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L'Afrique de l'Est face à une terrible crise alimentaire

Les déplacés somaliens vivent dans des conditions d'extrême précarité. Keystone

La sécheresse, conjuguée aux problèmes économiques et politiques, menace plus de dix millions de personnes dans la Corne de l’Afrique. La situation est critique autour des camps de réfugiés de Dadaab, au Kenya, comme le confirme un humanitaire suisse sur place.

Ce contenu a été publié le 15 juillet 2011 - 13:15
swissinfo.ch

«C’est une situation vraiment désespérée, la communauté internationale doit en prendre conscience». Le cri d'alarme lancé en début de semaine par Antonio Guterres, Haut-commissaire aux réfugiés pour l’ONU, est à la hauteur de la tragédie qui se joue actuellement dans la Corne de l’Afrique. Frappée doublement par la guerre et la sécheresse, la pire de ces 60 dernières années, la Somalie en particulier est le théâtre d’une crise alimentaire d’une ampleur sans précédent.

Au cours du seul mois de juin, le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) estime que 54'000 Somaliens ont fui leur pays en raison de la sécheresse et des violences. Les camps de réfugiés de Dadaab, à l’est du Kenya, où s’entassent déjà près de 400'000 réfugiés, voient affluer quotidiennement près de 1400 personnes, la plupart dans un état avancé de malnutrition. Des centaines d’autres, trop faibles pour supporter ce long périple, meurent en chemin, ou se retrouvent coincées dans les villes frontières somaliennes.  

Tout comme les autres humanitaires présents sur place, Antoine Froidevaux, coordinateur de la section suisse de Médecins sans frontières à Dagahaley, l’un des trois camps de Dadaab qui forment le plus grand camp de réfugiés au monde, est extrêmement inquiet de la tournure prise par cette crise humanitaire majeure.  

swissinfo.ch: A quelle situation devez-vous faire face dans et autour des camps de réfugiés de Dadaab?

Antoine Froidevaux: Depuis novembre 2010, plus de 80'000 réfugiés somaliens sont arrivés dans les camps déjà surchargés de Dadaab. Les trois camps étaient prévus pour accueillir 90'000 personnes, il y en a aujourd’hui plus de 400'000. Nous avions déjà commencé à tirer la sonnette d’alarme en début d’année, mais les médias ont mis du temps à s’intéresser à cette catastrophe.

Les nouveaux arrivants sont contraints de s’installer dans des abris de fortune, loin des structures existantes, avec un accès limité à l’eau et à la nourriture et dans de mauvaises conditions d’hygiène. La réponse des acteurs présents sur place a été lente à se mettre en place. Au mois de juin, tout le monde a été pris de court par l’arrivée de 40'000 nouveaux réfugiés, alors qu’ils étaient jusque-là 10'000 par mois. La situation se détériore de jour en jour. Nous espérons vivement que les bonnes intentions et les déclarations des derniers jours se concrétisent rapidement.

swissinfo.ch: Sait-on combien de réfugiés somaliens périssent avant d’atteindre les camps de Dadaab?

A.F.: Il est impossible de fournir une estimation chiffrée. D’après les témoignages que nous récoltons, les Somaliens ayant franchi la frontière ces derniers jours se trouvent dans un état très préoccupant. De plus, un goulet d’étranglement s’est formé dans certaines villes frontières de Somalie. Les réfugiés n’ont plus les moyens d’organiser des transports et la plupart des personnes sont contraintes de venir à pied à Dadaab. Des problèmes de sécurité les empêchent également de passer la frontière. Cela concerne plusieurs milliers de personnes et leur situation est très inquiétante.

swissinfo.ch: Qu’en est-il de l’état de santé des nouveaux arrivants?

