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10 ans après la tuerie, Zoug entre sécurité et liberté

Un garde armé surveille l'une des entrées du Conseil national au Parlement fédéral. Keystone

10 ans après les meurtres de Zoug, les élus suisses sont protégés de manière plus professionnelle qu’auparavant. Ministres et parlementaires jouissent pourtant toujours de grandes libertés. Quel niveau de sécurité la société suisse doit-elle développer et tolérer?

Ce contenu a été publié le 20 septembre 2011 - 06:00
swissinfo.ch

Heinz Tännler, directeur du Département des Travaux publics, ne doit qu’au hasard d’avoir survécu à ce tristement célèbre jeudi 27 septembre 2001. Il siégeait dans les derniers rangs du parlement cantonal de Zoug quand un forcené a ouvert le feu. C’est là, derrière son pupitre, qu’il a passé les quatre plus longues minutes de sa vie.

En tant que directeur du Département des Travaux publics, le conseiller d’Etat est aujourd’hui responsable du service de sécurité créé après la mise en œuvre des premières actions d’urgence. Après ce jeudi noir, un groupe de travail a en effet été formé et a proposé des mesures: «Il s’agit en particulier de mesures d’aménagement, de la mise en place d’une zone de sécurité ainsi que d’une formation obligatoire du personnel de l’administration cantonale.»

La Confédération a également réagi rapidement

Hans Peter Gerschwiler, secrétaire-général adjoint de l'Assemblée fédérale et l’un des responsables de la sécurité du Parlement, était au Palais  lorsqu’il a appris la tuerie de Zoug. «Nous étions naturellement très choqués», se souvient-il. Il souligne que la Confédération a réagi de manière rapide et non bureaucratique à cet événement survenu peu après les attentats du 11 septembre aux États-Unis. Le parlement était d’ailleurs en session à ce moment-là. On pouvait craindre que le Palais soit choisi comme cible.

«En un week-end, nous avons immédiatement renforcé nos mesures de sécurité», rapporte Hans Peter Gerschwiler. Une telle réaction dans un délai si court a été possible par le fait qu’il a suffi de sortir d’un tiroir une procédure déjà élaborée, prête à être mise en œuvre, et parce que, en termes de personnel, les réserves du corps de surveillance étaient disponibles. En raison des incidents croissants de plus en plus nombreux, on avait en effet déjà réfléchi au remaniement des principes de sécurité depuis environ une année.

«L’événement qui avait fait le plus de bruit date de décembre 2000, lorsque, lors d’une visite guidée officielle, des Kurdes ont retenu un groupe dans la salle du Conseil des Etats qu’ils ont occupée afin de faire connaître leurs revendications», se souvient Hans Peter Gerschwiler.

Par la suite, les visiteurs ont été  soumis à un contrôle aussi draconien que dans un aéroport pour pallier le «folklore» qui était de mise jusqu’alors, comme le rapportait L’Hebdo: il suffisait à l’époque de donner un nom si l’on désirait pénétrer dans le Palais fédéral. Hans Peter Gerschwiler confirme que «les visiteurs n’étaient pas identifiés, ni même contrôlés de quelque manière que ce soit» lorsqu’ils entraient. Ils pouvaient se «montrer agressifs ou faire n’importe quoi une fois à l’intérieur». 

 «Intervention modérée»

Tout ceci n’est bien entendu plus possible de nos jours, où quiconque n’est pas accrédité et identifié au moyen d’un badge électronique doit passer les contrôles. Les agents de sécurité, désormais professionnels, sont en outre armés depuis plusieurs années.

Le professeur émérite de politique de sécurité et de polémologie Kurt Spillmann, a dû se soumettre à ce contrôle il y a quelques mois, alors qu’il était invité dans les bâtiments du Parlement. «Ces mesures ne me gênent en aucun cas, dit-il, car je trouve qu’elles ont – malheureusement – tout leur sens de nos jours».

