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Polanski: nos visiteurs applaudissent, peu s'indignent

AFP

La grande majorité des réactions postées sur swissinfo.ch approuvent l'arrestation du cinéaste franco-polonais à Zurich. Seuls quelques uns d'entre eux relaient l'indignation des milieux culturels de Suisse et du monde.

Ce contenu a été publié le 29 septembre 2009 - 18:30

Il y a d'abord les justiciers qui condamnent le cinéaste, sans autre forme de procès. «Polanski est un violeur en liberté», dénonce outré (Suisse). «Polanski est un pédophile», renchérit Benson (France). Tout comme Alllo (Suisse): «Le coupable Polanski doit payer aux USA pour le crime commis sur une enfant de 13 ans. Pour ce délit il ne doit pas avoir de prescription.»

Or, c'est bien parce que le procès n'a pu se terminer que le réalisateur est toujours poursuivi par la justice californienne et qu'il fait l'objet d'un mandat d'arrêt international. En Suisse en tous cas, Roman Polanski est donc toujours au bénéfice de la présomption d'innocence.

Cela dit, le réalisateur a reconnu avoir couché avec Samantha Gailey, 13 ans, en mars 1977, après une séance photo pour le magazine Vogue Homme. Et cela suite à la plainte de la jeune fille qui accusait le cinéaste de l'avoir droguée et violée à cette occasion.

Acharnement judiciaire

Peut-on pour autant qualifier Polanski de pédophile? L'examen psychiatrique de l'accusé mené en 1977 avait conclu qu'il n'était pas un pervers sexuel. Quant à Polanski, il avait affirmé au procureur de l'époque qu'il ignorait l'âge de la modèle. Selon un accord passé entre ce procureur et l'avocat de Polanski, le cinéaste acceptait de plaider coupable pour détournement de mineur, les charges pour viol étant abandonnées

Un arrangement que le juge de l'époque n'a pas voulu respecter. Craignant son acharnement et des motivations autres que judiciaires, Roman Polanski a préféré mettre les voiles pour la France ou il s'est installé depuis.

A ce titre, Stephan (Suisse) rappelle l'existence d'un documentaire – Wanted & Desired – qui démontre justement le jeu pour le moins ambigu du juge Rittenband et le lynchage médiatique subi par Polanski à l'occasion de cette affaire.

«Je trouve un peu ignare de dire qu'il fuyait ses responsabilités, quand en vérité, il fuyait une culture et un juge à l'époque, trop sévère, pour une connerie qu'il a faite, certes, mais qui était jugée comme un affront aux valeurs puritaines par les Américains de l'époque», estime Stephan.

Un justiciable comme un autre

Mais voilà. Le temps présent fait grand cas du sort des victimes, beaucoup moins de celui des accusés, quel que soit leur degré de culpabilité. La plupart des réactions postées sur swissinfo.ch estiment en tous cas que la justice doit passer et que Roman Polanski est un justiciable comme un autre.

«Si monsieur Polanski n'a rien à se reprocher, il lui suffit de s'expliquer devant la justice. La justice doit être la même pour tout le monde, que l'on vienne d'un milieu aisé ou pas», estime ainsi Alexandre (Suisse).

Magix (Suisse), lui, rappelle que «les Etats-Unis ont des défauts (peine de mort) mais à part cela c'est tout de même un Etat de droit, donc il n'est pas non plus si choquant de laisser la justice américaine traiter ce dossier».

«Ca ne change rien à ses qualités de cinéaste, mais il a des comptes à rendre depuis trop longtemps et il est temps de distinguer la bête du créateur», juge quant à lui Gonzague (Antilles néerlandaises).

Sus aux cultureux

L'indignation et les pétitions des artistes en Suisse, en France et dans le reste du monde n'émeuvent donc guère nos visiteurs. «En France, une vive indignation... : FAUX! Ce sont certains représentants tonitruants de la politique et de la culture qui sont "indignés". Les citoyens normaux sont plutôt indignés par l'image que la France "officielle" donne d'elle à l'étranger», lance Arno (France).

