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Blanchi, Dominique de Villepin songe à 2012

L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin (premier rang) dans l'attente du verdict. AFP

L’ancien Premier ministre français a été relaxé au procès Clearstream. Vers un duel à droite en 2012? Deux Suisses commentent cette confrontation politico-judiciaire: Frank Melloul, proche de Dominique de Villepin, et Vincent Philippe, journaliste et écrivain.

Ce contenu a été publié le 29 janvier 2010 - 08:58

Une page d’histoire se tourne. Dominique de Villepin a été relaxé dans le procès Clearstream, la plus retentissante affaire politico-financière des années 2000 en France. Mais une autre s’ouvre. Blanchi, l’ancien Premier ministre est bien décidé à poursuivre son combat politique. Et à défier son vieux rival, Nicolas Sarkozy.

Sourire radieux, le visage peut-être plus creusé que d’habitude, Dominique de Villepin a salué «le courage du tribunal qui a su faire triompher la justice et le droit sur la politique (…). Je n'ai aucune rancœur, aucune. J'ai été blessé par l'image que l'on a voulu donner de la politique, de l'engagement qui a été le mien pendant trente ans, et c'est vers l'avenir que je veux me tourner pour servir les Français.»

Dans son réquisitoire, le procureur de Paris avait réclamé 18 mois de prison avec sursis pour «complicité de dénonciation calomnieuse». Dominique de Villepin était accusé d'avoir cherché à instrumentaliser politiquement une sombre affaire de faux listings bancaires, où apparaissait notamment le nom de Nicolas Sarkozy, son rival d'alors. Les juges n'ont pas suivi le procureur. Ils ont considéré que Dominique de Villepin ne savait pas que les listings étaient faux.

«C’est une bonne nouvelle pour la justice française, estime le Franco-Suisse Frank Melloul, ancien porte-parole de Dominique de Villepin à Matignon. Le procès avait été instrumentalisé par la politique (Nicolas Sarkozy était partie civile, ndlr). Les juges ont ainsi prouvé leur indépendance.»

«Club Villepin»

Nicolas Sarkozy ne fera pas appel. Judiciairement, l'affaire est close. Politiquement, elle commence. Dominique de Villepin voit tout le parti qu'il peut tirer de cette relaxe. Depuis quelques mois, il a délaissé ses ouvrages sur Napoléon pour sillonner la France. Il a créé son «club Villepin», ébauche de parti politique. Et se voit désormais en seul véritable opposant du Président de la République, lui qui a su l’affronter sur le terrain judiciaire.

Officiellement, il n’est pas encore candidat à l’élection présidentielle de 2012. Mais tous ses proches le disent prêt à partir au combat. «Ses chances de constituer une véritable alternative à droite me semblent minces, note le journaliste et écrivain suisse Vincent Philippe, observateur attentif de la vie politique et de la société française. Villepin est d'abord une créature de Jacques Chirac.» C'est l'ancien président qui l’avait nommé secrétaire général de l'Élysée en 1995, puis Premier ministre en 2005.

Dominique de Villepin, rappelle Vincent Philippe, n'a jamais été élu au suffrage universel. Il n'a aucune assise locale. «Mais Pompidou lui non plus n'avait jamais été élu, ce qui ne l'a pas empêché de devenir Premier ministre, puis président.»

Donc, pas de pronostic hâtif. Juste quelques remarques. D’abord, si Villepin se présente, ce qui paraît assez probable, «il peut affaiblir Sarkozy en lui ôtant des voix à droite et au centre», note Vincent Philippe, ancien correspondant à Paris de la Tribune de Genève et de 24 Heures.

Pas une menace

Combien «pèse» Dominique de Villepin? Les derniers sondages le situent à 8% d'opinions favorables. C'est trop peu pour prétendre rivaliser avec le Président. Mais c'est assez pour constituer une menace.

«Les duels à droite sont une vieille tradition française», rappelle Vincent Philippe. Les règlements de comptes au second tour de la présidentielle aussi. En 1981, Chirac se ralliait du bout des lèvres à Valéry Giscard d'Estaing, une aubaine pour François Mitterrand.

Franck Melloul, natif de Fribourg et qui a passé six ans au service de Villepin, veut encore croire au rassemblement. «Dominique de Villepin a bien précisé qu’il gardait la main ouverte. Soit la majorité accepte cette main, et alors la droite sera unie lors des prochaines échéances. Soit elle la rejette et Villepin, fort de sa relaxe, aura toute légitimité pour être candidat en 2012.»

L'auteur du célèbre discours à l'ONU contre l'invasion de l'Irak n'est pas un diviseur, insiste Frank Melloul. Au contraire: «en 1998, c'est Villepin qui a remis Nicolas Sarkozy dans le jeu politique. En 2001, c'est encore lui qui l’a soutenu auprès de Chirac. Et en 2005, il a cédé à Sarkozy son poste de ministre de l'Intérieur, pour faire prévaloir le rassemblement. On va voir aujourd'hui si Sarkozy fait preuve du même esprit.»

Mathieu van Berchem, Paris, swissinfo.ch

CLUB VILLEPIN

Le site internet de Dominique de Villepin a momentanément «explosé» jeudi après l'annonce de la relaxe de l'ancien Premier ministre en raison de l'affluence d'internautes, a annoncé la présidente du club, Brigitte Girardin.

«Il était totalement saturé avec plus de 1000 connexions à la minute. Il est rétabli mais ça ne marche pas très bien. Le serveur ne peut plus tout absorber», a indiqué l'ancienne ministre de Jacques Chirac.

«Nous avons actuellement 300 adhésions sur le réseau social villepin.com par heure», a-t-elle ajouté en soulignant que «plein de gens veulent adhérer mais n'y arrivent pas». Selon Brigitte Girardin, le Club Villepin compte déjà 8000 adhérents.

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PRISON FERME

L'affaire Clearstream est une vaste histoire de manipulation dans laquelle des listings bancaires ont été falsifiés et transmis à un juge afin de faire croire que plusieurs personnalités, dont Nicolas Sarkozy, détenaient des comptes occultes à l'étranger.

L'ancien vice-président du groupe aéronautique EADS, Jean-Louis Gergorin, qui a transmis des fichiers falsifiés à la justice, a été déclaré coupable de dénonciation calomnieuse, d'usage de faux et de recel d'abus de confiance. Il est condamné à trois ans de prison, dont 15 mois ferme.

Le mathématicien Imad Lahoud a été déclaré coupable de complicité de dénonciation calomnieuse, de faux et d'usage de faux et de recels d'abus de confiance. Il devra purger une peine de trois ans de prison dont 18 mois ferme.

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