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Polémique autour d'une campagne d'affichage

Une image et ce slogan (pour la version allemande): «200'000 personnes cherchent du travail et le PDC Deiss va se baigner». sp-ps.ch

Le Parti socialiste lance une campagne d'affichage qui s'en prend au ministre démocrate-chrétien Joseph Deiss.

Ce contenu a été publié le 07 juillet 2003 - 18:54

Les socialistes reprochent au parti démocrate chrétien (PDC) de pencher de plus en plus à droite.

Dans leur version allemande, les affiches présentent un slogan choc contre le ministre suisse de l’Economie : «200’000 personnes cherchent du travail et le PDC Deiss va se baigner».

Cela dit, seule une centaine d’affiches a été placardée, a précisé mardi matin sur les ondes de Radio suisse romande (RSR), le député socialiste vaudois Pierre-Yves Maillard.

Cela qui relativise grandement l’ampleur d'une campagne d’affichage, dont les médias se sont largement fait l'écho avant son lancement.

Un ministre qui «patauge»

Il s'agit, néanmoins, d'un nouvel épisode dans l’affrontement entre ces deux partis gouvernementaux.

La présidente du PS Christiane Brunner a récemment déclaré que si l’Union démocratique du centre (droite dure) sort renforcée des élections fédérales de l’automne, elle pourra prétendre à un second siège au gouvernement suisse.

Or ce siège ne peut être logiquement pris qu’au Parti démocrate-chrétien. Perdant des voix depuis quelques années, ce parti du centre-droit est en effet devenu le plus faible des quatre partis qui forment la coalition gouvernementale.

Ces attaques contre les démocrates-chrétiens se retrouvent jusque sur le site du Parti socialiste. Dans un sondage, l’internaute est invité à donner son avis sur l’emploi de Joseph Deiss cet été.

Il y a quatre choix possibles: «il trafique les chiffres du chômage», «il invente des promesses creuses», «il prie pour le retour de la croissance», «il patauge»…

Repositionner le centre

Les socialistes constatent que les deux partis gouvernementaux qui se réclament du centre (le Parti démocrate-chrétien et le Parti radical) ont de plus en plus glissé à droite au cours de la dernière législature.

«Pour nous, il est indispensable de critiquer ce fait, de les critiquer sur leurs positions politiques et de les contraindre à clarifier leurs positions dans l’optique de la prochaine législature», déclare Jean-Philippe Jeannerat.

Le porte-parole du Parti socialiste dénonce surtout le revirement politique des démocrates-chrétiens. Il fustige également la «passivité» de leur ministre Joseph Deiss, alors que la Suisse n’arrive pas à sortir de la crise économique et que le taux de chômage grimpe.

«Ce que nous attaquons, c’est le ministre de l’Economie, sa passivité par rapport à une situation dramatique», déclare Jean-Philippe Jeannerat.

Le porte-parole du PS précise toutefois que ces attaques sont bel et bien dirigées contre l’action – ou plutôt l’inaction – politique de Joseph Deiss, mais en aucun cas contre l’homme.

Cette attaque personnelle contre Joseph Deiss n'étonne pas le politologue Emanuel von Erlach, de l'Université de Berne. «Les socialistes ont attaqué le ministre de l'Economie, car il est en position de faiblesse en cette période de crise économique. De plus, on voit mal les socialistes attaquer l'une des deux femmes du Conseil fédéral.»

Des méthodes d’extrémistes de droite

Du côté du PDC, on n'apprécie bien sûr pas ce genre d'attaques. Pour son secrétaire général Reto Nause, le Parti socialiste est en pleine dérive et lance des attaques personnelles «dignes de celles de Jean-Marie Le Pen ou de Joerg Haider».

«Ce genre d’attaques personnelles est caractéristique des partis situés aux extrêmes de l’échiquier politique, poursuit le secrétaire général du PDC. Je crains qu’elles n’empoisonnent le débat politique en Suisse.»

Le PDC juge par ailleurs que les socialistes ont la mémoire courte. «Le 6 février 2002, alors que l’UDC demandait la démission de la conseillère fédérale Ruth Dreifuss, le PS relevait que l’UDC ne cherchait qu’à envenimer le débat démocratique par ses attaques personnelles. Aujourd’hui le PS ne s’en souvient plus», écrit-il dans un communiqué.

Outre la forme, Reto Nause conteste également le fonds des attaques socialistes. «Au cours de la dernière législature, nous avons à de maintes reprises montré une plus grande ouverture que l’UDC, notamment en acceptant l’entrée de la Suisse dans l’ONU ou encore via notre engagement en faveur de la politique familiale», souligne-t-il.

Pas plus que le parti, Joseph Deiss n’est à blâmer. Et Reto Nause de rappeler tous les efforts que son ministre de l’Economie fait en faveur des PME, afin de relancer l’économie.

Palier le manque de moyens financiers

Jean-Philippe Jeannerat admet que les attaques personnelles peuvent comporter certains aspects populistes contraires à la tradition socialiste.

Mais pour le porte-parole, le PS n’a pas le choix. «Nous avons moins de moyens financiers que les autres partis, explique-t-il. Nous avons donc choisi de mener une campagne qui comporte des éléments très pointus avec un aspect de provocation.»

«Mais personne n’est dupe, insiste-t-il. La provocation ne sert qu’à éveiller l’intérêt et à susciter les réactions. Ce qui nous intéresse c’est les débats de fond.»

Pour le porte-parole du PS, nul doute que cette nouvelle façon de faire de la politique est amenée à se développer. «Je suis persuadé que dans la société de communication qui est devenue la nôtre, on va toujours plus lier les contenus politiques à la responsabilité individuelle des responsables politiques principaux.»

Reste à voir maintenant si cette façon de faire sera appréciée des Suisses. La réponse est pour bientôt.

«Nous verrons au soir du 19 octobre si ces techniques de communication au service d’une campagne politique sont payantes ou non», conclut Jean-Philippe Jeannerat.

Cette stratégie est effectivement risquée. «Les modérés pourraient dire qu'ils ne veulent pas de ce genre de méthode», avertit Emanuel von Erlach.

swissinfo, Olivier Pauchard

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