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Don d’organes, Lex Netflix, Frontex: trois fois oui le 15 mai

Plébiscite suisse pour une sécurité accrue aux frontières extérieures de l'Europe

AP

Les citoyens et citoyennes suisses ont accepté ce dimanche d'octroyer un financement supplémentaire à Frontex, l'agence controversée des garde-côtes et garde-frontières européens. L’argument sécuritaire a joué un rôle décisif.

Ce contenu a été publié le 15 mai 2022 - 15:33

Appelés aux urnes, les Suisses ont affirmé ce dimanche à près de 72% leur soutien à une sécurité commune aux frontières extérieures de l'Europe. Tous les cantons sans exception ont accepté ce développement du droit de l'Espace Schengen. La participation s'est élevée à 40%. 

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Avec ce vote positif, la contribution helvétique à l’agence des garde-frontières et garde-côtes européens passera de 24 millions de francs à l’heure actuelle à près de 61 millions en 2027. L’agence européenne déjà la mieux dotée financièrement - 750 millions d’euros en 2022 - devrait disposer d’un contingent de 10'000 employé-es d’ici cinq ans, dont 40 postes d’agent-es suisses à plein temps. Calculée en fonction du PIB de chaque État, la contribution suisse représente environ 4,5% du budget total de Frontex.

«Guerre contre les migrants»

Ce renforcement de Frontex n’est pas du goût des associations de défense des migrant-es. Elles accusent l’agence et ses employé-es d’importants dysfonctionnements et de violations graves des droits humains. Plusieurs enquêtes sont en cours contre Frontex pour mise en danger de personnes migrantes et participation à des opérations de refoulement. Des affaires qui ont contraint le patron de l’agence à annoncer sa démission fin avril.

En récoltant plus de 50'000 signatures contre la décision du Parlement d’accorder davantage de moyens à Frontex, les organisations non gouvernementales helvétiques ont imposé ce thème dans le débat public. Ce que les ONG européennes n’avaient pas véritablement réussi à faire jusqu’ici: la Suisse, pourtant non-membre de l’Union européenne (UE), était en effet ce dimanche le premier pays à se prononcer en votation populaire sur la question hautement sensible de la sécurité aux frontières extérieures de l’Europe.

Outre les accusations de complicité lancées contre Frontex dans les refoulements illégaux pratiqués le long de la route des Balkans, le comité référendaire a plus généralement dénoncé au cours de la campagne une «militarisation des frontières» et une «guerre contre les migrants».

Un résultat «honteux»

Les opposant-es voient dans Frontex le symbole d’une Europe forteresse, avec ses conséquences macabres. Depuis 1993, la politique d’isolement de l’UE par rapport au monde extérieur aurait coûté la vie à plus de 44’000 personnes, selon les référendaires, qui s’appuient sur un décompte de l’organisation United for Intercultural Action.

«Ce résultat est décevant et même honteux pour un pays qui se réclame de l'Etat de droit et d'une tradition humanitaire», a déploré Sophie Guignard, membre du comité référendaire, à l'issue du scrutin. «Cela revient d'une certaine manière à fermer les yeux à une politique inhumaine».

Selon elle, la menace d'une sortie de Schengen a clairement pesé dans le débat. Le camp du «oui» a également mobilisé le terme de «droits fondamentaux», que l'on pourrait développer en restant dans Frontex. «Or, nous n'avons pas de preuves que la Suisse s'oppose à la politique de Frontex depuis plus de 10 ans», a souligné Sophie Guignard. «Nous aimerions bien croire à ces promesses, mais nous avons un peu de la peine à y croire».

Sécurité et liberté de voyager

Comme le laissaient présager les sondages, l’issue de la votation n’a fait l’objet d’aucun suspense. Une large majorité des votants et votantes s’est rangée derrière l’avis du gouvernement et de la majorité du Parlement, pour qui l’amélioration de la sécurité des frontières extérieures de l’Europe profite également à la Suisse dans sa lutte contre la criminalité et l’immigration clandestine.

>> Notre analyse après le vote favorable des Suisses à l'augmentation des moyens alloués à Frontex:

Brandie comme une épée de Damoclès par les partisan-es du projet, mais aussi par la Commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, la menace d’une sortie de l’Espace Schengen en cas de «non» a aussi pesé dans la balance. En cette période post-pandémique où l’envie de voyage est au plus haut dans la population, les Suisses ont montré leur attachement à cet acquis européen qui leur offre, outre la sécurité, la possibilité de se déplacer sans entraves sur tout le continent. Le retour du contrôle aux frontières et la fin du visa unique valable sur tout le continent a également effrayé les milieux touristiques.

Et prenant le risque d’être exclue de l’espace Schengen, la Suisse aurait aussi perdu l’accès au «Système d’information Schengen» (SIS), un outil très précieux pour la coopération policière européenne. De quoi inciter bon nombre de citoyen-nes, même celles et ceux généralement acquis à la cause des migrant-es, à se montrer prudents à l’heure de remplir leur bulletin de vote. Si l’on en croit les sondages effectués avant la votation, une majorité de l’électorat de gauche a voté en faveur de cette contribution supplémentaire, alors même que les instances du Parti socialiste et des Verts la rejetaient.

Ne pas rajouter une difficulté

En acceptant l'augmentation de la contribution à Frontex, les Suisses ont avant tout exprimé leur soutien au système Schengen, estiment les partisans et partisanes du texte. Selon le député libéral-radical (PLR / droite) Damien Cottier, la question d'une sortie automatique du système Schengen en cas de «non» a été prise en considération par la population. «C'est une bonne chose pour la Suisse qu'on n'ait pas rajouté une difficulté dans la relation avec l'Union européenne (UE)», a-t-il déclaré à la Radio télévision suisse (RTS).

Les Vert'libéraux estiment également que l'acceptation de cet objet est un signal clair pour une collaboration forte avec l'Europe. Il s'agit maintenant de capitaliser sur ce oui à la politique européenne commune pour une collaboration qui avance, a souligné le président du parti Jürg Grossen.

«Le débat des dernières semaines a permis de montrer que la participation de la Suisse à Frontex est nécessaire. C'est à la fois une question de solidarité européenne et une contribution précieuse à notre propre sécurité», a pour sa part jugé le sénateur du parti Le Centre Charles Juillard.

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