Un avis que partage dupont (France): «Le soutien immoral d'une caste de politiques et d'artistes à un artiste aussi génial soit-il, qui a commis un délit sur une mineure, révèle un profond mépris de l'application de la Justice et surtout de la victime. Le droit de cuissage serait-il encore permis sur n'importe qui sans notoriété?»

Tout comme Philippe (Suisse): «Citoyen-lambda otage en Libye ou ailleurs tout le monde s'en fiche. Arrêter un people pédophile en cavale tout le bling-bling politico-artistico-médiatique se met en branle...c'est assez écœurant...»

S'enchaînent plusieurs commentaires saluant la démarche du ministère suisse de la Justice.

«Bravo aux Suisses! Je suis Français et écœuré de la position de Frédéric Mitterrand: ce type-là n'a aucune notion de la dignité humaine; pas plus que ceux qui le soutiennent», estime LEPER (France), rejoint par Christophe (Suisse: «Qu'il réponde de ses actes. Et si cela gène les Français et les Polonais, qu'ils s'adressent directement à Hillary Clinton pour annuler le mandat international, non à Micheline Calmy-Rey (ministre suisse des affaires étrangères, ndlr).»

La colère des artistes trouve tout de même quelques échos parmi nos visiteurs. «Et bien, police et culture ne font pas bon ménage. J'imagine les organisateurs du festival (de Zurich, ndlr), ils doivent tirer la bobine!», avance Olivier (Uruguay).

De fait, en signe de protestation, les responsables du Festival de Zurich ont annulé la cérémonie de remise des prix et planchent sur d'autres actions de soutien à Polanski.

Paradoxes fédéraux

Bonobolou (Suisse), lui, pointe les circonstances de l'arrestation du cinéaste: «Je suis Suisse et pas du tout fier de l'être aujourd'hui. On arrête Polanski, invité par la Suisse, et dont le discours de réception devait être fait et lu par M Jauslin, "ministre" de la culture de la Confédération.»

Un avis très officiellement partagé par Micheline Calmy-Rey elle-même. «Sur le plan légal, il n'y a pas de doute sur la procédure qui a été employée. Mais on peut peut-être se poser des questions sur la finesse de l'intervention», estime la ministre suisse, éclairant implicitement le désormais habituel manque de coordination du gouvernement suisse.

La conclusion à Jean(Suisse): «J'espère quand même que cela inspirera Monsieur Polanski pour remettre la Suisse à sa place dans un prochain film!!!»

Frédéric Burnand, Genève, swissinfo.ch

Des bémols dans le concert d'indignation

En France, Daniel Cohn-Bendit, Jean-Marie Le Pen et des députés de l'UMP estiment que la justice américaine est en droit d'enquêter sur l'accusation de viol visant le cinéaste franco-polonais.

Les critiques visent surtout les prompts soutiens à Roman Polanski venus des ministres de la Culture et des Affaires étrangères, Frédéric Mitterrand et Bernard Kouchner.

De son coté, le Premier ministre polonais, Donald Tusk a lui aussi pris ses distances avec la position commune adoptée par les chefs de la diplomatie française et polonaise en faveur de Roman Polanski.

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Front judiciaire

Les avocats de Roman Polanski, détenu en Suisse depuis samedi, ont demandé mardi la remise en liberté du cinéaste et déposé un recours contre le mandat d'arrêt en vue de son extradition aux Etats-Unis.

Dans l'immédiat, les avocats de Roman Polanski veulent obtenir une assignation à résidence du cinéaste, propriétaire d'un chalet dans la station alpine de Gstaad.

Le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone, la plus haute instance pénale helvétique, a annoncé avoir reçu mardi un recours de Roman Polanski contre son arrestation en vue d'une extradition, mais sans faire mention d'une demande de remise en liberté. Le tribunal annonce une décision pour ces prochaines semaines.

En vertu d'un traité entre Berne et Washington, les Etats-Unis disposent de 40 jours pour présenter à la Suisse une demande d'extradition officielle, délai qui peut être prolongé de 20 jours.

Roman Polanski peut faire appel à toutes les phases de la procédure, qui peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Lundi, le bureau du procureur de Los Angeles (Californie, ouest des Etats-Unis) a confirmé lundi qu'il allait demander l'extradition du cinéaste.

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