A.F.: A la mi-juin, nous avons procédé à une évaluation nutritionnelle rapide dans les campements improvisés. Les résultats sont alarmants. Sur les 500 enfants entre six mois et cinq ans qui ont été pesés, 37,7% d’entre eux souffraient de malnutrition aigüe globale, dont 17,5% étaient sévèrement atteints avec un risque élevé de décès.

swissinfo.ch: Quelles sont vos priorités et celles des autres humanitaires présents à Dadaab?

A.F.: A une large échelle, la priorité est l’ouverture de deux nouveaux camps afin d’absorber les dizaines de milliers de nouveaux arrivants. Au sein des organismes gouvernementaux kényans, certains tentent de freiner l’ouverture de ces camps, estimant que la barque est pleine et arguant que cela entraînerait un afflux encore plus massif de réfugiés. Le Premier ministre kényan est venu récemment visiter les camps, nous espérons que cela soit un signe positif et que l’ouverture de ces camps se fasse le plus rapidement possible.

Le forage de nouveaux puits est une autre grande priorité. Cela permettra de relier les personnes vivant en périphérie des camps au système de distribution d’eau. Les problèmes bureaucratiques posent également problème. Jusqu’au mois de juin, les réfugiés devaient attendre jusqu’à 40 jours avant d’être officiellement enregistrés par le HCR et recevoir une carte donnant droit à des distributions de nourriture régulières. Ce processus a été écourté, mais il reste encore très chaotique.

swissinfo.ch: Avez-vous le sentiment que la communauté internationale a vraiment pris la mesure de la catastrophe?

A.F.: La mobilisation est là et les principaux acteurs internationaux ont promis de débloquer les fonds. Il reste désormais à concrétiser ces engagements. Beaucoup de moyens doivent être mis en œuvre pour faciliter le processus d’enregistrement des réfugiés, et cela prend du temps.

swissinfo.ch: Craignez-vous un afflux encore plus massif de réfugiés dans les mois à venir?

A.F.: 1400 personnes arrivent chaque jour à Dadaab. Nous partons du principe que ce chiffre ne va pas diminuer jusqu’à la fin de l’année. Tous les acteurs doivent prendre conscience que les choses ne vont pas se calmer.

Beaucoup d’attention est portée sur les camps, mais c’est toute la Corne de l’Afrique qui est frappée par la sécheresse. Nous sommes extrêmement inquiets pour la survie de toutes les populations  touchées en Somalie, en Ethiopie et au Kenya. Contrairement aux réfugiés, elles ont la chance d’être libres, mais elles n’ont pas accès à l’aide alimentaire, à l’eau et aux soins. Comme d’autres organisations internationales, nous allons lancer des missions exploratoires dans la région pour mieux connaître les besoins de ces populations.

Crise majeure

La pire sécheresse depuis 60 ans qui touche Djibouti, l’Ethiopie, le Kenya et la Somalie menace près de 10 millions de personnes dans la région. La Somalie est le pays le plus touché, avec près de 3 millions de personnes qui ont besoin d’une aide humanitaire.

Plus de 135'000 Somaliens ont fui leur pays depuis le début de l’année, créant une «tragédie humaine inimaginable», selon l’ONU. Au total, 1,5 million de Somaliens ont été déplacés ces dernières années. Privés de leurs moyens de subsistances et vivant dans des conditions extrêmes, ils sont particulièrement vulnérables.

A la sécheresse et autres désastres climatiques s'ajoute la guerre civile depuis le départ du président Mohamed Siad Barre en 1991, qui font de la Somalie l'un des pays du monde les plus affectés par les crises humanitaires.

Le Fonds Nations Unies pour l’enfance (Unicef) estime que plus de deux millions d’enfants sont mal nourris dans la région, dont environ 500'000 sont «en danger de mort». Une «situation sans précédent», d’après l’ONU.   

A Dadaab, au Kenya, le plus grand camp de réfugiés au monde prévu pour 90'000 personnes mais qui en abrite déjà 400'000, des dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de planter leur tente à l’extérieur du gigantesque complexe et vivent dans des conditions extrêmement précaires.

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