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Pour la presse suisse, Berne a capitulé à Tripoli

La presse suisse n'est pas très tendre avec le président de la Confédération. swissinfo.ch

«Merz à genoux devant Kadhafi», «Merz s'emballe en Libye», «A genoux dans le désert», «Des excuses qui font mal». Les titres de la presse helvétique sont parfois impitoyables au lendemain du voyage éclair du président de la Confédération Hans-Rudolf Merz à Tripoli.

Ce contenu a été publié le 21 août 2009 - 09:49

Un «bilan désastreux», commentent 24 Heures et La Tribune de Genève: «depuis l'arrestation du voyou libyen, deux victimes ont retiré leur plainte (pour maltraitance, Ndlr) en échange de rien; deux autres parfaits innocents ont été privés de liberté; notre Etat de droit a fini par être bafoué; un tribunal adoubé par un régime qui méprise la justice va juger la nôtre; et des entreprises suisses ont perdu des contrats. Cela fait beaucoup.»

Capitulation

Ce qui fait «très mal», pour Le Matin, c'est que le président de la Confédération, qui «s'est couché sur tous les points (...), n'a même pas rencontré le colonel Kadhafi». Mais ce qui fait «le plus mal», c'est la faiblesse de ce tout petit pays qui, «même quand il a raison, doit courber l'échine». Tout serait différent si M. Merz était revenu en Suisse avec les otages...

Douze mois après avoir balayé la demande d'excuse de la famille Kadhafi, «la Suisse capitule», relève Le Temps. Pire: «elle est contrainte d'accepter qu'un tribunal arbitral neutre juge l'affaire sur le fonds, une perspective que les diplomates ont longtemps combattue».

Pour le quotidien lémanique, non seulement la Suisse paie le «tarif maximal» pour rétablir ses relations économiques avec la Libye, mais elle a pris «la mesure de son impuissance».

Au Tessin, La Regione s'insurge sur le fait que M. Merz a concédé, «le chapeau à la main, que l'arrestation du fils de ce dirigeant étranger avait été disproportionnée et inutile. Ce n'était pas à lui de le dire, un conseiller fédéral n'a pas le pouvoir de juger une opération policière cantonale».

Selon le Blick, ce qui reste «mystérieux, c'est ce se trouve derrière le paiement de cette indulgence». Ou si la Confédération a versé de l'argent, rappelant que Kadhafi avait réclamé un demi-million de francs pour laver l'honneur de son fils et de sa belle-fille.

Entre couleuvre et crapaud

«Pauvre Monsieur Merz!» s'exclame La Liberté, contraint pour sauver le pays à «la cérémonie castratrice du secret bancaire mercredi à Washington» suivie du «voyage à Tripoli-sur-Canossa hier».

«Les deux otages suisses seront bientôt libres, la sève commerciale va recommencer à circuler entre les deux pays, la hache de guerre est enterrée dans le sable du désert et Me Charles Poncet encaissera ses honoraires d'avocat-conseil de l'Etat libyen», écrit le quotidien fribourgeois. Tout est bien qui finit bien? Réponse: «le 'succès' de M. Merz a le goût d'une couleuvre crevée avalée en se bouchant le nez». Et le commentateur fribourgeois de conclure sur une autre question: «Face à l'irrationalité libyenne, M. Merz avait-il un autre choix?»

La Basler Zeitung, elle, a choisi l'image du crapaud que les deux pèlerins de Tripoli ont dû avaler. Mais elle fini par «saluer la fin de la dispute» dans l'intérêt de l'Etat et des deux hommes d'affaires retenus en otage».

Mais, comme d'autres, le journal bâlois se demande si le colonel libyen se serait montré aussi brutal si la Suisse était membre de l'Union européenne. Réponse: tout cela «semble être le prix de l''Alleingang' (la voie solitaire).»

Un choix pragmatique

Du reste, plusieurs journaux alémaniques se montrent moins sévères, à l'image de la Berner Zeitung qui estime que «le conseiller fédéral Merz la choisie avec pragmatisme la bonne voie».

Dans ce concert plus ou moins vitriolé, la Neue Zürcher Zeitung (proche du parti radical-libéral de M. Merz) vole au secours du Président de la Confédération. «Certes la pilule est amère (...), mais elle était indispensable pour obtenir la libération de deux Suisses retenus en otage depuis un an.»

Et d'égratigner au passage Micheline Calmy-Rey, la ministre des Affaires étrangères, pour qui des excuses étaient «hors de question». Pour la NZZ, c'est le résultat qui compte... et «Kadhafi ne parle qu'une langue» pour laver l'honneur du prince du désert.

Isabelle Eichenberger, swissinfo.ch

Un an de crise

Hannibal. La crise entre la Suisse et la Libye a éclaté après l'arrestation d'Hannibal Kadhafi et de son épouse Aline le 15 juillet 2008 dans un hôtel de Genève.

Maltraitance. La procédure pénale à l'encontre du couple a été classée en septembre 2008 suite au retrait des plaintes des deux domestiques qui les accusaient de maltraitance.

Plainte. Début avril dernier, la Libye a déposé une plainte civile contre l'Etat de Genève. Elle estime que la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires a été violée et que la caution fixée pour la libération des époux Kadhafi était trop importante.

Représailles. En guise de représailles, deux hommes d'affaires suisses sont retenus depuis plus d'un an en Libye. Les liaisons aériennes avec Tripoli sont toujours coupées et la quasi totalité des avoirs libyens en Suisse ont été retirés.

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