Navigation

«Le peuple palestinien est abandonné à son sort»

Reuters

Le conflit dans la bande de Gaza a déjà fait des centaines de morts et de blessés parmi lesquels de nombreux civils. Le regard et l'analyse d'un Palestinien de Suisse, Sami Daher.

Ce contenu a été publié le 11 janvier 2009 - 18:41

Sami Daher est né en 1959 à Nazareth, ville rattachée aujourd'hui à Israël. Même s'il est détenteur d'un passeport de l'Etat hébreu, il ne se considère pas comme un citoyen israélien.

«Dans la mesure où on nous refuse le droit de créer un Etat palestinien, je ne peux pas devenir israélien, c'est-à-dire un citoyen arabe de l'Etat juif. Je souhaite vivre dans mon pays, la Palestine, au sein d'un Etat démocratique qui accueille toutes les populations, musulmans, chrétiens et juifs. Mais en tout cas pas dans un Etat juif.

Sami Daher a vécu jusqu'en 1980 à Nazareth, puis il est venu s'établir en Suisse, pays dont il a acquis la nationalité. Cet infirmier diplômé en soins psychiatriques vit à Soleure où il a ouvert un petit restaurant de spécialités orientales. La plupart des membres de sa famille vivent à Nazareth.

swissinfo: Qu'est-ce que vous ressentez quand vous voyez et entendez ce qui se passe actuellement dans la bande de Gaza?

Sami Daher: Je suis ébranlé, oppressé par une souffrance profonde. Si je pense à ce qui se passe là-bas, je me mets à pleurer comme un bébé. Je ne peux plus regarder des images du conflit. J'essaie de me protéger avec ma vie ici en Suisse contre cette horrible guerre.

Nous n'en sommes pas à la première agression israélienne. Les bombardements de maisons ou d'écoles, ce n'est pas nouveau à Gaza. C'est la manière d'agir d'Israël à l'encontre des Palestiniens depuis 60 ans.

swissinfo: Avez-vous eu récemment des contacts avec les membres de votre famille?

S.D. : Il y a une semaine, des membres de ma famille qui habitent Nazareth sont venus me voir. La tristesse et la colère sont perceptibles chez les quelque 1,2 millions de Palestiniens qui vivent en Israël. La tension est palpable partout et les manifestations sont omniprésentes.

Des réactions de ce genre rappellent ce qui s'est passé lors de la 2e Intifada en 2000. Les troupes de sécurité israéliennes avaient alors abattu 13 Palestiniens - des citoyens israéliens comme les autres - qui manifestaient pacifiquement. Il n'y jamais eu la moindre conséquence pour la police.

swissinfo: Les Israéliens affirment que le Hamas a violé le cessez-le-feu et devoir se défendre contre les attaques continuelles des roquettes depuis la bande de Gaza vers les régions israéliennes limitrophes.

S.D. : C'est un prétexte. Il faut voir la réalité en face: la bande Gaza, ce sont 1,5 millions de personnes qui s'entassent sur un tout petit espace et vivent dans des conditions inhumaines parce qu'il ont été expulsés il y a 60 ans de leurs villages.

Ces deux dernières années, les Israéliens ont resserré leur étau sur la bande de Gaza jusqu'au blocage total et jusqu'à faire de Gaza un ghetto où toute vie normale est devenue impossible. Ils n'ont même plus de quoi se nourrir en suffisance. Et on accuse encore la population d'être responsable de la guerre?

Bien sûr, les tirs de roquettes du Hamas – élu démocratiquement faut-il le rappeler? – sont une stupidité. Mais la misère humaine, cause de réactions violentes, n'est-elle pas proportionnellement bien plus grande d'un côté que de l'autre ?

swissinfo: Mahmoud Abbas va bientôt quitter la présidence. Pensez-vous que le Fatah et le Hamas vont se rapprocher pour tenter de trouver une solution à la question palestinienne?

S.D. : Je suis très pessimiste. Aussi désespérée que soit la situation actuellement, je ne vois pas de solution. Mahmoud Abbas – en tant que personne – s'est compromis avec Israël. Il n'est pas représentatif des Palestiniens, mais uniquement d'une minorité corrompue qui s'enrichit personnellement à la faveur des soi-disant négociations de paix.

swissinfo: Voyez-vous aujourd'hui une issue à la crise?

S. D. : Non malheureusement, je n'en vois pas. Personnellement, je rends l'Europe et encore plus les USA responsables de cette situation. Les USA ont toujours pris le parti d'Israël. Washington fait systématiquement usage de son veto pour bloquer toute résolution critique envers Israël.

Les Européens n'osent pas non plus condamner énergiquement - ou ne serait-ce que tenter de freiner - les agressions d'Israël contre le peuple palestinien. Le peuple palestinien est depuis toujours abandonné à son sort.

swissinfo: Comment ressentez-vous les réactions en Suisse face aux événements actuels dans la Bande de Gaza?

S.D. : La plupart des gens en Suisse sont en faveur des Palestiniens. En grand nombre, les Suissesses et les Suisses manifestent leur solidarité avec les victimes du terrible conflit actuel.

En revanche, ce soutien ne se retrouve pas dans les médias, qui répercutent bien trop unilatéralement le point de vue israélien.

Interview swissinfo, Jean-Michel Berthoud
(Traduction de l'allemand : Bertrand Baumann)

La guerre à Gaza

Le 27 décembre 2008, Israël a lancé des attaques aériennes contre Gaza. Le 3 janvier a marqué le coup d'envoi de l'offensive terrestre.

Selon l'AFP, jusqu'au 8 janvier, près de 780 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza et plus de 3200 autres ont été blessés.

La situation humanitaire à Gaza est dramatique. Les hôpitaux sont débordés ; il manque des pansements et des médicaments. Les approvisionnements en électricité et en eau sont en partie coupés.

Israël déplore aussi plusieurs morts et blessés suite aux tirs de roquettes palestiniens.

End of insertion

Le Hamas

A l'origine, le Hamas avait comme objectif l'anéantissement de l'Etat d'Israël et l'instauration d'un Etat islamique.

Aujourd'hui, le mouvement déclare accepter une solution à deux Etats à la condition que l'Etat hébreu restitue les territoires occupés depuis 1967.

Le mot Hamas est une abréviation qui signifie mouvement de résistance islamique mais signifie aussi «enthousiasme» en arabe.

Elu démocratiquement par la population palestinienne en 2006, le mouvement soutient un vaste réseau d'écoles et d'institutions sociales dans la Bande de Gaza et s'acquiert ainsi de nombreuses sympathies et adhésions dans la population.

End of insertion
swissinfo.ch

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

En conformité avec les normes du JTI

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Joignez-vous à la discussion

Partager cet article

Changer le mot de passe

Souhaitez-vous vraiment supprimer votre profil?