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Pourquoi les Suisses boudent le président Lula

En pleine campagne pour sa réélection, ici à Valparaíso, le président Lula a de fortes chances de l'emporter Keystone

A la veille du second tour du scrutin présidentiel de dimanche, nombre de Suisses du Brésil jugent plutôt sévèrement le président sortant Luiz Inacio Lula da Silva.

Ce contenu a été publié le 28 octobre 2006 - 10:48

Ils lui reprochent sa tolérance à l'égard de la corruption. Grand favori de ces élections, Lula n'en est pas moins en bonne posture pour remporter un deuxième mandat de quatre ans.

Invité récemment par Swisscam, la Chambre de commerce Suisse- Brésil, le politologue Amaury de Souza a provoqué quelques grincements de dents et grognements incrédules au sein du public lorsqu'il a évoqué la «victoire prévisible» de Lula.

Car s'il est vrai que la popularité record et le charisme du candidat de gauche le placent loin devant son adversaire Geraldo Alckmin, du parti social démocrate, les Suisses sont généralement fort critiques à l'égard du chef de l'Etat brésilien.

Un capital de sympathie entamé

D'une manière générale, Lula est jugé trop tolérant envers la corruption pour mériter leur approbation. Certains suggèrent même en plaisantant, qu'en cas de réélection de Lula, le siège de la Swisscam brésilienne soit transféré à Zurich.

«Si Lula est tant populaire en Suisse (et à l'étranger), c'est parce qu'ils n'auront pas à le supporter pendant quatre ans de plus !», peste un homme d'affaires.

Le capital de sympathie dont bénéficiait l'ancien ouvrier syndicaliste lors de son accession au pouvoir en 2003 a en effet été largement entamé par une série d'affaires de corruption, qui ont culminé l'an dernier avec des accusations d'achat de votes de nombreux parlementaires et de financement illégal de campagnes électorales.

Autant de manoeuvres louches dans lesquelles ont été impliqués plusieurs proches du chef de l'Etat. Plusieurs têtes sont tombées dans son entourage, dont certains ministres.

Mais comme rien n'a été prouvé contre Lula lui-même, cela lui a permis de se poser en victime aux yeux de son électorat, et de fustiger «l'élite revancharde».

Un parallèle avec la Hongrie

«Je ne soupçonnais pas à quel point le peuple pouvait être tolérant à l'égard de la corruption», s'étonne Werner Eisele, consultant financier à Rio de Janeiro. Etabli au Brésil depuis plus de 25 ans, il établit un parallèle avec les récents événements de Hongrie, où les mensonges du Premier ministre ont provoqué une série de manifestations.

«Dans n'importe quel autre pays, Lula aurait dû démissionner. Ici, les gens disent : c'est un représentant du peuple au gouvernement, et c'est bon pour le Brésil. Même s'il est impliqué dans les affaires, on va le laisser là où il est», explique-t-il. Ce n'est pas un hasard si l'un des principaux slogans de la campagne de Lula est justement : «Laissez-le travailler !»

«C'est effarant», s'est exclamé un vétéran de la politique brésilienne. «Si l'on filmait Lula masqué en train de braquer une banque, les gens diraient qu'il voudrait voler pour donner aux pauvres».

La classe moyenne va payer

Autre Suisse établi depuis plusieurs décennies au Brésil, un cadre de l'industrie pharmaceutique juge de son côté la performance de Lula «décevante».

«Lula a été promu en quelque sorte. Mais il n'a pas la stature d'un président», estime-t-il.

Christian Hanssen, le nouveau président de la Swisscam, ne dissimule pas non plus une certaine inquiétude envers l'avenir : «on peut craindre un certain nivellement par le bas. C'est la classe moyenne qui va être invitée à payer la facture lors du second mandat de Lula».

Car si l'économie se porte plutôt bien, l'augmentation des dépenses publiques avant les élections pourrait également provoquer des réductions budgétaires dès l'année prochaine, remarquent les analystes financiers.

swissinfo, Thierry Ogier, São Paulo

Faits

L'immigration suisse au Brésil remonte à environ deux siècles.

Près de 15'000 Suisses y sont établis surtout dans les régions sud-est et sud, qui sont les plus prospères économiquement.

Plus des deux tiers d'entre eux ont la double nationalité suisse et brésilienne, obtenue soit par mariage, soit à la naissance.

Plus de la moitié réside à São Paulo, et plus d'un tiers réside à Rio.

Appartenant à la classe moyenne supérieure, la communauté suisse est aisée par rapport à la moyenne de la population brésilienne.

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En bref

Luiz Inácio Lula da Silva s'est présenté à tous les scrutins présidentiels depuis le rétablissement du suffrage universel direct en 1989. Battu à trois reprises, il a été élu en 2002 et brigue un second mandat ce dimanche.

Fondateur du parti des travailleurs en 1980, farouche adversaire du régime militaire, il est devenu le principal leader de la gauche brésilienne. Au pouvoir, il a poursuivi une politique économique orthodoxe, tout en mettant en place des programmes sociaux au profit des pauvres. La croissance économique demeure en dessous de la moyenne des pays de la région et des marchés émergents.

Plus de 125 millions d'électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche. Le vote est obligatoire pour les électeurs âgés entre 18 et 70 ans, et facultatif pour les jeunes entre 16 et 18 ans et les personnes âgées de plus de 70 ans.

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