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Quand les cerveaux fuient la montagne

Les diplômés des Hautes Ecoles ne retournent pas dans les régions de montagne. Keystone Archive

Adieu ma vallée. Ceux qui quittent leur canton d’origine pour étudier à l’université y reviennent rarement. Et les conséquences de cette fuite des cerveaux sont graves.

Ce contenu a été publié le 09 août 2003 - 13:57

C’est ce que révèle une étude du Groupement suisse pour les régions de montagne.

Vallée de la Prättigau, au Nord des Grisons. Ici, 83% des jeunes qui sont partis faire des études à l’université ne sont jamais retournés au pays.

Ils ont fait leur vie ailleurs. Ils travaillent ailleurs. Et c’est, bien sûr, ailleurs qu’ils dépensent leur argent et paient leurs impôts.

Fuite des cerveaux, exode des compétences, migration de la matière grise: quel que soit le nom qu’on lui donne, le phénomène concerne pratiquement tous les cantons non universitaires.

Et il représente un véritable obstacle au développement des zones périphériques.

Le problème n’est pas nouveau. Au niveau mondial, on discute même depuis des années des graves conséquences du «braindrain».

Cette fuite des cerveaux fait perdre aux pays en voie de développement une bonne partie de leurs élites et les empêche d’exploiter au mieux leur potentiel de croissance.

Pour la Suisse, le «braindrain» est peut-être l’ultime étape d’une histoire qui commence avec l’exode des Walser au Moyen-Age.

Un phénomène encore peu étudié

Au début du 19e siècle, se sont les pâtissiers, les architectes ou les plâtriers qui s’en vont chercher fortune loin du pays. Et, dans les années 1870, la crise économique entraîne une émigration massive vers les Amériques.

Si ces exodes du passé ont fait l’objet de nombreuses études, les données sur le «braindrain» contemporain sont encore rares et fragmentaires.

C’est de ce constat qu’est parti le Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB) pour entreprendre son étude sur le sujet.

«Pour quantifier la fuite des cerveaux à partir des régions de montagne, explique le directeur du SAB, nous avons demandé des données à l’Office fédéral de la statistique.»

«Mais, poursuit Thomas Egger, nous nous sommes vite aperçus qu’il n’existait pas grand chose.»

En l’absence de recensements systématiques et d’études approfondies, le travail du SAB représente donc un premier pas.

Et Thomas Egger espère bien que cela contribuera à sensibiliser l’opinion publique à ce problème.

Parallèlement, le Valais a lui aussi lancé un programme de recherche.

But de l’opération: comprendre pourquoi 70% des étudiants du canton ne rentrent pas au pays une fois leur diplôme universitaire en poche.

Une perte de 54 millions par année

Les conséquences économiques de cet exode des personnes hautement qualifiées sont dramatiques.

Selon l’étude du SAB, la formation universitaire coûte aux cantons qui n’ont pas de Hautes Ecoles entre 9500 et 46'000 francs par année et par étudiant.

Ainsi, la fuite des cerveaux signifie la perte annuelle de 27 millions de francs d’«investissements» dans la formation.

A cette somme s’ajouteraient 27 millions supplémentaires de manque à gagner en termes de consommation et de rentrées d’impôts.

Et, encore, ces chiffres ne tiennent pas compte des bourses d’études, ni des frais engendrés par la formation pré-universitaire.

«Jusqu’ici, la portée effective des flux financiers liés à la fuite des cerveaux a été à l’évidence sous évaluée», affirme Thomas Egger.

Et d’ajouter: «Ces données devraient pousser l’Etat à revoir le système de péréquation financière».

Le message s’adresse à la Confédération, mais également aux cantons universitaires.

Des cantons qui, ces dernières années, ont tenté à plusieurs reprises de faire revoir à la hausse les contributions que leur versent les cantons non universitaires.

Rentrer? Oui, s’ils le pouvaient

L’étude du SAB a par ailleurs révélé que 80% des universitaires exilés seraient prêts à rentrer dans leur canton d’origine s’ils en avaient la possibilité.

Alors, pourquoi ne le font-ils pas? «La première raison est d’ordre strictement économique», répond Thomas Egger.

«Souvent, précise-t-il, celui qui veut rentrer ne peut pas le faire car il ne trouve pas d’emploi correspondant à ses qualifications.»

«La seconde raison, poursuit le directeur du SAB, tient aux rapports sociaux et avant tout aux relations amoureuses qui se sont tissées durant la période universitaire.»

Nombreux en effet sont celles et ceux qui n’ont pas envie de tout recommencer à zéro, surtout si leur partenaire n’est pas prêt à déménager.

Des solutions existent

S’il est difficile d’intervenir sur ce second facteur, pour le premier, en revanche, il est possible de faire quelque chose.

«Les cantons doivent s’engager à créer des postes de travail intéressants», plaide Thomas Egger. Et la chose n’est pas impossible.

«J’en veux pour preuve, confirme le directeur du SAB, l’ouverture de l’Institut de phytopharmacologie d’Olivone au Tessin ou encore celle d’un Centre de microtechnologie dans le canton d’Obwald.»

Il est assez normal de voir les régions périphériques perdre de leur population au profit de zones plus développées d’un point de vue économique, industriel et culturel.

«Mais, fait remarquer Thomas Egger, il convient de se demander jusqu’à quel point une telle chose est normale. Nous ne pouvons pas accepter que la politique régionale se limite à dire que, dans les régions de montagne, elle soutient uniquement l’agriculture et le tourisme.»

Les habitants de ces régions sont en effet en droit d’attendre un peu plus que ça. Et même ceux qui, après leurs études, ont trouvé un travail au loin et ont gardé une certaine disponibilité pour rentrer un jour.

A leur manière, les Chemins de fer fédéraux - qui viennent de transférer leur «Contact Center» à Brigue-Glis au fond du Valais - vont dans ce sens.

Ils sont d’ailleurs persuadés qu’ils n’auront pas de mal à trouver du personnel qualifié sur place.

swissinfo, Doris Lucini
(traduction, Marc-André Miserez)

Faits

En moyenne, un universitaire sur quatre provenant des régions de montagne rentre un jour chez lui.
Chaque année, cette fuite des cerveaux ferait perdre 54 millions de francs aux cantons de montagne, entre l’investissement consenti pour la formation et le manque à gagner en termes de consommation et d’impôts.

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En bref

- Le «braindrain», ou fuite des cerveaux, est également un phénomène interne à la Suisse. Les jeunes qui viennent des régions périphériques et qui achèvent une formation universitaire cherchent ensuite le plus souvent un emploi hors de leur canton d’origine.

- Les conséquences économiques pour les cantons concernés sont désastreuses. Cet exode des élites freine notamment le développement des régions éloignées.

- Le Groupement suisse pour les régions de montagne appelle les cantons et la Confédération à mesurer le phénomène et à tenter d’inverser la tendance. Par exemple en revoyant le système de péréquation financière et en créant des postes de travail qualifiés dans les régions périphériques.

- 80% des universitaires qui ont quitté leur région seraient prêts à y revenir, à condition d’avoir un poste intéressant, un salaire adéquat et l’accord de leur partenaire.

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