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Pourquoi la droite nationaliste séduit l'Europe

Lors d'une conférence de presse au siège de son mouvement, Jean-Marie Le Pen a affirmé qu'il pourrait l'emporter le 5 mai. Keystone

Le triomphe de Jean-Marie Le Pen nous rappelle brutalement que la droite dure a le vent en poupe en Europe. Et la Suisse n'est pas épargnée.

Ce contenu a été publié le 23 avril 2002 - 08:24

Un Premier ministre socialiste sorti de la course à l'Elysée par le chef du Front national: la France ne va pas se remettre de sitôt du «coup de tonnerre» politique qu'elle a subi dimanche.

Pourtant, l'Hexagone ne fait pas vraiment figure d'exception en enregistrant cette poussée de l'extrême droite.

«Cela va dans le même sens que le mouvement observé au cours de ces dernières années en Autriche, en Suisse ou en Italie, relève Pascal Sciarini, professeur de science politique à l'Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), à Lausanne. A savoir un renforcement de la droite dure.»

En Italie, c'est l'arrivée au pouvoir il y a un an de Silvio Berlusconi, allié à la Ligue du Nord du populiste Umberto Bossi et à l'alliance nationale de l'ancien néo-fasciste Gianfranco Fini. En Autriche, c'est l'entrée du FPÖ, le Parti de la Liberté de Jörg Haider au gouvernement, début 2000.

L'UDC en Suisse

Mais il y a aussi le Danemark, où le Parti du peuple danois, d'extrême droite, joue un rôle d'appoint pour la coalition de centre-droit au pouvoir depuis novembre dernier. Ou encore les Pays-Bas, où les sondages prédisent une percée spectaculaire du populiste Pim Fortuyn aux prochaines élections, le 15 mai.

En Suisse, l'UDC, l'Union démocratique du centre, s'est considérablement renforcée, ces dernières années. Tout en glissant vers la droite de l'échiquier politique, sous l'influence de son aile dure, emmenée par le Zurichois Christoph Blocher. Ainsi, sur le plan fédéral, le poids politique de l'UDC est passé de 11,9% en 1991 à 22,5% en 1999.

Or, d'un pays à l'autre, on retrouve des points communs. «Il y a par exemple le populisme, une méfiance, voire un rejet très profond des classes dirigeantes traditionnelles», note William Ossipow, professeur de science politique à l'université de Genève. Une réaction anti-establishment.

Réflexe de protection

Deuxième élément commun: «un vote sécuritaire ou identitaire, explique Pascal Sciarini, face aux changements produits par la globalisation, l'européanisation, l'immigration, l'augmentation du nombre de demandeurs d'asile.»

«On a toute une frange de la population qui se sent menacée et qui cherche refuge dans un discours du type nationaliste, xénophobe, voire raciste, poursuit le professeur lausannois. Il y a des situations différentes d'un pays à l'autre. Mais on retrouve globalement ce réflexe de protection.»

Les vendeurs d'images

Il faut y ajouter le rôle fondamental des médias dans les campagnes politiques. «Il y a une prime pour ceux qui savent bien utiliser les médias, avance William Ossipow, qui ont une sorte de charisme communicationnel. Blocher, en Suisse, en est un exemple.»

«En France, Le Pen est un maître en la matière, poursuit le politologue genevois. Et quelqu'un de plus froid, de plus réservé, et probablement plus conscient de la complexité des choses et des enjeux, comme Jospin, est défavorisé dans cet exercice.»

«Le discours politique rationnel ne passe plus, juge même le géographe Claude Raffestin. Cette tendance profite aux vendeurs d'images que sont Le Pen, Berlusconi, Blocher, sans oublier Arlette Laguiller. Les images peuvent être dépourvues de sens ou mensongères, elles sont pourtant payantes électoralement.»

Des différences aussi

Reste qu'entre les différents mouvements de cette vague européenne, il y a «des analogies, mais aussi des différences, en fonction des pays, des chefs, des régions, des histoires et des systèmes politiques nationaux», fait remarquer René Schwok, professeur à l'Institut européen de l'université de Genève.

Difficile, par exemple, de comparer Jean-Marie Le Pen à Christoph Blocher. «Il y a des considérations propres à la Suisse, note René Schwok. On ne peut pas vraiment être charismatique dans toutes les langues. Il y a aussi une tradition suisse de non-impérialisme, un attachement viscéral à la démocratie directe.»

«Il ne s'agit pas de dire que l'UDC équivaut au Front national, précise encore Pascal Sciarini. Il y a des différences singulières. Mais dans la logique générale, l'idée d'un parti nationaliste, qui mise sur le repli, qui conjugue un discours libéral sur le plan économique et conservateur sur le plan économique et culturel, là on a des ingrédients assez similaires.»

swissinfo/Pierre Gobet, Zurich

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