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Lorca et Copi, le drame dans l'humour

L’Espagne des mantilles noires. Julie Monot

Le metteur en scène Andrea Novicov présente à Lausanne puis à Genève «La Maison de Bernarda Alba» et «Les quatre jumelles».

Ce contenu a été publié le 06 janvier 2004 - 17:24

Créées avec succès l'an dernier, ces pièces respectives des deux écrivains, espagnol et argentin, placent les femmes face à une réalité qui les dépasse.

Ce qui frappe d'abord dans cette «Maison» que mène à la baguette Bernarda Alba c'est l'asymétrie: des corps trop petits pour des têtes trop grandes. On dirait des nains échappés d'une toile de Velasquez et débarqués sur scène.

Avec, comme couleur locale, des mantilles noires qui couvrent les cheveux des dames soumises non pas aux diktats de l'Islam, mais à ceux d'une mère oppressive.

Entre l’humain et la marionnette

Bernarda Alba terrorise donc ses cinq filles sous prétexte de les protéger des convoitises masculines. Nous sommes dans l'Espagne des années 30, que Franco rudoie, que Federico Garcia Lorca réinvente dans sa pièce, et que le metteur en scène Andrea Novicov transpose dans un castelet qui rappelle le théâtre de Guignol.

A juste titre d'ailleurs, tant l'idée d'enfermement et de manipulation travaille le corps des personnages ici incarnés par des comédiens à mi-chemin entre l'humain et la marionnette.

Leurs déplacements donnent l'illusion que leurs pieds se trouvent à la hauteur de leur taille, que leur buste est comprimé et que l'inachèvement les guette.

Inachèvement physique et torture morale qui trouvent curieusement écho dans l'actualité sociale, à l'heure où le port du voile secoue les consciences.

Créée la saison passée avec beaucoup de succès, «La Maison de Bernarda Alba» est reprise en ce début d'année au Théâtre de l'Arsenic, à Lausanne, puis au Théâtre Saint-Gervais, à Genève.

Coup double

Le spectacle «vaut le voyage», pour parler comme le guide Michelin. D'autant qu'Andrea Novicov l'assortit cette fois-ci d'une autre pièce, «Les quatre jumelles» du dramaturge argentin Copi, décédé en 1987.

Coup double donc qui réunit deux auteurs hispanophones, pour le meilleur (drôlerie et fantasme) et pour le pire (tragédie domestique).

Comme Lorca, Copi place les femmes face à une réalité qui les dépasse. Avec en plus cette faculté qu'a l'Argentin de donner au drame le goût d'un humour acide. Ici deux couples de jumelles sont poursuivis par un passé qui les rattrape et les oblige à s'inventer un avenir qui se dissout sans cesse dans l'imaginaire.

L'histoire s'apparente à un thriller où crime, fuite, poursuite et dollars se télescopent à un rythme endiablé.

swissinfo, Ghania Adamo

En bref

- «La Maison de Bernarda Alba» et «Les quatre jumelles», à voir à Lausanne, Théâtre de L'Arsenic, jusqu'au 10 janvier .Tel: 021.625.11.36.

- Puis à Genève, Théâtre Saint-Gervais, du 13 au 25 janvier. Tel: 022.908.20.20.

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