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Pour la Suisse, le G8 est un cadeau empoisonné

Derniers contrôles de sécurité à Lausanne-Ouchy, bouclé pour l'occasion. Keystone

Pour la première fois, la Suisse participe officiellement à un sommet du G8. Une opportunité dont la diplomatie helvétique compte tirer profit.

Ce contenu a été publié le 03 juin 2003 - 17:23

Mais le sommet d'Evian oblige également la Confédération à garantir un service d'ordre qui est à la limite de ses capacités.

En choisissant la station thermale d'Evian pour le sommet 2003 du G8, la France a voulu écarter tous les risques en matière de sécurité.

Il est en effet relativement aisé d'assurer la protection de cette bourgade entourée de montagnes et bordée par le lac Léman.

Mais voilà. Evian se trouve également à proximité de la Suisse et de Genève, sa deuxième plus grande ville.

Rappeler le rôle de la Genève internationale

La France a d'ailleurs immédiatement associé son voisin dans l'organisation du sommet. Paris avait en effet besoin de ses infrastructures hôtelières et aéroportuaires pour acheminer et loger les participants au G8.

Dans un premier temps, les Suisses ont perçu les avantages de cette participation. Elle permet en effet de rappeler au monde le rôle international de Genève et sa capacité de faire face à de grands événements.

Dans l'esprit des autorités helvétiques, il était clair, à ce moment là, que les manifestations massives qui accompagnent les sommets du G8 ne se dérouleraient pas sur son sol.

Un début de panique

Mais c'était sans compter avec les altermondialistes de Suisse romande qui ne pouvaient manquer une telle aubaine de fustiger un symbole qui incarne, à leurs yeux, le capitalisme triomphant.

La perspective de grosses manifestations à Genève et Lausanne, la crainte suscitée par le précédent de Gènes (un sommet du G8 marqué en 2001 par des émeutes et la mort d'un manifestant) ont obligé les autorités suisses à revoir à la hausse leur dispositif de sécurité.

Les limites du fédéralisme

Ce changement de programme a également mis en lumière les limites du fédéralisme helvétique. Les forces de police sont en effet placées sous l'autorité des cantons et non du gouvernement suisse.

Il a donc fallu coordonner le déploiement des policiers et établir une chaîne de commandement la plus claire possible. Et cela tout en ménageant les prérogatives des trois cantons directement concernés par l'événement.

Tablant sur des centaines de milliers de manifestants, les autorités locales ont même appelé en renfort un millier de policiers allemands, les effectifs helvétiques étant jugés insuffisants.

En outre, la laborieuse mise en place de ce dispositif a été retransmise - quasiment en temps réel - par les médias locaux.

Ce qui n'a pas manqué de provoquer quelques polémiques au sein de la classe politique et un début de panique dans la population.

Une collaboration exemplaire

A quelques jours du sommet, les autorités suisses semblent avoir repris le contrôle de la situation.

«Nous avons mis en place un dispositif extrêmement conséquent. Il est renforcé par des policiers en contact permanent avec la population. Tout a donc été fait pour que ce sommet se déroule sans problème», affirme Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la sécurité du G8, côté suisse.

Un avis que semblent partager les autorités françaises. Elles ont en effet tenu à souligner cette semaine la parfaite coopération entre Berne et Paris.

«Cette collaboration est peut-être une brique dans la construction de la défense aérienne européenne», a même lancé le responsable français de la défense aérienne.

Le général Patrick Thouvenez propose donc que le dispositif franco-suisse soit maintenu à l'issue du sommet et élargi aux pays voisins.

De son côté, Livio Zanolari, porte-parole du ministère suisse des Affaires étrangères, souligne le renforcement des liens entre la France et la Suisse, à la faveur de cette collaboration.

«La France, poursuit Livio Zanolari, est un partenaire extrêmement important pour nous. Ce pays joue en effet un rôle majeur sur la scène internationale».

Une opportunité diplomatique

Le porte-parole souligne une autre retombée positive du sommet. «La plupart de nos ministres vont avoir des échanges bilatéraux avec les représentants des pays invités par le G8», précise Livio Zanolari.

De son côté, le président de la Confédération compte plaider la cause du sommet mondial de l'information qui se tient en décembre à Genève.

Pascal Couchepin le fera lors du sommet élargi qui se tient le premier jour du G8 à Evian.

Quant aux commerçants de Lausanne et de Genève, ils clouent les dernières planches qui protégeront leurs échoppes des éventuels casseurs.


swissinfo, Frédéric Burnand, Genève

En bref

- La première réunion des pays les plus industrialisés de la planète date de 1975. Elle s'est tenue en France à Rambouillet.

- La première grande manifestation anti-G8 remonte à 1998. Elle s'est tenue lors du sommet de Birmingham en Grande-Bretagne. 80 000 personnes ont défilé pour demander l'annulation de la dette des pays pauvres.

- Le sommet d'Evian réunit les présidents ou chefs de gouvernement de France, de Grande-Bretagne, d'Allemagne, d'Italie, du Japon, du Canada, des Etats-Unis et de la Russie.

- La France a également invité les membres du NEPAD (Egypte, Algérie, Nigeria, Afrique du Sud et Sénégal).

- Huit autres pays sont également de la partie (Mexique, Chine, Brésil, Suisse, Malaisie, Inde, Arabie saoudite et Maroc.

- Ces 21 pays produisent 80% de la richesse mondiale et abritent 80% de la population mondiale.

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