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Nucléaire, l'heure des choix

Deux employés dans la salle des commandes de la centrale nucléaire de Beznau. Keystone

Un avenir avec ou sans atome? En Suisse, les opinions sur le nucléaire divergent largement. Le Parlement va étudier tous les scénarios.

Ce contenu a été publié le 19 juin 2002 - 17:47

Jeudi, le Conseil national empoigne le projet de loi sur l'énergie nucléaire. Il s'agit en fait du contre-projet indirect que le gouvernement oppose aux deux initiatives «Sortir du nucléaire» et «Moratoire plus». Cette nouvelle loi admet le principe de la construction de nouvelles centrales, mais prévoit de soumettre la décision au référendum.

Ainsi, le peuple garderait la possibilité de choisir. Et le débat pourrait bien alors se focaliser sur la question, encore violemment controversée, du retraitement des déchets.

Le 23 septembre 1990, le peuple et les cantons acceptaient (par 54,5% des voix) l'initiative «Halte à la construction des centrales nucléaires», qui prescrit un moratoire de dix ans.

Le délai est aujourd'hui dépassé, mais aucun projet de nouvelle centrale ne pointe à l'horizon. En fait, la Suisse n'en a plus construit depuis Leibstadt, mise en service en 1984.

Retrait ou moratoire

A fin 1995, 19 organisations de protection de l'environnement décident, avec le Parti socialiste et les Verts, de lancer une double initiative. La date est bien choisie. Il s'agit de remettre la question sur le tapis dès l'an 2000, date de la fin du moratoire.

Les deux initiatives aboutissent en septembre 1999, munies de 121 000 signatures.

«Moratoire plus» demande un nouveau délai de dix ans au cours duquel plus aucune autorisation ne pourrait être accordée, ni pour la construction de nouvelles centrales, ni pour l'extension des installations existantes. En outre, la prolongation de l'exploitation de ces dernières au-delà de 40 ans serait soumise au référendum.

«Sortir du nucléaire» est plus radicale. Comme son nom l'indique, l'initiative demande l'arrêt progressif des centrales suisses. Si elle était acceptée, Beznau I et II ainsi que Mühleberg devraient être débranchées dans les deux ans, puis Gösgen en 2008 et Leibstadt en 2014. Le texte prévoit également l'interdiction du retraitement des déchets.

Le retraitement au cœur du débat

Le Conseil fédéral répond aux initiants en lançant son projet de loi sur l'énergie nucléaire. Le texte reprend l'idée de l'interdiction du retraitement des déchets, mais laisse la porte clairement ouverte à la construction de nouvelles centrales et à l'extension des centrales existantes.

Première chambre à s'emparer du projet, le Conseil des Etats a fait en décembre dernier une concession au lobby électrique. Les sénateurs ont en effet prévu de remplacer l'interdiction du retraitement des déchets par un moratoire de dix ans.

Cette question du retraitement fait l'objet de vives controverses un peu partout en Europe, et particulièrement en Allemagne. Depuis quelques années, les transports de déchets mobilisent des milliers de militants écologistes qui dénoncent leur dangerosité.

Les deux usines de retraitement de La Hague, en France, et de Sellafield, en Angleterre, font par ailleurs l'objet de critiques de plus en plus nourries.

Rien de tout ceci ne semble ébranler l'Association suisse pour l'énergie atomique, qui reste fidèle aux méthodes actuelles de retraitement. Le lobby nucléaire ne veut donc évidemment pas entendre parler d'interdiction.

La tendance est à l'abandon

Tandis qu'en Autriche (pays sans nucléaire) la grogne monte contre les centrales étrangères trop proches des frontières (Beznau, Temelin), la Finlande vient de décider de la construction d'un nouveau réacteur.

Cette option place Helsinki à rebours d'une tendance à l'abandon qui gagne du terrain en Europe. Si la France et la Grande-Bretagne restent des Etats fortement pro-nucléaires, l'Allemagne, la Belgique et la Suède élaborent aujourd'hui des scénarios pour un avenir sans atome.

En Suisse pendant ce temps, la CEDRA (Coopérative nationale pour l'entreposage des déchets radioactifs) continue à faire de la publicité pour rendre son travail politiquement acceptable. La Confédération lance une nouvelle campagne nationale pour faire connaître son concept d'entreposages provisoires et définitifs.

Décision l'année prochaine?

Le délai imparti au Parlement pour traiter les deux initiatives anti-nucléaires court jusqu'au 28 mars 2003. En coulisses, certains espèrent que la majorité des élus parvienne à élaborer un compromis entre le projet de loi et les initiatives. Dans ce cas, les votations populaires pourraient avoir lieu encore l'année prochaine.

Reste la question de savoir si, au cas où la législation le lui permettrait, la Suisse est réellement prête à construire une sixième centrale. Sur ce point, pro- et antinucléaires se rejoignent bizarrement pour estimer que ce n'est pas demain la veille.

swissinfo/Christian Raaflaub

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