La question reste toujours de savoir jusqu’où l’on peut restreindre les libertés personnelles pour le bien de l’ensemble de la société. Pour Kurt Spillmann, «la liberté réside en un contrat tacite de la société visant à dire: tu me laisses ma liberté, je te laisse la tienne». Et l’expert est convaincu que, dans ce domaine, la Suisse préserve une liberté relativement grande: «Si on compare ces mesures avec les dispositions mises en place face à l’immigration ou encore aux dispositifs américains, on est encore très, très modérés en Suisse dans la restriction de la liberté de mouvement des individus».

 Magistrats en danger?

Kurt Spillmann constate que, d’un point de vue mondial, la tendance est plutôt à la hausse dans le domaine des attaques contre des personnalités publiques. Dans ce contexte, les Suisses sont plutôt fiers que l’on puisse toujours rencontrer un ministre ou un parlementaire sur une terrasse, au restaurant ou encore dans le tram, sans qu’ils soient entourés d’une armada de gorilles.

Des ajustements ont malgré tout été opérés depuis le tragique événement de Zoug, comme l’écrit le Service fédéral de sécurité à propos de la sécurité des magistrats: «Les mesures de sécurité sont constamment révisées et adaptées au gré des circonstances et des incidents».

La discrétion tient d’ailleurs la première place dans ce dispositif. C’est pourquoi l’Office fédéral de la police ne fournit aucun renseignement précis sur ses actions de protection.

 La zone grise d’internet

Kurt Spillmann note qu’il n’y a eu, comparativement, que peu d’alertes sur Internet. Pourtant, après l’atrocité commise en Norvège, où le tueur Anders Breivik avait diffusé son manifeste sur le web, cette forme de terrorisme retient de nouveau l’attention.

Le professeur juge légitime que l’on passe à la loupe «les organisations extrémistes aux intentions destructrices qui évoluent en marge de la société aussi bien à gauche qu’à droite, afin de prévenir des drames».

Hans Peter Gerschwiler, le responsable de la sécurité à l’Assemblée fédérale, a révisé les mesures de sécurité au sein du Parlement après l’événement norvégien. Celles-ci correspondraient ainsi désormais aux besoins actuels.

Néanmoins, le fonctionnaire, qui rencontre régulièrement des collègues travaillant pour les parlements d’autres pays, considère que les normes en vigueur en Suisse s’inscrivent dans un «système très libéral».

L’automne des catastrophes 2001

11 septembre: les attentats meurtriers aux Etats-Unis commis au moyen de trois avions ont causé un bain de sang et le chaos. Près de 3000 personnes ont perdu la vie à New York et Washington, ainsi que dans le crash d’un quatrième avion détourné.

27 septembre: un tireur tue 14 personnes dans le parlement du canton de Zoug avant de se donner la mort.

24 octobre: 11 personnes périssent dans l’incendie provoqué par la collision de deux camions dans le tunnel du Gothard.

24 novembre: 24 parmi les 33 passagers et le personnel de bord d’un vol Crossair reliant Berlin à Zurich périssent dans le crash de l’avion à Bassersdorf, dans les environs de l’aéroport.

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Sécurité au Palais fédéral

Le coût de la sécurité au Palais fédéral s’élevait, avant la tuerie de Zoug, à environ 1 million de francs. Celui-ci a depuis «considérablement augmenté», indique Hans Peter Gerschwiler. Il l’évalue à quelque 4 millions de francs par année pour la partie principale du service de sécurité externe.

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«Portes ouvertes»

Malgré le renforcement de la sécurité à l’intérieur du Palais fédéral, les portes demeurent relativement ouvertes. Les visites du bâtiment  sont toujours «extrêmement populaires et réservées des mois à l’avance par les groupes». Il est d’ailleurs conseillé de réserver suffisamment à l’avance. Les personnes seules peuvent aussi prendre part aux visites quotidiennes, qui sont gratuites.

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