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On a bien le droit de rêver

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Quand la Suisse rattrape l'expatrié Rolf Kesselring à la terrasse d'un café provençal... Il y consacre sa carte postale.

Ce contenu a été publié le 09 juillet 2002 - 23:18

Si je me suis expatrié, c'est qu'il y avait des raisons. Souvent, j'ai tenté de les analyser. Quelquefois, j'ai réussi à en faire apparaître certaines dans mon esprit. Souvent, elles sont de l'ordre de l'inavouable... Même pour soi !

Pourtant, le pays me colle à la peau, d'une manière presque sensuelle. Est-ce que je l'aime? Est-ce que je le hais? Impossible de ME le dire, c'est une affaire de passion et, c'est bien connu, tout ce qui est passionnel, refuse les explications claires et logiques.

Sous la tonnelle

Tout ce que je sais, c'est qu'il ne se passe pas une journée, dans cette Provence où j'ai trouvé refuge, sans que j'y pense. Pas un jour, non plus, sans que la Suisse me revienne en pleine figure. Tenez, pas plus tard qu'hier au soir, à la terrasse du Chêne Vert, encore...

Je m'étais évadé de chez moi, profitant du crépuscule pour aller boire une petite fraîcheur avec un copain, écrivain local. Nous étions sous la tonnelle de vigne vierge, papotant sur l'amoralité ambiante, sur le nouveau gouvernement de celui que j'appelle désormais Taffarin de Raffascon.

À la table d'à côté, un vieil homme au frontal de marbre et à la bouche légèrement affaissée, dégustait un verre de vin rosé. Comme de bien ordinaire, il lia conversation.

Le vieil homme qui rêvait...

«J'ai cru entendre, pardonnez mon indiscrétion, que vous étiez Suisse, Monsieur?», fit tout à coup le bonhomme. Nanti de mon acquiescement prudent, il poursuivit!: «Ah, la Suisse quel pays...» Inquiet, je m'attendais au pire!...

Pourtant, l'œil perdu dans le vague, il se mit à me décrire une Suisse de rêve où la gentillesse et la générosité des habitants le disputaient à une propreté et un civisme exemplaires.

Il me disait une Helvétie de cocagne, un doux pays, qui, dans un premier temps, me submergea de fierté et de nostalgie. Il décrivait un pays rêvé, idéal... surtout pour un citoyen français légèrement désenchanté par les charmes trompeurs de la République.

Trente ans, déjà...

Longtemps je l'ai laissé me dire cette Suisse idéale, sans l'interrompre (ce qui, pour tout ceux qui me connaissent, relèvent de l'exploit). Puis, comme l'émotion me gagnait et que le vin d'Orgnac commençait à me tourmenter les neurones, j'ai demandé à quand remontait son dernier voyage sur le territoire confédéral.

«Oh, calcula-t-il mentalement, cela doit faire une bonne trentaine d'années!» Je n'ai pas voulu trancher dans son rêve (ni dans le mien) et je ne lui ai pas proposé de refaire un petit tour, aujourd'hui, entre le Lac Léman et celui de Constance, entre Le Chasseral et la frontière du Liechtenstein.

Pour faire passer le tout, j'ai sournoisement proposé une dernière tournée, me disant qu'il avait bien le droit de rêver, ce vieil homme... Et moi aussi, d'ailleurs!

swissinfo/Rolf Kesselring

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