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Méliès et l'Europe de passage à Neuchâtel

Un rideau couleur d'hémoglobine... swissinfo.ch

C’est 'Code 46’, du britannique Michael Winterbottom, qui décroche le 9ème Méliès d’Or du meilleur film fantastique européen. Reportage.

Ce contenu a été publié le 01 juillet 2005 - 00:14

La cérémonie s’est tenue jeudi soir à Neuchâtel, au Théâtre du Passage, en présence du Roi de Suisse Helvetus IV et devant une salle comble.

Le premier trucage par arrêt de caméra a eu lieu en 1896, dans un film intitulé «L'escamotage d'une dame chez Robert-Houdin». Un 'effet spécial’ dû à Gorges Méliès, dessinateur, décorateur, illusionniste, auteur, metteur en scène, acteur, et cinéaste français né en 1861 et décédé en 1938.

Pas étonnant que le cinéma fantastique européen ait donné le nom de ce précurseur à sa récompense la plus prestigieuse, décernée chaque année dans l’un des festivals affiliés à la 'Fédération européenne des Festivals de Films Fantastiques’...

En l’occurrence Neuchâtel pour cette édition 2005, notamment pour souligner le fait que dès 2006, grâce aux accords bilatéraux II, la Suisse bénéficiera de 'MEDIA', programme européen de soutien au cinéma.

Le principe: chaque festival nomme un 'Méliès d’Argent’ (en 2004, Neuchâtel avait choisi 'The Machinist’, de Brad Anderson), et une fois par année, tout le monde se retrouve pour une grande finale!

Au Théâtre du Passage, jeudi soir, après la remise des 'Méliès d'Argent' de l'année écoulée, le Méliès d’Or est donc allé à 'Code 46’, de Michael Winterbottom, un film de science-fiction avec notamment Tim Robbins. Un film désigné 'Méliès d’Argent’ par le 'Festival Internacional de cinema de Catalunya’ de Sitges, en Espagne.

Quant au 'Méliès d’Or’ du meilleur court métrage, il est allé à 'La dernière minute’ du Français Nicolas Salis. Si Michael Bottom était absent jeudi soir, Nicolas Salis était présent, et son émotion réelle.

Une société où on ne risque jamais rien

Le jury international de ce 'Méliès d’Or’ était présidé par l’illustrateur canadien John Howe, célèbre notamment pour son travail sur 'Le Seigneur des Anneaux’. John Howe, domicilié à Neuchâtel, et qui avait soutenu le festival dès sa première édition.

Rencontré lors du cocktail précédant la cérémonie, l’artiste canadien ne cache pas son enthousiasme pour la manifestation: «On est à la 5ème édition, ce qui est déjà extraordinaire en soi. C’est la preuve que ça marche bien!».

On associe John Howe à l’heroic fantasy, mais pas vraiment aux images hyper-violentes et sanguinolentes qui caractérisent nombre de productions qu’on peut découvrir à Neuchâtel. Comment réagit-il à ce cinéma tendance hémoglobine?

«Je suis un peu blindé quand c’est très exagéré. Mais je suis très vite mal à l’aise au cinéma. Quand cela me touche d’une façon ou d’une autre, c’est presque physique, je n’aime pas tellement. Donc le cinéma à hémoglobine, ce n’est pas trop mon genre».

A-t-il une explication à l’avalanche de productions de ce genre? «Je crois que cela fait partie du bonheur que l’on a de vivre dans une société où, en fait, on ne risque jamais rien, ou si peu. A tel point que les émotions fortes qu’on peut trouver, c’est soit dans les sports extrêmes, soit dans le cinéma: il y a une immersion totale dans un film, si on se laisse un peu aller.»

Et d’ajouter: «Je crois que le fantastique, c’est une façon d’aller au plus près de choses qu’on ne peut pas toucher par d’autres moyens. Pareil pour la littérature ou le dessin. Ce n’est pas seulement divertissant. Beaucoup de films très 'rougis’ ont un contenu qui pose pas mal de questions».

Faire la différence

Un point de vue finalement pas très éloigné de celui que défend quelqu’un de fort différent, Jean-Frédéric Jauslin, patron de l’Office fédéral de la Culture, qui, avant de prononcer un discours dans le cadre de la cérémonie, répondait aux questions de swissinfo.

«Les films à hémoglobine, ce n’est pas tout à fait ma tasse de thé. Des horreurs, je trouve qu’on en voit assez. Mais s’il y a de l’humour, pourquoi pas? Prendre la violence avec humour, c’est peut-être la meilleure façon de la combattre».

Pourtant, nombreux sont ceux qui voient un lien entre l’omniprésence de la violence en images – cinéma, télévision, jeux vidéos – et son développement dans la rue...

«J’ai trois enfants adolescents, entre 12 et 19 ans», répond Jean-Frédéric Jauslin. «Ils regardent passablement d’horreurs, et ça me perturbe quand je les vois regarder ça. Mais ils me disent - et je les crois - qu’ils font très bien la différence. C’est peut-être justement une façon d’extérioriser les peurs, les angoisses, que d’aller se faire peur au cinéma».

«Je me souviens d’une chanson de Marie-Paule Belle qui parlait de quelqu’un allant voir un film d’horreur et qui disait: 'Maman j’ai peur, j’ai la migraine, j’y retournerai la semaine prochaine’. Cette envie d’y retourner, c’est peut-être ce besoin de se défouler», ajoute-t-il.

Et le Roi de Suisse?

Et bien Helvetus IV, 'Roi de Suisse, Duc de Neuchâtel et Protecteur des Alpes’, on ne saura pas ce qu’il pense du cinéma fantastique. Un roi, ça ne s’approche pas comme ça! Mais force est de constater que sa présence permanente sur scène lors de la cérémonie aura permis à celle-ci d’être franchement joviale.

Une cérémonie bien construite, détendue et néanmoins parfaitement crédible. Autrement dit, sans le pompiérisme des Césars, mais aussi sans les affligeantes lourdeurs que subit chaque année, à Soleure, le Prix du cinéma suisse...

Une cérémonie animée avec légèreté par Anne Carrard, et illustrée par les images décalées et rigolotes des humoristes-graphistes chaux-de-fonniers Plonk & Replonk, qui se sont sérieusement européanisés pour l’occasion.

Plonk & Replonk, concepteurs de ce fameux Helvetus IV, auquel on laissera le mot de la fin, puisque c’est ainsi qu’il a conclu la cérémonie: en «trouant le fromage de l’amitié»!

swissinfo, Bernard Léchot à Neuchâtel

Faits

Le 5ème 'Neuchâtel international fantastic film festival’ (NIFFF) a lieu du 28 juin au 3 juillet.
Au programme: compétition internationale, compétition asiatique, compétition de courts métrages suisses, compétition de courts métrages européens, courts métrages «Future cinema» (animation et images de synthèse), rétrospective «Invaders from Marx», diverses avant-premières.

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En bref

- Chaque année, un festival membre de la 'Fédération européenne des Festivals de Films Fantastiques’ attribue un Méliès d’Or au meilleur film fantastique européen. Cette année, cette tâche est revenue à Neuchâtel.

- Ce prix est soutenu par 'MEDIA’, programme européen de soutien au cinéma, dont bénéficiera la Suisse dès 2006 grâce aux accords bilatéraux II.

- Par ailleurs, c’est la première année que le festival neuchâtelois reçoit un soutien financier de l’Office fédéral de la Confédération (OFC).

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