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Mon cher Frédo,

Alors c'est vrai, San Antonio, t'as largué les amarres? Ton corps aurait quitté Bonnefontaine pour retrouver la terre de ton enfance? Attends, j'ai deux trois choses à te dire. Clique où on te dit.

Ce contenu a été publié le 08 juin 2000 - 14:00

Bourgoin-Jallieu, je suis sûr que tu auras du plaisir à y retourner. C'est vrai, qu'est-ce qu'on mange bien dans la région lyonnaise. Et puis là-bas, tu es une idole, il y a même des enseignes qui portent ton nom, non?

Mais là-haut, tout là-haut, dis-moi comment c'est... Tu as été bien accueilli? Ou St-Pierre a-t-il joué les pisse-froid, en te trouvant pas très convenable? Parce que, bon, t'en as raconté des trucs pendant ta vie, hein? Avec des titres comme «Tarte aux poils sur commande», «A prendre ou à lécher», ou «Tire m'en deux c'est pour offrir», le paradis, c'est pas gagné.

Quoique. Si St-Pierre et son Patron sont un peu plus futés que des académiciens, ils devraient te recevoir à bras ouverts. Parce qu'ils auront compris qu'en fait, tu es, permets-moi de parler au présent, un gentil. Un honnête. Un généreux. Et un géant du talent.

Ils auront compris que derrière les galipettes décoiffantes de tes personnages, au-delà des innombrables bastos qui volaient de-ci de-là, il y avait un amour immodéré de la vie. Et des Hommes, avec H majuscule comme dans «Humain», ces Hommes que tu aurais tellement voulu moins cons.

On peut gloser sur le fabuleux Kama-Sutra que tu as offert à la langue. Tes jeux de mots, tes à peu près, tes calembours, tes néologismes. C'est vrai qu'après toi, il est difficile de paraître inventif en la matière. Mais moi, ce qui m'a également frappé en toi, c'est le moraliste. Si si, j'ai bien dit le moraliste.

Caché au milieu de l'Everest de pages que tu as écrites, masqué par ce que tes détracteurs nomment ta grossièreté, il y a ces petites phrases, parfois ces gros paragraphes, qui nous éloignent de l'intrigue. On diverge. Et alors tu nous parles des vrais gens, des hommes, des femmes, de l'intolérance, de Dieu, de la vie, de la mort. Comme Pascal. Comme Montaigne. En plus rigolo.

Allez Frédo, je te laisse sur ton nuage, un verre de Château d'Yquem dans la main gauche, et la main droite plongée sous la tunique d'un ange. Et si c'est une frangine - vérifie tout de même - n'hésite pas à lui mignarder la frisure, à te faire mâchouiller le bricolet, et à placarder Nestor dans la boîte à délices. Tu as tout ton temps, maintenant.

Avec amitié et tristesse,
Bernard Léchot


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