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Les États-Unis et la Russie discutent à Genève sur fond de tensions en lien avec l’Ukraine

La tension entre les États-Unis et la Russie s’est encore accrue lorsque Moscou a envoyé des troupes pour soutenir le gouvernement autocratique du Kazakhstan, qui fait face à une vague de manifestations. Russian Defense Ministry Press Service

La secrétaire d’État adjointe américaine Wendy Sherman et le vice-ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Riabkov se rencontrent aujourd’hui à Genève. Les demandes formulées par les deux camps paraissent incompatibles. Qu’attendre de cette rencontre?

Ce contenu a été publié le 10 janvier 2022 - 16:45

Cette rencontre marque la troisième étape des pourparlers bilatéraux entre les États-Unis et la Russie à Genève depuis que le président américain Joe Biden et son homologue russe Vladimir Poutine s’y sont rencontrés lors d’un sommet très médiatisé en juin dernier. La délégation américaine est menée par la secrétaire d’État adjointe Wendy Sherman. Du côté russe, c’est un autre diplomate chevronné, Sergueï Riabkov, vice-ministre des Affaires étrangères, qui est en charge.

«Le sommet de 1985 entre le président américain Ronald Reagan et le dirigeant de l’Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev à Genève a marqué la fin de la Guerre froide. On peut espérer que les prochaines discussions entre les États-Unis et la Russie à Genève seront aussi importantes», confie Emilia Nazarenko, une journaliste ukrainienne basée à Genève. Le processus risque toutefois d’être long.

Les espoirs de résultats dans les deux camps restent faibles. Les États-Unis ont appelé Moscou à désamorcer la situation en Ukraine, tandis que la Russie a affirmé qu’elle ne ferait «aucune concession». Un porte-parole du gouvernement américain a déclaré à la presse qu’aucun engagement ferme ne serait pris lors de ces discussions, qui bien que «sérieuses et concrètes», resteront de nature exploratoire.

Les pourparlers de Genève seront suivis d’une réunion Russie-OTAN à Bruxelles mercredi et d’une réunion à Vienne jeudi de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont l’Ukraine est également membre.

Bras de fer

La Russie, qui a déployé près de 100’000 soldats à proximité de sa frontière avec l’Ukraine, affirme qu’elle ne prépare pas une invasion mais souhaite que l’Occident abandonne son soutien au gouvernement ukrainien et interrompe l’expansion de l’OTAN vers l’est.

Certaines des demandes de Moscou ont déjà été rejetées par Washington, qui les considère comme irrecevables. Le président américain Joe Biden a réaffirmé, lors d’un appel téléphonique avec Vladimir Poutine la semaine dernière, que les États-Unis et leurs alliés européens imposeraient des sanctions sans précédent si la Russie venait à envahir l’Ukraine. Vladimir Poutine a rétorqué que de telles sanctions pourraient conduire à une «rupture totale des échanges».

Laurent Goetschel, directeur de l’institut bâlois de promotion de la paix Swisspeace, souligne que bien qu’il soit difficile de prédire l’issue des pourparlers de Genève, il reste néanmoins très important que de tels échanges aient lieu, particulièrement en face à face. Ces rencontres s’inscrivent dans le cadre du Dialogue stratégique de stabilité (DSS) américano-russe lancé après le sommet de Genève entre Joe Biden et Vladimir Poutine. «Il est important que ces rencontres aient lieu, car elles envoient un message au reste du monde, mais aussi à l’intérieur des pays concernés», explique Laurent Goetschel. «Avoir un format d’interaction, qui n’est pas un format de crise imminente mais un échange plus ou moins régulier, est très important pour apaiser une situation et instaurer un certain niveau de confiance.»

Emilia Nazarenko, qui écrit pour plusieurs médias en langue russe et est accréditée auprès de l’ONU à Genève, partage cet avis. «On peut se consoler en se disant qu’au moins il y a un dialogue, des rencontres et des négociations. Mieux vaut une hostilité passive sans victimes que des hostilités actives et des morts.»

Selon elle, et si l’on se fie aux spécialistes des affaires militaires en Occident, le nombre actuel de troupes russes à la frontière ukrainienne est insuffisant pour une invasion à grande échelle. C’est pourtant ce que craignent les amis et les parents de la journaliste en Ukraine, de même que les autorités du pays. Elle espère que la Russie ne fait que se servir de «l’Ukraine comme tremplin pour affronter l’Occident».

Il est bien sûr possible que la Russie envahisse l’Ukraine, estime Laurent Goetschel. Mais il pense plus probable que «certaines inquiétudes et menaces sont communiquées, mais qu’en réalité l’objectif premier n’est pas de préparer une invasion de l’Ukraine, mais d’obtenir certaines concessions sur le plan politique et diplomatique de la part de l’Occident».

Rôle de la Suisse

Contrairement au sommet entre Vladimir Poutine et Joe Biden, lors duquel le président suisse a joué le rôle d’hôte et les invités ont été accueillis dans des locaux suisses, la rencontre de lundi se déroule à la mission diplomatique des États-Unis à Genève. Néanmoins, selon Emilia Nazarenko, «la neutralité de la Suisse, sa longue expérience dans l’organisation et la conduite de négociations au sommet, sa diplomatie multilatérale et la présence du siège européen de l’ONU à Genève» sont des facteurs importants dans le choix du lieu.

«Joe Biden et Vladimir Poutine se sont rencontrés à Genève, alors bien sûr, cela souligne la continuité de ces rencontres lorsqu’elles ont lieu au même endroit», ajoute Laurent Goetschel. «Mais on peut aussi dire que, en termes de traditions Est-Ouest et si l’on se réfère à la Guerre froide, la Suisse et Genève ont été le théâtre de nombreux échanges importants.»

Emilia Nazarenko note encore qu’une conférence sur les réformes concernant l’UkraineLien externe se tiendra à Lugano, dans le sud de la Suisse, en juillet 2022. «J’espère que d’ici là, le danger de la guerre se sera définitivement dissipé pour l’Ukraine, qui souffre depuis si longtemps.»

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