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Les souffrances de Gaza enflamment le monde arabe

Les protestations (ici en Jordanie) sont dirigées contre Israël, les Etats-Unis et les pays occidentaux. Reuters

Au septième jour de l'opération israélienne dans la bande de Gaza, le Hamas a appelé les Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-est à une «journée de colère» vendredi. Une colère perceptible dans tout le monde arabe, selon la journaliste suisse Karin Wenger.

Ce contenu a été publié le 02 janvier 2009 - 11:25

Basée en Syrie, à Damas plus précisément, Karin Wenger est correspondante au Moyen-Orient pour plusieurs journaux helvétiques. Elle se rend régulièrement dans la bande de Gaza, soumise depuis le 26 décembre à une offensive aérienne israélienne.

Vendredi a été proclamé «journée de colère» par le Hamas, dont un dirigeant de premier plan, Nizar Rayan, a été tué jeudi. Des milliers de Palestiniens ont répondu à l'appel du mouvement islamiste, manifestant à Ramallah, siège de l'Autorité palestinienne en Cisjordanie.

Craignant les débordements, l'armée israélienne a annoncé le bouclage total pendant 24 heures de la région. La police a été déployée en force, en particulier à Jérusalem.

swissinfo: Les frappes aériennes israéliennes ont suscité des manifestations dans tous les pays arabes. Dans quelle mesure celles-ci reflètent-elles le sentiment de la population?

Karin Wenger : Ici en Syrie, plusieurs manifestations de protestation ont eu lieu, organisées par des groupes différents. Mais il est important de souligner que ceux qui protestent ne sont de loin pas les seuls à être en colère.

Il suffit de parler à n'importe qui dans la rue pour retrouver les mêmes réactions de colère et de frustration à propos du manque de réaction du monde occidental ou de la rhétorique selon laquelle Israël ne fait que se défendre.

La question n'est donc pas de savoir quelle ampleur ont les manifestations. Dans les faits, tout le monde est en colère face à cette situation.

swissinfo: Quel ton les médias arabes utilisent-ils pour parler des bombardements israéliens?

K.W. : Le sujet est bien sûr abordé du point de vue arabe et une large place est faite aux manifestations anti-israéliennes, qui sont très fréquentes dans le monde arabe. Les chaînes arabes diffusent de nombreuses images provenant de l'intérieur de Gaza, où on voit les bâtiments détruits et les morts et les blessés. Autant de scènes pénibles auxquelles nous [en Europe] sommes moins exposés alors même qu'il s'agit d'un aspect du conflit.

swissinfo: La colère exprimée dans le monde arabe est-elle dirigée uniquement contre Israël ou l'est-elle aussi contre le Hamas?

K.W.: Je n'ai entendu personne exprimer du ressentiment à l'égard du Hamas. La colère est plutôt concentrée sur Israël et les pays occidentaux. Au sein de la population, le soutien au Hamas est très fort, ce qui n'est pas le cas au niveau gouvernemental. L'Egypte et la Syrie ont en effet plutôt tendance à marginaliser le Hamas.

Un ressentiment contre l'Egypte est également perceptible car Le Caire n'a pas réellement ouvert ses frontières avec Gaza, permettant seulement le passage de quelques blessés et de camions chargés de matériel humanitaire. L'Egypte est vue comme une marionnette des Etats-Unis, agissant sous pression. Au Yémen, l'ambassade égyptienne a par exemple été prise d'assaut mercredi.

swissinfo: Vous avez passé une semaine à Gaza peu avant l'offensive israélienne. Quelle y était alors l'atmosphère?

K.W. : Ce que j'ai pu constater sur place était d'abord le contrôle absolu du Hamas sur la bande de Gaza. Israël s'illusionne complètement en pensant pouvoir éradiquer ce mouvement. Le Hamas contrôle cette zone avec une main de fer. Il a très clairement fait comprendre que quiconque s'opposerait à lui sera puni. Ainsi, l'aide qui lui est distribuée va uniquement à ses partisans.

J'ai aussi pu constater que la population a très peur. De manière générale, il est vrai que le soutien au Hamas est encore très fort, mais cela s'explique en partie par le fait qu'il n'existe pas d'alternative dans la bande de Gaza.

swissinfo: Quelles sont les chances de voir aboutir un cessez-le-feu avec le Hamas négocié par l'Egypte?

K.W. : Les Egyptiens ont négocié le cessez-le-feu qui a été violé. Tout est donc à reprendre car les hostilités devront bien prendre fin un jour. Israël ne parviendra pas à faire cesser les tirs de roquettes au moyen d'une invasion militaire massive. Ce sont des armes faciles à dissimuler et il y en a trop dans la bande de Gaza pour parvenir à les éliminer toutes.

Quant au Hamas, il estime qu'il n'a rien gagné durant le dernier cessez-le-feu de six mois. Les frontières n'ont pas été ouvertes et l'aide humanitaire a diminué au lieu d'augmenter. Ils ne signeront un nouveau cessez-le-feu que s'ils obtiennent quelque chose en échange, comme par exemple un accord sur l'ouverture des frontières, au moins à Rafah, afin de permettre le passage des habitants et des biens.

(Traduction de l'anglais: Carole Wälti)

Situation à Gaza

Plus de 400 Palestiniens ont été tués et près de 2000 blessés depuis le déclenchement de l'opération israélienne le 27 décembre dernier, selon des sources médicales palestiniennes.

Selon une agence de l'ONU, un quart des victimes sont des civils, dont des femmes et des enfants.

Côté israélien, les récents tirs de roquettte depuis Gaza ont fait quatre morts, dont un soldat, et plusieurs dizaines de blessés.

Près de 6500 tonnes d'aide humanitaire, consistant en aliments et médicaments, sont parvenues dans la bande de Gaza depuis le déclenchement de l'offensive.

Les hôpitaux sont surpeuplés et peinent à faire face à l'arrivée de nouveaux blessés.

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Blocus renforcé

La bande de Gaza est soumise à un blocus israélien depuis la prise de pouvoir des islamistes du Hamas en juin 2007.

Cette étroite bande de terre qui possède des frontières avec l'Egypte et Israël est un des territoires les plus densément peuplés au monde. Près de 1,5 million de Palestiniens y vivent.

Imposé depuis novembre 2008 en raison d'un regain de violences, le bouclage total de la bande de Gaza y a entraîné une détérioration de la situation humanitaire.

A mi-novembre, la Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme Navi Pillay a appelé Israël à mettre fin au blocus, dénonçant une violation du droit humanitaire.

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