provoque trop d’effets secondaires et d’incertitudes, surtout chez les patients âgés.
Au nom de la sécurité des traitements, la FMH y est également opposée. Les députés ont refusé ce projet et les sénateurs se prononceront lors de la session de mars.

Ariane Gigon, swissinfo.ch, Zurich

Mepha Pharma

Connu pour son logo arc-en-ciel, le groupe Mepha Pharma a fêté ses 60 ans en 2009.

Il a réalisé 191 millions de chiffre d’affaires à l’étranger en 2009 (+2,7%), 176 millions en Suisse (+5,4%) et 41 millions en produisant pour des tiers (+57%).

Il est le premier producteur de médicaments génériques en Suisse, avec 38% du marché, contre 33% pour Sandoz et 11% pour Spirig. Les autres producteurs occupent des parts de marché inférieures à 10%.

Mepha Pharma est propriété de la famille Merckle, qui a décidé de s’en défaire. Les prétendants devraient être connus d’ici mi-janvier. Le groupe estime que les chances sont relativement grandes que le groupe reste en mains suisses.

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Marché des génériques

Le marché des génériques a augmenté régulièrement ces dernières années en Suisse pour subir une très légère baisse en 2009. Voilà leurs parts dans le marché global des médicaments:

2002: 3,9%
2003: 5%
2004: 6,2%
2005: 8,3%
2006: 11,7%
2007: 11,7%
2008: 12%
2009: 11,9%

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A l'étranger

En Suisse, les médicaments protégés par un brevet occupent encore 69% du marché. Environ 20% des médicaments sont couverts par des brevets arrivés à échéance.

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