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Locarno, rideau et bilan

Le 55e Festival international du film de Locarno s’est achevé dimanche soir, avec la remise des «Léopards» et autres prix. L’Allemagne remporte le gros lot.

Ce contenu a été publié le 11 août 2002 - 23:52

C’est sur la Piazza Grande, miraculeusement épargnée par la pluie, qu’a eu lieu la remise des prix de cette 55e édition. Une cérémonie diffusée par les chaînes de télévision publiques des trois régions linguistiques – une première.

Pour ajouter un peu d’épices à l’affaire, les organisateurs ont invité le comique Massimo Rocchi.

Mais soyons francs: il en faudra davantage pour que cet événement puisse avoir une véritable résonance publique au niveau national. Indiscutablement, le sens du spectacle est encore une chose à inventer sur les chaînes helvétiques.

Premier prix à être remis: celui du public, décerné à «Bend it like Beckham», de Gurinder Dhadha, une comédie sociale made in India. Après le choix de «Lagaan» l’année dernière, les spectateurs locarnais ont décidément la fibre orientale.

Les prix des pros

C’est à «Das Verlangen» (Le désir) du réalisateur allemand Iain Dilthey que revient le Léopard d’Or.

Ou comment Lena (Susanne-Marie Wrage), une femme vivant dans un village allemand perdu et tristounet, tyrannisée par son mari pasteur, métamorphose sa morne existence en découvrant la passion avec le garagiste du coin. Mais une affaire d’assassinat viendra compliquer les choses… Bref, un choix particulièrement «fun».

Récompensée par un Léopard d'argent, «Tan de repente», de l'Argentin Diego Lerman, met en scène une bizarre histoire saphique. Marcia est une jeune fille obèse à l’existence grisâtre. Tout changera pour elle lorsque Mao et Lenin, deux très jeunes «lesbopunk», entreront dans sa vie.

Le second Léopard d'argent, est allé au réalisateur hongrois Kornel Mundruczo pour «Szep Napok» (Jours heureux).

Le Prix spécial du jury a quant à lui été attribué à «Man, Taraneh, panzdah sal daram» (Moi, Taraneh, 15 ans) du réalisateur iranien Rasul Sard.

L'actrice principale du film, Taraneh Alidrusti s'est adjugée le Léopard de la meilleure actrice, alors que le prix du meilleur acteur est allé à Giorgos Karayannis, âgé de 10 ans, pour son rôle dans le film grec «Diskoli Apocheretismi» (Hard goodbye my father). Depardieu appréciera…

Impossible de citer ici toutes les récompenses remises dimanche soir à Locarno. Mais signalons encore que le Léopard d’Or Vidéo est allé au film sud-coréen «Jeon jan keu i hu» ainsi qu’à la coproduction franco-américaine «Love and Diane», de Jennifer Dworkin.

Et que le jury de la section de la «Semaine de la Critique» a primé «Forget Baghdad» de l’irako-zurichois Samir, notamment «pour la description sincère et émouvante de la complexité de la vie des juifs arabes en Israël».

Et alors, ce 55e?

Mouillé. Il fut avant tout mouillé. Et pléthorique, aussi: près de 400 films. Ce qui n’est pas un défaut en soi. Mais avec une telle offre, il devient évidemment difficile pour le public, de même que pour le journaliste, de se frayer un chemin.

Comme il n’est guère possible d’être au four et au moulin tout en interviewant le meunier, le danger est que dans un tel contexte, les médias se limitent à l’incontournable: les films-vedettes. Manque de temps, manque d’espace. Comment alors aller fouiner parmi les œuvres plus discrètes pour y dénicher la perle rare?

Le festival fut varié, enfin. Trop peut-être, selon ceux qui souhaiteraient une ligne de programmation mieux définie.

Il est évident qu’entre certains choix de la Piazza Grande (mais à quoi a servi ce nippon et pitoyable «Dead or Alive Final»?), l’exigence de certaines œuvres (dans «Cinéastes du présent», par exemple) et la diversité de la compétition, le grand écart des programmateurs paraît particulièrement acrobatique.

Locarno, curiosité et ouverture

Trop copieux, trop varié? Peut-être. Mais la réponse est aisée: «S’il y avait vraiment trop de films, toutes les salles ne seraient pas remplies, Or elles le sont. Ce qui démontre que nous proposons un choix qui convient au public. Nous n’allons pas nous plaindre de notre popularité. S’il faut nous agrandir, nous aviserons» constate en substance Irene Bignardi, directrice artistique du festival.

Il est vrai que c’est à chacun de construire son chemin, de grappiller ce qui l’attire là où il pense le trouver. Et la chose reste malgré tout plus aisée dans les allées d’un magasin bien achalandé qu’au fond d’une épicerie aux rayons vides.

De plus, malgré son accession à la «catégorie A» des festivals, Locarno a su effectivement garder l’une de ses principales qualités: son public.

Un public curieux et ouvert, c’est-à-dire ni cinéphile intolérant, ni spectateur bovin. Le génie du lieu y est peut-être pour quelque chose. Mais celui des responsables de la programmation – même pléthorique, même éclatée – également.

swissinfo/Bernard Léchot à Locarno

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